Abus sexuels dans l’Eglise : "Il y aura, c'est évident, dans les années qui viennent, des procès importants"

, modifié à
  • A
  • A
Jean-Marc Sauvé 3:09
Jean-Marc Sauvé, président de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise, explique ce qu'il attend de ces quatre jours de procès du père Preynat. © AFP
Partagez sur :
Alors que le procès du père Preynat commence mardi à Lyon, le président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise, Jean-Marc Sauvé, réagit au micro d'Europe 1. Un procès emblématique des affaires de pédophilie dans l'Eglise en France. Dix mineurs ont été agressés sexuellement par l'ex-prêtre, couvert par le cardinal Barbarin.
INTERVIEW

Le procès du père Preynat, accusé d'agressions sexuelles sur dix mineurs dans les années 80-90, débute mardi à Lyon. Pendant vingt ans, le prêtre a été chef des scouts de Sainte-Foy-lès-Lyon et a profité de son ascendant sur les enfants pour les agresser sexuellement. Des abus qui ont provoqué la chute du Cardinal Barbarin, accusé d'avoir gardé le silence. Jean-Marc Sauvé, président de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase), réagit au micro d'Europe 1 et explique ce qu'il attend de ces quatre jours d'un procès symbolique.

"C’est un symbole parce que la lumière va être enfin faite sur les abus sexuels. Il faut vraiment établir les faits les responsabilités et à la fin, juger. Et rendre à chacun selon ses actes. Il y a un grand besoin de mise en lumière et de justice", explique le président de la Commission indépendante. "Les victimes ont été tellement blessées, que le passage par la justice civile comme par la justice ecclésiastique est nécessaire."

Comprendre la genèse 

Pour Jean-Marc Sauvé, plus que le verdict, l'important est de comprendre la genèse de ces abus. "Je n'ai pas d'attentes particulières sur ce verdict, ce qui est important c'est de révéler. Comment ces abus ont-ils pu se produire ? Comment ont-ils été traités ?". A l'époque, la pédophilie du père Preynat était connue par bon nombre de membres du clergé. L'Eglise l'avait même envoyé en thérapie dès 1967.

Et ce passage par la justice pourra permettre à la commission Sauvé de déterminer les conditions de cette omerta. "C’est à nous qu’il appartiendra de déterminer pourquoi dans l’Eglise catholique et au sein de la société jusque dans les année 90, ces affaires ont été traitées par des déplacements discrets et pourquoi on a complètement sous-estimés l'impact de ces abus."

"La destruction des vies humaines est la responsabilité des prédateurs. Dans un certains nombre de cas, il est possible que la hiérarchie ait ignoré les faits, dans d’autres elle les connaissait", rappelle Jean-Marc Sauvé. "Nous sommes confrontés à la fois à des défaillances personnelles, à des cas de perversités graves. Et en parallèle, sur le plan structurel, des défaillances sont apparues."

4.000 appels reçus de victimes ou de témoins d'abus sexuels

Le rôle de la commission Sauvé, constituée de 22 membres, est de recenser et écouter les victimes des abus sexuels au sein de l'Eglise catholique. Pour cela, elle a lancé un grand appel à témoignages et doit rendre ses conclusions définitives pour 2021. Depuis sa création, en automne 2018, elle a reçu près de 4.000 appels, émanant de témoins ou de victimes directement. "Nous avons reçu des questionnaires de 50 questions de la part de 1.200 victimes", souligne le président. "Ils vont faire l'objet d'une recherche approfondie de l'Inserm" (Institut national de la santé et de la recherche médicale, ndlr). Par ailleurs une centaine de victimes ont été entendues. "Notre objectif c'est d'entendre le plus grand nombre d'entre elles", assure Jean-Marc Sauvé qui se dit conscient de l'importance de ces témoignages pour la reconstruction des victimes. 

Le procès du père Preynat, s'il est symbolique, ne sera pas le dernier aux vues des témoignages recueillis par la commission. "Il y aura, c'est évident, dans les années qui viennent, des procès importants pour des affaires des abus sexuels dans l’Eglise catholique mais aussi dans d’autres secteurs de la société française", affirme Jean-Marc Sauvé.

Pour recueillir la parole des victimes ou témoins : un numéro de téléphone (01.80.52.33.55) a été mis en place, avec des écoutants spécialement formés, en partenariat avec la fédération France Victimes. Un site internet est également ouvert.

Europe 1
Par Mathilde Durand