Vaccination : "sacraliser" le recueil du consentement peut entraver "l’intérêt général"

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Moins de 400 personnes avaient reçu un vaccin contre le Covid-19 en fin de semaine en France. (Photo d'illustration) 1:26
Moins de 400 personnes avaient reçu un vaccin contre le Covid-19 en fin de semaine en France. (Photo d'illustration) © SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP
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Confronté aux critiques sur la vaccination en France, le gouvernement dit vouloir accélérer sur la question. Récemment encore, il justifiait ce lent démarrage par la nécessité de recueillir le consentement. "Il ne faut pas sacraliser des principes au point d’aller à l’encontre de l’intérêt général", a réagi le professeur d'éthique médicale Emmanuel Hirsch, dimanche sur Europe 1.
INTERVIEW

Professeur d'éthique médicale à l'Université Paris-Saclay, Emmanuel Hirsch a partagé dimanche sur Europe 1 son exaspération à propos de la campagne de vaccination contre le Covid-19 qui peine à décoller en France. En fin de semaine, moins de 400 personnes avaient reçu une injection du produit de Pfizer et BioNTech dans l'Hexagone contre plusieurs milliers dans d'autres pays européens. Si le gouvernement veut désormais accélérer sur cette campagne, il a d'abord revendiqué ce démarrage en douceur afin de s'assurer du consentement des premières personnes concernées, notamment dans les Ehpad. "Je suis pour les règles de l’éthique mais il ne faut pas sacraliser des principes au point d’aller à l’encontre même de l’intérêt général de la personne et de la société", a réagi Emmanuel Hirsch, très remonté.

"À un moment donné, les personnes n’accepteront plus les décisions"

"Aujourd’hui, on va à l’encontre de l’intérêt général. Ce n’est pas uniquement à l'encontre de l’individu en particulier... C’est pour ça que je suis critique vis-à-vis de l’État", a-t-il précisé. Allant même jusqu'à s'excuser "de tenir des propos aussi critiques", Emmanuel Hirsch déplore que dans une situation de crise, "on ajoute une crise politique, une crise sociétale, qui à un moment donné fera que les personnes n’accepteront plus les décisions".

"On a l’impression que la stratégie est totalement compromise par un manque de réalisme", a-t-il poursuivi. "Ce n'est pas de l’impatience, c’est aujourd’hui de la désespérance. Il n’y a pas une décision depuis un an qui a été prise d’une manière intelligente, c’est-à-dire en prenant en conscience ce qu’est la réalité et en discutant des choix."

Pour celui qui est aussi directeur de l'Espace éthique de la région Île-de-France, cette mauvaise gouvernance a des conséquences dramatiques. "Le résultat c’est que les gens qui doutaient en grande partie de l’efficacité du vaccin doutent maintenant de l’efficacité de la mise à disposition de vaccins."

Europe 1
Par Jonathan Grelier