Maroc : indignation après le procès des meneurs des manifestations de l'hiver 2016-2017

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"Simulacre de justice", "honte"... Au Maroc, des manifestations ont eu lieu après le procès des meneurs du mouvement de protestation dans le Rif, lors de l'hiver 2016-2017.

On met le cap d’abord sur le Maroc, où la condamnation à 20 ans de prison des meneurs des manifestations de l’hiver 2016-2017 soulève l’indignation. Ça ne passe pas ?

Non ça ne passe pas du tout. Hier il y eu des manifs un peu partout dans le pays, dénonçant un "simulacre du justice", une "honte". Le procès fleuve a duré neuf mois ! 53 personnes dans le box des accusés et 4 d’entre elles condamnées, vous le disiez, à 20 ans de prison pour "complot visant à porter atteinte à la sécurité de l’Etat". Les 49 autres écopent de peines comprises entre 2 et 15 ans de prison. "C’est pire que des peines prononcées contre des pédophiles ou des criminels", réagit un internaute parmi ces milliers de Marocains qui disent leur solidarité sur les réseaux sociaux. Le hashtag en tête des tweets dans le pays, c’est "hirak", ce qui signifie "la mouvance" pour désigner ce grand mouvement de contestation sociale qui avait agité le Rif, région déshéritée du nord du Maroc, et qui a mené à ce procès.

Que s’est il passé pour qu’on les accuse comme ça d'"atteinte à la sécurité de l’Etat", ce qui est très grave ?

Tellement grave que dans les texte, c’est même passible de la peine de mort au Maroc ! Alors il faut remonter à octobre 2016. Vous vous rappelez sûrement de ce drame, dans la ville d’al-Hoceima, dans le Rif. Un vendeur de poissons s’était fait confisquer sa marchandise, pêchée illégalement. La police avait tout jeté dans un camion poubelle, devant lui. Le vendeur avait tenté de la rattraper, il avait été happé par le système et broyé dans la benne. Horrible… Et ça avait été le déclencheur d’un grand mouvement de protestation sociale dans cette région oubliée, où le chômage atteint des sommets. Tous les jours des manifs, des revendications d’une aide de l’Etat, souvent promise et jamais arrivée. Avec un leader qui s’était donc détaché : un chômeur quarantenaire, Nassef Zefzafi. Les manifs ont duré des mois, jusqu’à ce que les autorités arrêtent en masse, il y a un peu plus d’un an. Les 53 condamnés cette semaine étaient détenus depuis.

Que raconte l’indignation des Marocains aujourd’hui ?

Elle dit le ras-le-bol d’une partie de la population, une grogne sociale qui monte dans le pays. Face à des revendications légitimes, les réponses ont été la police, l’armée puis l’extrême sévérité de la justice. Un tweet résumait bien le sentiment dominant : "360 ans de prison (en peines cumulées) pour des jeunes qui ont demandé un hôpital et une université." Voilà qui pourrait envenimer un climat social déjà bien fragile. Dans les manifs hier, les plus anciens faisaient un parallèle avec les années de plomb, dans les années 60-70-80, sous le règne de l’ancien roi Hassan II.

On va aller au Japon maintenant, régler une affaire de couche-culotte. Bernard Delattre, vous êtes à Tokyo pour Europe 1. L’affaire tient en quelques mots : un des plus grands arrondissements de Tokyo vient de supprimer le calvaire des mamans japonaises, c’est la fin d’une véritable corvée…

Oui c'est une première, elle fait un tabac sur les réseaux sociaux et dans les médias, donc d'autres localités devraient suivre. C'est la corvée couches-culottes. Au Japon, quand les parents viennent rechercher leur bébé à la crèche, on leur demande généralement de ramener chez eux les langes qu'il a utilisés depuis le matin. Le personnel a soigneusement trié toutes ces couches-culottes usagées, sur lesquelles le nom de l'enfant doit avoir été indiqué, puis il les remet, le soir, à chaque parent.

Comment a-t-on pu imposer ça ?

Ça permet aux crèches de limiter leurs déchets, donc de payer moins cher pour leur enlèvement. Car ici, le montant de la taxe pour la collecte des ordures varie selon le volume de déchets enlevés. Ça leur évite aussi de devoir stocker des dizaines de langes usagés jusqu'au ramassage des poubelles - qui ne se fait pas chaque jour, au Japon. En plus, figurez-vous qu'ici, les crèches recommandent aux parents d'inspecter chaque soir le contenu, si j'ose dire, des couches de leur enfant, pour vérifier qu'il n'a pas de problèmes intestinaux. Donc les mamans se retrouvent quotidiennement avec ces langes sur les bras et ils empestent tellement – surtout quand il fait chaud, ce qui est souvent le cas, ici – que, dans le bus ou dans le métro, elles se prennent des réflexions.

En France, vous faites ça, je m’en débarrasse dans la première poubelle de vos couches, non ?

Oui mais au Japon, il y a très peu de poubelles dans les rues. Ce serait trop compliqué parce que le tri sélectif des déchets est vraiment draconien – ici, tout le monde a au moins une demi-douzaine de poubelles dans sa cuisine. Donc, la plupart du temps, les mamans n'ont pas le choix : elles doivent ramener ces couches pestilentielles dans leurs sacs jusqu'à la maison. Et sans protester, car 55.000 petits Japonais sont en liste d'attente pour une place dans une crèche. Donc, quand les parents réussissent à décrocher une place pour leur enfant, ils font tout pour la garder. Y compris se conformer à des règlements aussi pénibles que celui-là.

En bref, un oiseau minuscule fait de l’ombre à l'un des plus grands festivals de musique au Canada !

C’est le Pluvier Kildir, une espèce protégée. Or l’un d’eux a eu la bonne idée de faire son nid et d’y pondre ses quatre œufs pile à l’endroit où devrait se dresser la scène principale du Bluesfest, plus gros festival de blues du Canada, à Ottawa, qui démarre dans quelques jours, le 5 juillet. Des gardes avaient été postés près du nid. Les ornithologues étaient contre son déplacement, le contact humain avec le nid pouvant provoquer l'abandon des œufs par leurs parents. Bref, gros débat au Canada. Finalement, le ministère de l’Environnement a donné son feu vert, le nid a été déplacé et l’oiseau est retourné couver. Il sera aux premières loges pour le festival, à 20 mètres seulement.