Ghost Recon Breakpoint, quand le jeu vidéo fait son cinéma

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Réalisé en France par les équipes d'Ubisoft, "Ghost Recon Breakpoint" est l'une des grosses sorties de cette fin d'année. Un exemple frappant de la portée cinématographique de certains jeux vidéo.
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C'est l'un des jeux les plus attendus de cette fin d’année, celui que les amateurs vont s’arracher pour Noël : Ghost Recon Breakpoint*, onzième itération d'une licence lancée en 2001. Le dernier jeu, Wildlands, s’était écoulé à 15 millions d’exemplaires dans le monde. La recette n'a pas changé : un mélange de jeu de guerre et d’infiltration dans lequel on incarne un soldat des forces spéciales. Il a fallu deux ans et 1.000 personnes à Ubisoft, porte-étendard du jeu vidéo français, pour accoucher du plus gros projet jamais développé en Europe. Résultat : un jeu spectaculaire, très versé dans l'action et qui a toute les allures d'un "film à jouer".

Forces spéciales contre forces spéciales

L'action de Ghost Recon Breakpoint prend place en 2025. Jace Skell, un gourou des nouvelles technologies, s'est installé sur Auroa, une île fictive du Pacifique sud, pour y fonder une société utopique. Sauf que le milliardaire se fait rapidement déborder par la société de sécurité privée à laquelle il a fait appel. Cole D. Walker, un déserteur de l’armée américaine en quête de vengeance, s’empare alors de l’île avec ses "Wolves". Pour le neutraliser, on envoie les "Ghosts", une unité des forces spéciales. Pistolet en main, couteau dans la botte et rations de survie dans le sac à dos, il va falloir se sortir du chaos qui règne sur Auroa.

Chez Ubisoft, on ne s'en cache pas : depuis que Wildlands a relancé la licence en 2017, Ghost Recon doit concurrencer les deux mastodontes des jeux de guerre que sont Call of Duty et Battlefield. Pour cela, le géant français mise sur son monde ouvert. Là où la concurrence continue de proposer de multiples terrains de petite taille avec des objectifs prédéfinis, Ubisoft parachute le joueur sur une île aussi vaste que foisonnante, un terrain de jeu que l'on peut arpenter librement à tout moment. "Notre promesse, c'est de mettre le joueur dans la peau d'un soldat des forces spéciales, avec un vrai focus sur la survie", précise à Europe 1 Nouredine Abboud, producteur exécutif de la série de jeux Ghost Recon. "Le défi, c'était d'arriver à créer un très grand monde, très vivant et d'y ajouter des personnages plus authentiques."

Le saviez-vous : pourquoi la licence s'appelle-t-elle "Tom Clancy's Ghost Recon" ? 

"Tom Clancy's Ghost Recon Breakpoint" : tel est le nom complet du jeu d'Ubisoft. Les férus de littérature ont peut-être tiqué, et pour cause : Tom Clancy était un écrivain très populaire aux États-Unis jusqu'à sa mort en 2013. Surtout connu pour le thriller Octobre rouge, l’histoire d'un sous-marin russe qui passe à l’Ouest pendant la Guerre Froide, adapté en film avec Sean Connery, Tom Clancy a écrit une vingtaine de romans de son vivant, tous mettant en scène des militaires ou la CIA, dans un contexte moderne ultra-réaliste et très technologique.

Quel lien avec le jeu vidéo me direz-vous ? Tom Clancy était très impliqué sur les adaptations de ses œuvres. Quand celles-ci ont inspiré des créateurs de jeu vidéo, l'écrivain a tenu à garder la main sur le processus créatif. Il a donc participé au développement de plusieurs licences devenues cultes, de Splinter Cell à Rainbow Six et donc Ghost Recon. Après sa mort, Ubisoft a récupéré les droits de la marque Tom Clancy et continue aujourd'hui d'utiliser son nom afin d'étendre l'univers de Ghost Recon.

Un jeu (trop) foisonnant

Dans Ghost Recon Breakpoint, il y a des millions de choses à faire. En plus de l’histoire principale, on peut effectuer des myriades de missions secondaires pour obtenir des infos ou des armes, accomplir des défis seul ou en co-op avec un ami, et même se promener le nez en l'air pour profiter de l’univers. Faire respirer le joueur, lui offrir le choix, c’était justement l’objectif de Benoît Martinez, directeur technique et artistique de Ghost Recon Breakpoint. "Le monde ouvert donne au joueur la liberté, la latitude de construire son aventure, à son propre rythme. On n'est pas obligé d'être tout le temps dans l'action, on peut aussi choisir de faire redescendre la pression", explique-t-il à Europe 1.

