SNCF : à quoi va ressembler la "vot'action" des cheminots ?

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Contrairement au référendum d'Air France, la vot'action des cheminots ne se fera pas en ligne mais via des bulletins papier (photo d'illustration).
Contrairement au référendum d'Air France, la vot'action des cheminots ne se fera pas en ligne mais via des bulletins papier (photo d'illustration). © CHRISTOPHE SIMON / AFP
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Du 14 au 21 mai, les cheminots seront invités par leurs syndicats à se prononcer sur la réforme ferroviaire. La procédure diffère du référendum qui a débouché sur la démission du PDG d'Air France, la semaine dernière.

 

Une dizaine de jours après la consultation organisée à Air France, au tour des cheminots de donner leur avis. Plus d'un mois après le début de la grève SNCF, organisée deux jours sur cinq depuis le 3 avril, l'intersyndicale a annoncé la tenue d'une "vot'action", pour demander aux principaux concernés s'ils sont "pour ou contre" la réforme ferroviaire. Europe 1 fait le point sur ce que l'on sait de cette initiative.

Quel est le but de cette consultation ?

L'idée de la "vot'action" vient de la CGT cheminots. "C'est une réponse à l'argument qui consisterait à dire que 80% des agents seraient favorables à cette réforme", explique le chef de file du syndicat, Laurent Brun. Mercredi, le taux de grévistes était au plus bas depuis le début du mouvement, à 14,46%. Mais selon les syndicats, ces statistiques ne reflètent pas le positionnement de la profession sur le projet du gouvernement. "On considère que l'opposition à cette réforme est très, très large, et on veut le démontrer pour clore les élucubrations de certains dirigeants de la SNCF, et qui pourraient même tenter certains membres du gouvernement…", poursuit Laurent Brun.

 

Pour essayer de donner un nouveau souffle au mouvement face à la fermeté du gouvernement, les trois autres syndicats de cheminots se sont ralliés à la démarche.

Comment va-t-elle s'organiser ?

Concrètement, du 14 au 21 mai, les 150.000 cheminots de la SNCF vont être invités à répondre à la question suivante : "Êtes-vous pour ou contre le pacte ferroviaire porté par le gouvernement ?" La formulation a déjà été critiquée par les soutiens du gouvernement, jeudi. "Je remarque qu'on pose la question sur la réforme, on ne leur dit pas : 'Est-ce que vous êtes pour la poursuite de la grève ?'", a notamment commenté le député LREM Gilles Le Gendre.

Le vote se fera de manière traditionnelle, via des bulletins papier. D'après un document préparatoire consulté par Le Monde, "les organisations syndicales régionales CGT, Unsa, SUD, CFDT établiront ensemble une liste des urnes fixes (...) accessibles lors des AG, et d'urnes mobiles permettant d'alimenter celles-ci en allant à la rencontre des non-grévistes." "En termes d'organisation, ça ne va pas être très, très simple, et en termes de fiabilité, ça ne va pas être très, très fiable non plus", a reconnu le secrétaire général de l'Unsa-Ferroviaire, Roger Dillenseger, jeudi matin sur Europe 1.

Est-ce comparable au référendum d'Air France ?

Les deux consultations diffèrent en de nombreux points. Celle d'Air France, organisée par la direction et à l'issue de laquelle le PDG Jean-Marc Janaillac a démissionné, était d'emblée présentée comme un "référendum", conditionnant l'avenir de l'entreprise. Pour toucher un maximum d'employés et donner de la légitimité au résultat, le projet d'accord salarial, prévoyant une hausse des payes inférieure à celle réclamée par les employés, avait été soumis à un vote en ligne. Le taux de participation avait dépassé les 80%.

Côté cheminots, les modalités précises de l'organisation du vote conditionneront sans aucun doute la légitimité du résultat. Quoi qu'il en soit, le patron de la SNCF, Guillaume Pepy, a balayé l'hypothèse d'un scénario similaire à celui d'Air France avant même l'annonce de l'intersyndicale, mercredi. Le PDG d'Air France a rappelé que, contrairement à l'aérien, les mesures concernant le rail étaient "décidées par le Parlement". Et d'asséner : "Personne, même pas les cheminots, ne peut priver l'Assemblée nationale et le Sénat du pouvoir de faire la loi."

La singularité des deux mouvements de contestation n'est pas niée par les syndicats de cheminots eux-mêmes. "Notre idée n'est pas d'avoir la tête de (Guillaume) Pepy, c'est de permettre à tous les cheminots de pouvoir s'exprimer" autrement que par la grève, a noté dès mercredi soir Bruno Poncet, secrétaire fédéral de SUD-Rail. Cette consultation "n'est pas seulement un vote", mais "une modalité d'action" nouvelle pour "entrer en contact avec les cheminots", a ajouté Sébastien Mariani, de la CFDT Cheminots. Un moyen, aussi, de montrer que "l'unité syndicale est toujours là et ne faiblit pas".