Rugby - Des Bleus à l'âme : en immersion au sein d'un XV de France en crise

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Alors que le XV de France affronte l'Écosse samedi lors de la troisième journée du Tournoi des Six Nations, Europe 1 se plonge dans le marasme qui entoure les Bleus depuis plusieurs années.
ENQUÊTE

Jusqu'où ira la série noire du XV de France ? Les Bleus, qui n'ont gagné qu'un seul de leur neuf derniers matches, accueillent l'Écosse samedi à 15h15 pour leur troisième rencontre du Tournoi des Six Nations. Deux semaines après la cuisante défaite 44-8 en Angleterre, l'équipe de France doit absolument relever la tête. Immersion au sein d'une équipe en crise.

Une équipe repliée sur elle-même

Cette semaine, le staff du XV de France a opté pour un changement radical : les Bleus se sont coupés du monde comme rarement. L'idée est simple : pour gagner, vivons cachés. Le XV de France qui, jusqu'ici, se targuait, à l'inverse du foot, d'être un sport convivial où les joueurs sont proches des médias et du public, a décidé de tout couper. Ainsi, quand on arrive à Marcoussis, impossible d'apercevoir les terrains d'entraînement par dessus le petit muret d'enceinte : la fédération a fait installer des échafaudages et des bâches opaques sur plusieurs dizaines de mètres de long.

Communication verrouillée. Et ça va plus loin encore. Les joueurs ont été briefés par le service communication de la FFR qui leur a demandé de respecter un certains nombres d'éléments de langage, de ne pas faire de vague et puis de verrouiller davantage leurs réseaux sociaux. Pour le coach Jacques Brunel, rien de plus normal : en temps de crise, on se tait. "Vous ne croyez pas que les joueurs ont besoin de calme, de sérénité, de bien travailler ensemble plutôt que de communiquer ? Surtout quand on a pris 40 points contre les Anglais. Moi, ça me paraît logique", a justifié le sélectionneur du XV de France.

Mais tout le monde n'a pas respecté les consignes. On a eu deux victimes à titre d'exemple : Morgan Parra et Camille Lopez, qui avaient critiqué le staff, le management et l'organisation du XV en interne et en externe, ne sont pas retenus pour le match contre l'Écosse. Mais Jacques Brunel se défend de toute punition et parle de choix sportifs. Reste que le message est clair : il faut traquer les ennemis en interne et en dehors de l'équipe.

Création d'un "conseils de joueurs". On a aussi assisté à un changement de politique : le staff, que certains proches du XV de France jugent dépassé, a décidé de s’entourer d'un conseils de joueurs. Il s'agit de cadres du groupe qui vont venir faire la jonction entre les coachs un peu perdus et le reste de l'équipe, pour suggérer des idées tactiques notamment.

Peut-on encore sauver le XV France ?

De loin, le XV de France ressemble donc à une équipe quasi paranoïaque, qui s'isole. Une attitude qui est le produit de l’enchaînement des défaites. Cela fait désormais quatre ou cinq ans que le XV de France perd plus qu'il ne gagne. D'anciens membres de la FFR parlent même d'une génération maudite. Aujourd'hui, on arrive au point de non retour : on a un peu tout essayé, on a changé les entraîneurs, fait tourner les joueurs, et rien ne marche.

Un diagnostic clair… "Je ne sais même pas si c'est dans la tête. Physiquement on est très bien. Toutes les bêtises qu'on entend sur le Top 14, comme quoi les joueurs sont mal préparés en France, il faut s'enlever ça de la tête", assurait le pilier Jefferson Poirot après la défaite inaugurale contre le Pays de Galles. "On n'a peur d'aucune équipe mais par contre il faut absolument gommer toutes nos petites erreurs. Je ne sais pas si c'est un manque de concentration, ça m'énerve de parler de malchance mais on a l'impression que c'est de l'ordre de l'irréel."

Ceci étant, le monde du rugby s'accord sur quelques éléments clés pour expliquer le naufrage du XV de France. Il y a d'un côté un rugby français qui, dans la formation et l'entrainement, insiste trop sur le physique mais a délaissé la technique ; de l'autre, des joueurs qui ont perdu le moral, au fond du trou après des années de défaite.

… mais peu de solutions. Alors que faire pour relancer la machine ? Ce qui est étonnant c'est que quand on parle à Jacques Brunel d'un préparateur mental, il refuse d'envisager l'idée. Pourtant, bien des grandes nations ont eu recours à cette solution dans le passé, souvent avec succès. Des joueurs du XV de France ont d'ailleurs réclamé un préparateur mental avec eux. Sans être entendus.

À court terme, cela semble donc compliqué de tout changer. Mais pour certains entraîneurs extérieurs au XV de France, il n'y a pas le choix, il faut dire au revoir à toute une génération et faire monter dès à présent les jeunes de 19-20 ans pour préparer le mondial 2023 qui aura lieu en France.