À l'E3, "le monde du jeu vidéo est en train de changer", selon Hugues Ouvrard, le patron de Xbox France

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Hugues Ouvrard estime que malgré la concurrence croissante dans le jeu vidéo, Microsoft garde son avance technologique et créative.
Hugues Ouvrard estime que malgré la concurrence croissante dans le jeu vidéo, Microsoft garde son avance technologique et créative. © Clément LESAFFRE / Europe 1
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En direct de l'E3, la grand-messe des jeux vidéo à Los Angeles, Hugues Ouvrard, directeur de Xbox France, analyse l'avenir d'une industrie en pleine mutation.
INTERVIEW

Où en est le monde du jeu vidéo ? Chaque année, l’E3, salon mondial qui se tient à Los Angeles, permet de prendre le pouls d’une industrie qui ne cesse de changer et de grandir. Cette année, c’est Microsoft qui a ouvert le bal des conférences, dans un contexte particulier puisque son rival historique Sony est absent et alors que Google ne cache plus ses ambitions. "Il y a une redistribution des cartes dans le monde du jeu vidéo. Le marché est en train de changer", souligne Hugues Ouvrard, directeur de la division Xbox chez Microsoft France, invité, en direct de Los Angeles, de l’interview éco d’Emmanuel Duteil, mardi sur Europe 1.

>> Écoutez l’interview intégrale de Hugues Ouvrard dans le journal de la nuit d’Isabelle Millet. Le replay de l’émission est à retrouver ici.

Vers un éclatement de la consommation de jeux vidéo

Quelques jours avant l’E3, Google a en effet lancé la bataille du "cloud gaming", le jeu vidéo dématérialisé qui se passe de consoles et utilise la puissance des serveurs. Le géant américain a annoncé un service de jeux vidéo sur abonnement à dix euros par mois, bousculant au passage toute une industrie. "C’est intéressant d’avoir un nouveau concurrent de la taille de Google sur notre marché. Déjà parce que ça valide l’intérêt du jeu vidéo pour les investisseurs", se réjouit Hugues Ouvrard, pas vraiment inquiet. "Chez Microsoft, cela fait maintenant 40 ans que nous faisons des jeux vidéo et 18 ans que nous avons nos propres consoles. On a donc une véritable expérience."

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Selon lui, Google, Amazon et Apple, qui se lancent actuellement dans le jeu vidéo, n’auront pas la partie facile. "Pour réussir dans ce secteur à l’avenir, il faudra rassembler trois compétences : le cloud, et Microsoft est un des leaders dans ce domaine ; une communauté de gamers, nous avons 60 millions de joueurs sur Xbox, ce que les nouveaux venus n’ont pas ; et enfin des contenus, et là nous avons 14 studios qui développent des jeux pour nos plateformes", liste Hugues Ouvrard. "Donc nous sommes dans une position très intéressante", assure le patron de Xbox France.

Tout cela concourt malgré tout à un éclatement progressif du secteur du jeu vidéo. "On passe d’un marché qui voyait s’opposer trois fabricants de console à un marché plus vaste. En cela, on se rapproche des industries de la musique et de la vidéo avec quelques grands acteurs mais aussi une évolution de la distribution qui va plus vers l’abonnement et le dématérialisé que l’achat de jeux physiques", souligne Hugues Ouvrard, au micro d’Europe 1.

Des jeux vidéo toujours plus réalistes

Pour garder son avance, Microsoft doit tout de même se renouveler. La conférence de l’E3 a été l’occasion d’en apprendre plus sur les prochains projets Xbox, notamment une nouvelle console, prévue pour fin 2020, au nom de code mystérieux : Project Scarlett. " Nous avons aujourd’hui la Xbox One X qui est la console la plus puissante du marché. Project Scarlett sera quatre fois plus puissante. En termes de graphismes, elle pourra délivrer une image 8k et jusqu’à 120 images par seconde ", annonce Hugues Ouvrard.

Cette console devrait ainsi apporter aux joueurs une expérience de jeu hyper immersive et réaliste, "la grande quête du jeu vidéo depuis ses débuts". " Quand on met à disposition des développeurs une console aussi puissante, cela leur permet d’aller chercher toujours plus loin dans le réalisme. Cette console, combinée à la puissance du cloud, aboutira à des mondes encore plus grands, plus ouverts, plus détaillés", explique le patron de Xbox France.

" Nous n’allons plus chercher les acteurs de cinéma. Ce sont eux qui viennent à nous. "

Résultat, le jeu vidéo est devenu tellement réaliste qu’il touche enfin du doigt l’un de ses plus vieux rêves : ne faire qu’un avec le cinéma. La preuve avec le nombre croissant d’acteurs et actrices qui prêtent leurs traits et leurs mouvements (grâce à la motion capture) à des personnages. Rien que cette année, à l’E3, on a vu Forest Whitaker dans Star Wars Jedi : Fallen Order, Jon Bernthal (The Punisher) jouer l’antagoniste de Ghost Recon : Breakpoint ou encore Léa Seydoux, Mads Mikkelsen et Norman Reedus (The Waking Dead) au casting de Death Stranding.

Dimanche, la plus grosse sensation de la conférence de Microsoft n’était pas un trailer de jeu mais l'arrivée sur scène de Keanu Reeves (Matrix, John Wick), venu annoncer sa présence dans le très attendu Cyberpunk 2077, qui sortira en 2020. "Nous n’allons plus chercher les acteurs de cinéma pour faire des jeux vidéo. Ce sont eux qui viennent à nous car ils ont envie de s’y essayer", raconte Hugues Ouvrard. Une évolution logique car l’industrie du jeu vidéo est aujourd’hui plus importante que celle du cinéma, en termes de taille et de revenus. "Il y a quelques années, la tendance était de faire des jeux vidéo à partir de films. Aujourd’hui, c’est l’inverse", note le directeur de Xbox en France.

Conquérir un nouveau public

La bonne nouvelle, c’est aussi que cet hyper-réalisme, jusqu’ici réservé aux possesseurs d’une console de dernière génération ou d’un PC dédié au gaming, va s’ouvrir à un plus large public grâce au "cloud gaming". "Demain, avec la puissance du cloud, on va pouvoir transférer sur des appareils mobiles les contenus jusqu’ici réservés aux consoles", avance Hugues Ouvrard. C’est l’objectif de Google avec sa plateforme Stadia, mais également de Microsoft qui a présenté dimanche xCloud, son propre service de "cloud gaming".

"On a fait deux annonces. Une assez proche de celle de Google, à savoir du jeu en 'cloud gaming', avec des serveurs qui feront tourner les jeux à distance sur n’importe quel appareil, du smartphone à la TV. Et puis, si vous disposez d’une console Xbox, vous pourrez bientôt l'utiliser comme un serveur et continuer la partie que vous avez lancée sur votre canapé, sur votre téléphone, dans le bus ou dans votre jardin", détaille Hugues Ouvrard. Le futur est à portée de main puisque xCloud et Stadia doivent être lancés en fin d’année.