Ghost Recon Breakpoint 2

© Ubisoft

On retrouve ici la patte d'Ubisoft, chantre des mondes ouverts fourmillants de détails, de personnages, de quêtes secondaires (voire tertiaires) et de collectibles dispersés aux quatre coins de la carte. La recette, bien éprouvée sur Assassin's Creed et Watch Dogs, peut désemparer les débutants. Un mode "Guidé" permet d'être aiguillé directement vers les objectifs mais Ghost Recon Breakpoint n'en donne pas moins le tournis. Les joueurs acharnés y trouveront leur bonheur mais on regrette globalement que le trop grand nombre de possibilités fasse perdre de sa substance au scénario du jeu, certes classique, mais prenant de bout en bout.

Ghost Recon Breakpoint se distingue une fois au cœur de l'action. Il est tout à fait possible de partir à l'assaut des bases ennemies mitraillette au poing. Mais autant le dire tout de suite : vos chances de succès sont à peu près nulles. Même si l'intelligence artificielle des ennemis est limitée (cette fâcheuse tendance à vous voir puis vous oublier en quelques secondes…), leur nombre et leur équipement vous rendent la tâche très ardue. Mieux vaut donc réfléchir à la tactique la plus adéquate avant de débuter chaque mission. Drone, sniper, infiltration de nuit… Dans Ghost Recon Breakpoint, il faut faire preuve de discrétion et de stratégie pour réussir sans mourir dix fois.

Comme au cinéma

Le jeu est surtout intéressant par son aspect très cinématographique. Tout fait penser au cinéma dans Ghost Recon Breakpoint : les décors très détaillés, les jeux de lumière, l’action que l’on croirait filmée caméra à l’épaule… Et puis, il y a ce scénario, très hollywoodien et en même temps crédible. Et pour cause : pour coller au plus près aux missions d’infiltration des forces spéciales, Ubisoft a fait appel à un ancien membre des troupes d’élites américaines.

L'ancien béret vert Emil Daubon montre à Jon Bernthal comment pointer son arme sur le tournage de "Ghost Recon Breakpoint".

© Ubisoft

Emil Daubon, qui officie comme consultant pour le cinéma et la télévision, a apporté son vécu aux développeurs et aux scénaristes pour rendre le jeu encore plus authentique, jusque dans les moindres détails. "J'ai vraiment aidé à faire en sorte que les mouvements des soldats soient plus réalistes, qu'ils aient l'air humains. Ce sont des détails : la façon de manier une arme, de la recharger, de passer d'un fusil à un autre… C'est plus réel, les personnages ont vraiment l'air de ressentir le stress d'un soldat déployé en zone de combat", explique-t-il à Europe 1.

Pour donner vie à cette volonté de réalisme, Ubisoft a fait appel à de vrais acteurs pour jouer les scènes et les dialogues, comme au cinéma. On retrouve notamment Jon Bernthal, qui incarne Cole Walker, le bad guy de Ghost Recon Breakpoint. Cet acteur brut de décoffrage s'est fait connaître dans Le Loup de Wall Street de Martin Scorsese et Sicario de Denis Villeneuve. Mais c’est surtout à la télé qu’il a trouvé ses plus grands rôles, d’abord dans la série Walking Dead, puis en revêtant le costume du Punisher, antihéros très sombre de Marvel, un soldat surentraîné et trahi par l’armée.

Cette fois, Jon Bernthal joue dans un jeu vidéo ! Il a joué les scènes en motion capture, avec une combinaison bardée de capteurs pour reproduire jusqu’au mouvement de ses lèvres dans le jeu. "Je ne savais pas à quoi m'attendre dans ce processus. Mais j'ai adoré. C'est comme travailler sur un bon film avec un grand réalisateur. Vous avez juste à faire votre boulot", a-t-il assuré dans le cadre de la promotion de Ghost Recon Breakpoint. "Il faut passer au-delà du costume totalement ridicule et du fait que vous tournez des dialogues avec quelqu'un qui a des capteurs sur le visage. Mais j'étais surpris car je me suis habitué rapidement." Le jeu vidéo, c'est presque du cinéma !

*Ghost Recon Breakpoint, disponible depuis le 4 octobre sur Playstation 4, Xbox One et PC, 60€.

Notre avis : 

Aboutissement du savoir-faire français d'Ubisoft en matière de monde ouvertGhost Recon Breakpoint impressionne par son contenu gargantuesque et sa direction artistique parfaite. On rentre réellement dans les rangers de ces soldats des forces spéciales, sans arrêt sur le qui-vive et forcés de préparer minutieusement la moindre opération. Un ultra-réalisme qui prend aux tripes quand il s'agit de survivre en territoire ennemi. Si les amateurs du genre seront comblés par la richesse de Ghost Recon Breakpoint, les néophytes auront en revanche du mal à trouver leur marque dans un univers complexe à appréhender. Comme une course de fond, le jeu nécessite une certaine détermination pour dépasser les premières heures de tâtonnement et parvenir à prendre un réel plaisir manette en main.