Coronavirus : "C'est une crise économique qui s'annonce"

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La Bourse de Paris a chuté de 4% lundi, en raison de la propagation du coronavirus, montrant le risque que faisait courir l'épidémie sur l'économie mondiale. 8:18
La Bourse de Paris a chuté de 4% lundi, en raison de la propagation du coronavirus, montrant le risque que faisait courir l'épidémie sur l'économie mondiale. © Philippe LOPEZ / AFP
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Alors que les marchés financiers s'affolent face à la propagation du coronavirus, Etienne Sebaux,​ associé au cabinet Kearney France, revient au micro d'Europe 1 sur les causes de cette panique. En cause selon lui : notre dépendance à la Chine et "l'effet domino" qu'elle cause dans de nombreux secteurs.
INTERVIEW

La bourse de Paris est à son plus bas niveau depuis 2016, et celle de Shanghai à son plus bas niveau depuis 2015. Le coronavirus, qui a causé la mort de 2.700 personnes et qui est présent sur une trentaine de pays à travers le monde, affole les marchés financiers. "Cela  traduit la panique qui s'empare des investisseurs devant une situation dont ils ont du mal à comprendre les impacts", explique au micro d'Europe 1 Etienne Sebaux,​ associé au cabinet Kearney France, un des leaders mondiaux du conseil en stratégie et management, et chargé de l’étude "Coronavirus et approvisionnement mondial : l’effet domino".

Etienne Sebaux affirme qu'il serait possible, si les foyers de l’épidémie venaient à se multiplier, que le phénomène au niveau des marchés financiers se poursuive. Interrogé sur une possible perte pour ceux qui épargnent, Etienne Sebaux refuse de se prononcer. "Bien malin celui qui saura prédire les impacts dans toutes les dimensions. C'est une crise sanitaire avant tout, mais c'est une crise économique qui s'annonce", explique-t-il. Parmi les secteurs concernés, l'associé du cabinet Kearney France pointe l'industrie automobile, le secteur de l'électronique, et le secteur textile, où, dans chacune de ces branches, se joue un "effet domino".

"On est devenu dépendants de la Chine"

Un "effet domino" lié au fait que la Chine, qui est le pays touché initialement par l'épidémie, "représente 30 % de tout ce qui est fabriqué dans le monde (contre 1,2% en 2000, ndlr)", explique Etienne Sebaux. "On est devenu dépendants (...) Il y a donc un effet de réaction en chaîne, dans la mesure où les entreprises, quelles qu'elles soient, comptent sur une chaîne d'approvisionnement, qui embarque l'ensemble de leurs fournisseurs, pour réaliser leurs produits et les distribuer à leurs clients".

Etienne Sebaux prend pour exemple l'industrie automobile, qui est particulièrement touchée par les effets économiques de l'épidémie. Même si une voiture est assemblée en France, il suffit qu'un seul composant provienne de Chine pour que le processus de production soit bloqué. "D'autant plus que ce secteur fonctionne à flux extrêmement tendus : à chaque étape de la chaîne, il y a très peu de stock. On est toujours dans un rouage assez sophistiqué et actuellement, il y a un grain de sable dans le rouage", affirme Etienne Sebaux.

"Il va y avoir un phénomène de régionalisation"

À propos de la situation de l'autre côté des Alpes, où 11 villes sont isolées et où les premiers malades européens sont décédés, Etienne Sebaux se veut prudent. "Personne n'est en mesure de prédire comment la situation va évoluer", explique-t-il, tout en affirmant que l'Italie, premier foyer européen de l'épidémie, pourrait connaître "dans une moindre mesure" des situations économiques similaires à celles observées en Chine. "Le pays est beaucoup tourné vers l'export", justifie-t-il. "Un collègue me disait qu'il recevait des photos de rayons de supermarchés complètement vides. C'est un effet de panique, pas forcément rationnel, mais qui est présent". 

À comprendre l'associé du cabinet Kearney France, l'épisode du coronavirus pourrait aussi permettre de repenser toute l'échelle de production. "Il va y avoir un phénomène de régionalisation, et lors de prises de décisions relatives au lieu de la production, le risque lié à ce type de crise sera aussi important que l'évaluation du coût", affirme Etienne Sebaux.

Europe 1
Par Ariel Guez