Après l'escalade verbale, la tension monte entre la France et la Turquie

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Un responsable de la présidence turque a affirmé dimanche que les "caricatures offensantes" du prophète Mahomet étaient utilisées pour intimider les musulmans en Europe (photo d'illustration). 1:32
Un responsable de la présidence turque a affirmé dimanche que les "caricatures offensantes" du prophète Mahomet étaient utilisées pour intimider les musulmans en Europe (photo d'illustration). © AFP
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Alors que le président turc Erdogan a de nouveau attaqué verbalement Emmanuel Macron, mettant en doute sa santé mentale, le président français a rappelé son ambassadeur à Ankara. De son côté, l'entourage de la présidence turque accuse l'Europe de diaboliser les musulmans, pointant notamment les accusations de séparatisme à leur encontre.

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian dénonce l'attitude de la Turquie, dimanche matin, alors que le ton monte une nouvelle fois entre Paris et Ankara. Après le dossier des tensions en Méditerranée avec la Grèce, la situation en Libye et les affrontements au Haut-Karabakh, c'est le discours sur les séparatismes qui ne passe pas pour le président turc au point qu'il s'en prend désormais directement à Emmanuel Macron, et l'invite à se faire soigner.

Liberté selon Macron, islamophobie selon Erdogan

Selon le président turc, Recep Tayyip Erdogan, son homologue français doit aller en hôpital psychiatrique. Une escalade verbale en réaction aux récents discours d'Emmanuel Macron qui, après l'assassinat de Samuel Paty, a déclaré vouloir défendre les caricatures du prophète Mahomet. Mais Erdogan ne l'entend pas de cette oreille : pour lui, ce que la France présente comme de la liberté, n'est pour lui rien d'autre que de l'islamophobie.

"Tout ce qu'on peut dire à un chef d'État qui traite des millions de membres de communautés religieuses différentes de cette manière, c'est d'abord 'allez faire des examens de santé mentale'", a vociféré le président turc à l'encontre du chef d'État français.

Des attaques très personnelles, dans un contexte où Ankara ne supporte pas le projet de loi français sur les séparatismes, qui prévoit un contrôle plus strict du financement des mosquées et l'interdiction de la formation d'imams à l'étranger. Une provocation, selon Erdogan. Dimanche matin, l'Élysée avait déjà réagi en soulignant l'absence de message de condoléances du président turc après l'assassinat de Samuel Paty. 

Un responsable de la présidence turque a affirmé dimanche que les "caricatures offensantes" du prophète Mahomet étaient utilisées pour intimider les musulmans en Europe sous le prétexte de la liberté d'expression, alors que la tension monte entre Ankara et Paris.

Le directeur de communication à la présidence turque a quant à lui accusé l'Europe de diaboliser les musulmans, comme les juifs l'avaient été dans les années 1920. "La politique insidieuse des caricatures offensantes, des accusations de séparatisme contre les musulmans et des perquisitions de mosquées ne sont pas liées à la liberté d'expression", a affirmé Fahrettin Altun Twitter. "Il s'agit d'intimider les musulmans et de leur rappeler qu'ils sont les bienvenus pour continuer à faire fonctionner l'économie de l'Europe, mais qu'ils n'en feront jamais partie - sur fond de de discours sur l'intégration", a-t-il ajouté.

La France rappelle son ambassadeur, "un signal très fort"

En conséquence de toute cela, la France a rappelé son ambassadeur à Ankara. Une décision extrêmement rare dans le monde diplomatique, et totalement inédit dans l'histoire des relations diplomatiques franco-turques. L'acte, dit l'entourage d'Emmanuel Macron, se veut "un signal très fort".

En novembre dernier, Erdogan avait déjà mis en cause la santé mentale d'Emmanuel Macron, répliquant aux propos du président français sur la "mort cérébrale" de l'Otan en l'invitant à "examiner sa propre mort cérébrale". "Des insultes et des provocations d'Erdogan, on en a eu quasiment toutes les semaines cet été", admettait-on samedi dans l'entourage du président Macron. Ce qui changerait cette fois, c'est "le contexte".

Europe 1
Par Joanna Chabas, édité par Pauline Rouquette