"Drôle d'époque où l'on préfère s'accrocher à un selfie sur son écran plutôt que d'accrocher un regard"

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C'est du Clauss est une chronique de l'émission Europe 1 Week end
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Chaque samedi et dimanche, François Clauss se penche sur une actualité de la semaine écoulée. Aujourd'hui, la technologie (des)sert les rencontres amoureuses.

"Clauss toujours", l'humeur de François Clauss, tous les samedis et dimanches matins à 8h55 sur Europe 1. Bonjour François.

Je ne sais pas si vous avez été, comme moi, frappé par cette pub entendue sur notre antenne. Consternante naïveté. Un coach sous forme d'algorithme qui décortique votre personnalité pour vous faire croire à la rencontre qui matchera. Le bonheur virtuel à portée de clics. On pourrait juste rétorquer avec le philosophe Nietzsche que parfois le diable, aussi, peut se nicher dans les détails. Mais la réalité est là : un Français sur cinq est aujourd'hui inscrit sur un site de rencontres. On en dénombre près de 2.000, dans la quête éperdue, de plus en plus addictive, de l'amour réel dans le monde du virtuel.

Entendu sur europe1 :
Drôle d'époque où l'on préfère s'extasier sur un profil que sur le galbe d'une cheville

Sites de rencontres pour les gays de droite, sites de rencontres désormais pour les femmes mariées en quête d'aventures, sites sur lesquels on peut désormais, comme pour un hôtel sur Trip Advisor, noter la qualité de sa rencontre. Sites, c'est la dernière nouveauté lancée qui revendique 30 millions d'utilisateurs par une jeune entrepreneuse américaine de Salt Lake City. A l'heure de l'égalité des sexes, c'est à la femme de faire le premier pas. Ce n'est plus le quart d'heure américain, c'est la seconde américaine. Il est loin le chasseur français. Il est loin le 3615 CUM.

Drôle d'époque où l'on préfère s'accrocher à un selfie sur son écran plutôt que d'accrocher un regard. Drôle d'époque où l'on préfère s'extasier sur un profil que sur le galbe d'une cheville. Drôle d'époque, où l'on veut tout, où l'on a tout à portée de clics et où l'on oublie l'essentiel. 

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On n'a jamais autant ressenti, depuis la psychanalyse des années 60, le besoin de se re-trouver, m
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ais on n'a jamais été autant démuni pour trouver l'autre

Le paradoxe de cette drôle d'époque, c'est qu'on a jamais autant médité : besoin de se retrouver soi-même, pour résister au stress d'un monde sans contrôle. On dénombre près de trois millions de pratiquants de yoga. On peut même apprendre les postures sur son téléphone portable. Semaine de jeûne dans les Cévennes, nouvelle mode des bains de forêt. Oui, on n'a jamais autant ressenti, depuis la psychanalyse des années 60, le besoin de se re-trouver. Mais on n'a jamais été autant démuni pour trouver l'autre. Le grand Jean Ferrat, qui s'inquiétait déjà en 1965 des dérives du monde moderne. Qu'écrirait-il aujourd'hui, à l'heure de l'amour numérique ? Il faut beaucoup plus qu'un simple clic pour apprendre à boire aux fontaines.