Un ancien ambassadeur du Vatican en France jugé pour agressions sexuelles

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Luigi Ventura serrant la main de Bernard Cazeneuve, en 2015. 1:22
Luigi Ventura serrant la main de Bernard Cazeneuve, en 2015.
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L'ex-nonce apostolique Luigi Ventura est accusé de plusieurs agressions sexuelles. Il doit être jugé à Paris ce mardi, car son immunité diplomatique a été levée par le Vatican. Un véritable "combat", selon les plaignants, alors que l'Eglise fait face ces dernières années à de nombreux scandales sexuels.

L'ex-ambassadeur du Vatican en France, Monseigneur Luigi Ventura, est jugé ce mardi à Paris. Il est soupçonné d'agressions sexuelles sur cinq hommes en 2018 et 2019 dans l'exercice de ses fonctions diplomatiques, ce qu'il nie. Cette affaire, qui a éclaté en février 2019 alors que l'Église catholique était touchée par de multiples scandales sexuels, a poussé le Saint-Siège à lever l'immunité diplomatique du nonce apostolique de 75 ans, une première dans l'histoire moderne de la diplomatie vaticane.

Une immunité levée

La presse française a révélé l'ouverture d'une enquête le 24 janvier 2019 à la suite d'un signalement de la mairie de Paris, en vertu de l'article 40 du code de procédure pénale, qui impose à toute autorité publique de signaler une infraction dont elle a connaissance.

L'un de ses cadres municipaux de la délégation générale aux relations internationales (DGRI), aujourd'hui âgé de 28 ans, a dénoncé avoir subi des "mains aux fesses" appuyées à trois reprises lors de la cérémonie des vœux aux autorités diplomatiques, le 17 janvier. Dans son sillage, quatre autres hommes ont rapporté des attouchements similaires de la part du prélat italien lors d'événements publics en France, entre janvier 2018 et février 2019.

Un autre salarié de la mairie d'une quarantaine d'années, community manager, a porté plainte pour des faits datant de la même cérémonie, un an plus tôt ; un séminariste pour des gestes comparables lors d'une messe. Deux autres hommes se sont manifestés, dont un haut-fonctionnaire du Quai d'Orsay qui n'a cependant pas souhaité se constituer partie civile.

Le 8 juillet 2019, l'immunité diplomatique de Luigi Ventura a été levée, ouvrant la voie à d'éventuelles poursuites judiciaires. Et l'été suivant, le parquet de Paris a décidé de renvoyer le prélat devant le tribunal correctionnel.

Le chef de l’État interpellé

"Monseigneur Ventura attend avec impatience ce procès pour qu'il puisse s'expliquer, que la lumière puisse être faite et son innocence reconnue", a indiqué son conseil, l'avocate Solange Doumic, qui affirme à. l'AFP qu'il "a demandé lui-même la levée de l'immunité diplomatique de manière à pouvoir s'expliquer devant les tribunaux."

Les avocats des parties civiles font valoir au contraire que cette levée d'immunité a été un "combat" pour les plaignants; en février 2019, trois d'entre eux avaient publiquement interpellé le chef de l’État français à ce sujet.

"Face aux dénégations de M. Ventura, mon client espère que le tribunal entendra sa parole et le reconnaîtra dans son statut de victime", déclare Elise Arfi, avocate de Mathieu de La Souchère, qui a le premier pris la parole dans cette affaire.

Plusieurs plaignants

L'avocate du deuxième plaignant, Jade Dousselin, indique aussi "attendre de la justice qu'elle ait le courage de la vérité. C'est un procès historique dans le sens où c'est la première fois qu'un diplomate aussi haut placé dans la hiérarchie du Saint-Siège doit répondre devant la justice française".

"Il n'y a pas de cabale" mais "juste la volonté de faire juger des faits d'agressions sexuelles qui ont eu des conséquences importantes sur la vie de notre client", assurent les défenseurs d'une autre partie civile, Antoinette et Edmond-Claude Frety. Les avocats déplorent l'absence d'investigations du parquet concernant un témoignage à charge datant de 2008, au moment où Mgr Ventura était nonce à Toronto. L'agression sexuelle est passible d'une peine de prison maximale de 5 ans et de 75.000 euros d'amende.

Diplomate de carrière

Diplomate de carrière du Vatican, Mgr Ventura était en poste depuis 2009 à Paris, chargé des relations du Saint-Siège avec les autorités françaises d'une part et avec les évêques de France d'autre part. Il a démissionné en décembre 2019 pour "limite d'âge."

Entré au service diplomatique en 1978, il a été nonce apostolique en Côte d'Ivoire, au Burkina Faso et au Niger (1995), puis au Chili (1999) et ensuite au Canada (2001), avant d'être nommé dans la capitale française.

L’Église catholique est concernée ces dernières années par de multiples scandales d'abus sexuels et d'accusations de dissimulation à travers le monde. En réponse, le pape François a notamment promis qu'il serait intransigeant avec la haute hiérarchie ecclésiastique.