Le 1er-Mai, symbole de la puissance des syndicats... ou de leur déclin ?

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Alors que le devant de la scène reste occupé par les "gilets jaunes", auxquels s'ajoutent les casseurs, les défilés du 1er-Mai risquent mercredi de souligner un peu plus la faiblesse des syndicats, selon notre éditorialiste Nicolas Barré.
EDITO

>> Un mercredi qui ressemble à un samedi. Pour le 1er-Mai, les dispositifs de sécurité déployés un peu partout en France, notamment à Paris, ressemblent à ceux déclenchés pour encadrer la mobilisation hebdomadaire des "gilets jaunes". Les forces de l'ordre seront donc, une nouvelle fois, massivement mobilisées. Pour Nicolas Barré, éditorialiste économique à Europe 1 et rédacteur en chef des Échos, cette journée, autrefois temps fort pour les syndicats, risque d'apparaître comme un symbole du déclin des organisations condamnées à rester au second plan.

"Depuis des mois, le devant de la scène est occupé par les défilés de 'gilets jaunes' auxquels se joignent des casseurs. Les deux vont d'ailleurs essayer de parasiter les traditionnelles manifestations syndicales du 1er-Mai. Une fois de plus, les syndicats vont avoir du mal à faire entendre leur voix. Ceux que ça gêne le plus sont les plus affaiblis, les contestataires comme la CGT ou FO. Depuis le début du mouvement des 'gilets jaunes', ils sont ambigus : ils soutiennent la contestation mais s'inquiètent de la concurrence. La CGT rêve de convergence des luttes mais en réalité, son cauchemar, c'est la concurrence des luttes. Pour autant, accuser les 'gilets jaunes' d'affaiblir leur influence serait une grossière erreur d'analyse.

>>Retrouvez tous les éditos de Nicolas Barré sur Europe 1

Car cet affaiblissement est en réalité bien antérieur. L'an dernier, pour le 1er-Mai, qui était donc avant les 'gilets jaunes', les défilés n'avaient réuni que 14.500 personnes dans la capitale. C'est très peu. Mais surtout, le discrédit des syndicats est beaucoup plus profond. Il vient du fait que le dialogue social au niveau national échoue à faire aboutir des réformes sociales. Prenez la réforme de l’assurance-chômage : le gouvernement a demandé aux syndicats et au patronat de négocier un accord en juillet dernier. Dix mois après, il n'en est rien sorti. D'où le constat un peu brutal qu'avait fait Emmanuel Macron il y a quelques temps : "chaque jour on dit 'corps intermédiaires, démocratie sociale, laissez-nous faire'… Et quand on leur donne la main, ils disent, 'c'est trop dur, reprenez-là'." Ce que l'on constate, c'est que le paritarisme, c'est-à-dire ce modèle de gestion sociale syndicats-patronat, ne fonctionne plus, notamment parce que les contestataires n'ont jamais adopté la culture du compromis qui permettrait de produire des normes sociales nouvelles.

Pourtant, il y aurait beaucoup de choses à discuter. Comment adapter l'emploi et le monde du travail au numérique par exemple ? Comment associer protection sociale et nouveaux métiers ? Comment accompagner l'essor du travail indépendant ? Mais qui y réfléchit vraiment, en dehors de la CFDT ? Le 1er-Mai, vous avez ceux qui défilent : c'est le monde ancien, les syndicats contestataires qui essaient d'exister face à des formes nouvelles de contestation type 'gilets jaunes'. Mais qui en réalité tournent dans le vide et sont en déclin avancé. Et vous avez les autres, les réformistes, CFDT, CFTC, Unsa, qui ne défileront pas et feront de simples rassemblements. Mais dont les rangs grossissent. L'avenir n’est pas du côté de ceux qui défilent."

Europe 1
Par Nicolas Barré