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Chaque jour, Bruno Donnet regarde la télévision, écoute la radio et scrute les journaux ainsi que les réseaux sociaux pour livrer ses téléscopages. Ce lundi, il s'intéresse à l'interview de Patrick Poivre d’Arvor réalisée par William Theviot.

Tous les jours, Bruno Donnet observe les sorties médiatiques. Ce lundi matin, il a choisi de nous dire un mot de Patrick Poivre d’Arvor, dont la toute dernière apparition publique l'a laissé pantois.

Ça s’est passé la semaine dernière, Patrick Poivre d’Arvor a accepté d’accorder une interview filmée, à un certain William Theviot, qui l’a diffusée sur sa chaîne YouTube, et dans laquelle on découvre l’ancien présentateur du 20 heures de TF1, en train de deviser sur tout un tas de sujet, et notamment sur l’époque, qui ne lui plait plus beaucoup : « Aujourd’hui, y’a une espèce de moule commun, on dirait en anglais the main stream, dans lequel tout le monde s’engouffre et je trouve ça dommage. »

La toute dernière fois qu’on avait vu PPDA s’exprimer publiquement, c’était il y a tout juste deux ans, en mars 2021, dans l’émission Quotidien, où il avait évoqué ses relations passées, avec les femmes :  « Y’avait parfois des petits bisous dans le cou, ou parfois des petits compliments, ou parfois du charme ou de la séduction, ce comportement aujourd’hui n’est plus accepté par les jeunes générations. »

Mais depuis cette date, depuis deux ans donc, plus rien. Silence radio. Patrick Poivre d’Arvor n’était plus apparu nulle part.

Il faut dire qu’une série de témoignages et de dépôts de plaintes l’accusent d’agressions sexuelles et de viols. Et au total, c’est aujourd’hui un collectif de 90 femmes, 90, qui témoignent contre lui : « Je m’appelle Charlotte Crein, j’ai porté plainte contre PPDA pour agression sexuelle, les faits remontent à 2014. »

Le 10 mai dernier, Médiapart a d’ailleurs diffusé une longue émission dans laquelle 20 femmes, souvent au bord des larmes, sont venues dire, les unes après les autres, ce qu’elles reprochaient au journaliste : « Je m’appelle Justine Ducharne, je suis directrice de la communication et ancienne journaliste, j’ai déposé plainte contre PPDA, euh, pour viol et un viol qui a eu lieu en 1995 dans son bureau de TF1 et j’avais 19 ans. »

Sollicité par Médiapart pour réagir à ces accusations, Patrick Poivre d’Arvor avait préféré décliner l’invitation, comme il a du reste décliné toutes les autres sollicitations médiatiques qui lui ont été faites depuis deux ans.

Mais la semaine dernière, il a dit oui à William Theviot qui était visiblement enchanté d’interviewer PPDA : « Alors bonjour Monsieur Patrick Poivre d’Arvor. Merci beaucoup de m’accorder cet entretien. »

Alors William Theviot a une petite particularité : il est autiste asperger et il a l’habitude de convier des personnalités pour évoquer avec elles leur rapport à la musique ou à la littérature : « Je suis vraiment très ému d’autant qu’il y a plusieurs tropismes qui nous rassemblent et c’est pourquoi j’ai souhaité vous rencontrer. »

Il a donc choisi d’interviewer Patrick Poivre d’Arvor, sans lui poser la moindre question sur les faits qui lui sont reprochés.

C’est un choix, qui soulève le désormais célèbre problème de la différence entre l’homme dans sa vie privée et l’artiste, vous savez que PPDA revendique également la qualité d’écrivain, un choix que William Thevot revendique.

Soit. Mais Patrick Poivre d’Arvor sait parfaitement bien de quoi il est aujourd’hui accusé. Il sait que 90 femmes l’accusent de les avoir abusées ou violées.

Et devinez un peu de quoi il a été longuement question dans l’entretien auquel il s’est prêté ? De la question du romantisme ! Alors attention, il s’agissait du romantisme littéraire car Patrick Poivre d’Arvor l’a dit, sans ambages : « C’est vraiment une littérature majeure pour moi, très importante. »

Il adore ce courant littéraire ! D’ailleurs ça nous a permis d’en apprendre un peu plus long sur sa personnalité et sur sa grande sensibilité : « J’ai l’âme slave. L’âme slave est en effet sinusoïdale, avec des grands moments de passions et des grands moments d’abattement. »

Et oui, Patrick à l’âme slave et il est passionné.

Alors en évoquant le romantisme, PPDA sait parfaitement ce qu’il fait. Il sait que derrière le courant littéraire, c’est bien sûr le mot, dans son acception classique, qui va frapper nos tympans.

Il sait qu’on l’accuse de s’être rendu coupable de comportements qui sont tout, absolument tout, sauf romantiques.

Je ne sais pas s’il s’agit-là de déni, de cynisme ou de perversité, mais Patrick Poivre d’Arvor prend manifestement un plaisir infini à évoquer, très longuement dans cette interview son goût pour le romantisme.

Quand on est accusé de violences sexuelles par la bagatelle de 90 femmes, c’est pas banal.

Patrick Poivre d’Arvor est néanmoins toujours présumé innocent. Ça, on le savait déjà. On apprend aujourd’hui qu’il est, aussi, présumé romantique. Qui l’eut cru !