Le chef-d’œuvre de l’été 1902 : L’histoire de "La Cinquième symphonie" de Mahler

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    Les chefs-d’œuvre de l’été est une chronique de l'émission Europe week end
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    Pendant l'été, chaque week-end, Laure Dautriche vous raconte l'histoire d'un chef-d'œuvre qui a été créé pendant un été. Ce samedi, "La Cinquième symphonie" de Gustav Mahler.

    Mahler. Cinquième symphonie, été 1902. Il conçoit l'architecture grandiose de sa nouvelle symphonie. Gustav Mahler compose l'été durant ses périodes de vacances. Toutes ses symphonies, de la 5ème à la 8ème, ont été écrites dans cette simple maisonnette, une "cabane de composition". Mahler est un compositeur d'été.

    Tous les étés, Gustav Mahler part avec sa famille dans le sud de l'Autriche, dans sa maison spacieuse et cossue de Maiernigg, située au bord du lac. C'est une maison où on ne peut arriver qu'en bateau, l'endroit parfait pour s'isoler et écrire de la musique.

    Dès 6 heures du matin, Mahler s'enferme dans une cabane qu'il a fait construire à quelques centaines de mètres pour se consacrer uniquement à la composition. Dans cette cabane, on a eu bien du mal d'ailleurs à faire rentrer les pianos du maestro.

    Tous les matins, Mahler allume un petit réchaud pour le lait et pour préparer le café que la cuisinière lui a déposé devant la porte en évitant soigneusement qu’il puisse la croiser. Car Mahler ne voulait voir ni parler à personne avant de se mettre au travail. Ici, au milieu des arbres, il ne cesse de passer de son clavier à sa table de travail pour remplir scrupuleusement les nombreuses portées de ses colossales partitions. Et en cet été 1902, il s'attaque à sa Cinquième symphonie.

    Mahler n'a qu'une envie : fuir Vienne et ses obligations de directeur de l'Opéra et de chef d’orchestre. Exposé à des attaques antisémites, il a même dû se convertir au catholicisme quelques années plus tôt. Bientôt, sous la pression, il démissionnera de l'Opéra de Vienne. Mais pour l'heure, il profite des vacances d’été pour, enfin, composer ses grandes fresques sonores.

    Ici, à la campagne, en ce mois d'août 1802, Mahler invite Alma à le rejoindre dans son refuge. Pour elle seule, il joue au piano un mouvement de cette Cinquième symphonie, qui lui est destinée. Il s'inspire d'une lettre d'amour qu'il a écrite. Une lettre pour elle, Alma.

    Cette musique, qui sera reprise dans le film de Visconti, Mort à Venise, traduit un moment de tristesse, de mélancolie. Pourtant, c'est l'amour que veut traduire Mahler. La mélodie aux violons est comme un chant, comme une romance sans paroles.

    À Maiernigg, Gustav Mahler pense jour et nuit à son oeuvre. Dans l'après-midi, il longe la rive du lac, fait de longues promenades ou des tours en barque. Il lui arrive de sortir de sa poche un carnet d'esquisses et d'y noter ses idées musicales, tout en battant la mesure avec son crayon. Dans ca cabane, il laisse souvent la porte entrouverte pour laisser entrer le bruissement des feuilles, les chants d’oiseaux, l’écho de bruits lointains sur le lac.

    Il ne lui faudra que deux mois pour achever l'une des plus gigantesques partitions de toute la littérature symphonique. Pour la première fois depuis des années, Mahler a renoncé à intégrer des voix humaines dans sa musique symphonique.

    Au moment de la présentation de l'oeuvre au public, Mahler est anxieux. Un critique parlera "d'anomalie de l'esprit". Quant à la presse viennoise, elle le considère comme un fou ou un charlatan.

    Il se confie un jour à un journaliste en disant : "Je ne m'attends à aucune reconnaissance de mon vivant. Aussi longtemps que je resterai ce Mahler qui avance parmi vous, cet homme parmi les hommes, je devrai me contenter d'être un créateur parmi d'autres. Justice ne me sera rendue que lorsque j'aurai secoué toute cette poussière terrestre. Je suis un homme à contretemps."

    Mais cette musique qu'il a eu tant de mal à s'imposer à l'époque, est aujourd'hui entrée au cœur du répertoire.