La 5G arrive en France mais attention, il y a la "vraie" et la "fausse" 5G

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La 5G sera disponible dans quelques centaines de communes d'ici fin 2020. 1:33
La 5G sera disponible dans quelques centaines de communes d'ici fin 2020. © Josep LAGO / AFP
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Pour déployer la 5G en France, les opérateurs ont deux options : utiliser les fréquences dédiées ou empiéter sur celles de la 4G. La deuxième solution permet d'utiliser les antennes actuelles pour diffuser le nouveau réseau. Cette "fausse" 5G offre un gain de temps considérable pour le lancement du réseau mais va de pair avec un débit à peine supérieur à celui de la 4G.
DÉCRYPTAGE

La 5G est sur les rails ! Après des mois de débats, d'annonces anticipées et de lancements partiels, le nouveau réseau de télécommunications mobiles commence à être installé en France en décembre. SFR, premier à s'être lancé à Nice fin novembre, a annoncé une couverture dans 120 communes d’ici la fin de l’année. Bouygues a de son côté déployé son réseau dans une vingtaine de grandes villes le 1er décembre. Jeudi, ce sera au tour d’Orange de se lancer dans 15 villes, suivies par 150 autres le 15 décembre. Et Free ne devrait pas tarder à faire ses annonces. La course à l’échalote est lancée et pour se démarquer, les opérateurs n’hésitent pas à tricher un peu avec… de la "fausse" 5G.

La 5G peut passer par la 4G

En théorie, les opérateurs sont censés utiliser les nouvelles fréquences qui leur ont été attribuées en octobre (sur la bande 3,5 GHz), des fréquences dédiées à la 5G. C’est ce qu’annoncent en ce moment Orange, SFR et Bouygues quand ils dévoilent la carte de leur réseau. "La 5G offre des débits trois à quatre fois plus rapides que la 4G", assure à Europe 1 Fabienne Dulac, la patronne d'Orange France. Pour déployer ce réseau, il faut installer un nouveau boîtier sur les antennes existantes. Un processus assez long quand on sait qu'il y a 50.000 sites 4G en France. Et cela explique pourquoi seules quelques centaines de communes sont couvertes au lancement.

Mais les opérateurs ont trouvé un tour de passe-passe pour déployer leur réseau 5G le plus vite possible : sans intervenir sur les antennes, ils peuvent, grâce à une mise à jour logicielle effectuée à distance, convertir des fréquences déjà utilisées pour la 4G pour qu’elles émettent aussi de la 5G. En l'occurrence les bandes de 2,1 GHz et 700 GHz. C’est ce que va, par exemple, faire Orange dans plusieurs dizaines de communes, notamment dans l’agglomération toulousaine. Même logique chez SFR : "On se déploie principalement en 3,5 GHz et on utilise la bande 2,1 GHz en complément", indique l'opérateur à Europe 1.

Une "fausse 5G" prisée par les opérateurs

Cette astuce est totalement légale puisqu'elle a été validée par l'Arcep et l'ANFR, l'Agence nationale des fréquences radio. En effet, déployer la 5G sur ces fréquences dites "basses", présente l'avantage de pouvoir couvrir rapidement de larges portions du territoire. Et donc produire un petit effet d'annonce au lancement en en faisant bénéficier à la fois les grandes villes et les zones rurales. "C'est aussi moins coûteux puisqu'il n'y a pas besoin de changer les antennes", explique-t-on chez Orange. Cette technologie, appelée "5G DSS" (pour "dynamic spectrum sharing", partage dynamique du spectre) est très répandue aux États-Unis notamment.

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Et les opérateurs Français sont prêts à s'en emparer : seuls 1.000 sites 5G, sur les 15.000 autorisés à être activés par l'ANFR, utilisent la bande de 3,5 GHz (en bleu sur la carte). Les 14.000 autres passent par les fréquences basses. Le problème est que cette 5G DSS n'apporte pas les bénéfices promis par la "vraie" 5G. "Le débit est à peine supérieur à la 4G, voire inférieur parfois", souffle-t-on chez Orange. D'où la qualification de "fausse 5G". Pire : en empiétant sur la 4G, elle peut même détériorer le réseau mobile existant.

Obligation d'informer les clients

Officiellement, les opérateurs français tiennent le même discours. Ils assurent que leur priorité est de déployer une 5G de qualité et que le DSS n'est qu'un complément pour étendre la couverture initiale à des zones d'habitude exclues des progrès en matière de réseau mobile. Mais, en coulisses, c'est une impasse mexicaine qui se joue et que n'aurait pas renié Sergio Leone. "On n'a pas intérêt à utiliser de la fausse 5G vis-à-vis des consommateurs. Mais si nos concurrents le font, on s'alignera", confie un opérateur. Pour l'instant, chacun avance par petites touches en espérant que personne ne brisera ce pacte tacite.

De fait, les potentielles victimes de cette stratégie, ce sont les clients à qui les opérateurs vendent en grande pompe l'arrivée de la 5G et qui risquent d'être déçus en constatant, parfois, que le débit promis n'est pas au rendez-vous. D'autant que, "vraie" ou "fausse" 5G, le logo qui s'affiche sur le téléphone est le même. "C'est trompeur", reconnaît un acteur du secteur. Pour éviter les désillusions, l'Arcep, le gendarme des télécoms a donc posé comme condition que les opérateurs produisent, sur leur site, une carte permettant de savoir quel type de 5G est utilisée dans chaque ville couverte.