Un an après le rejet du "plan Borloo", quel bilan pour la politique de la ville du gouvernement ?

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Le ministre de la Ville et du Logement réunit jeudi les acteurs locaux pour faire un point sur les mesures annoncées en mai 2018 par le président en faveur des quartiers en difficulté.
ENQUÊTE

En mai 2018, Emmanuel Macron annonçait une série de mesures en faveur des quartiers difficiles. L’objectif du chef de l’Etat était clair : "lutter contre l’assignation à résidence", une formule qu’il avait déjà utilisée pendant sa campagne présidentielle. Un peu plus d’un an plus tard, l’exécutif entend défendre son bilan en matière de politique de la ville. Le ministre de tutelle, Julien Denormandie, reçoit jeudi à Paris acteurs économiques, associatifs et élus pour un point d’étape. De son côté, Europe 1 s'est également penché sur le bilan du "plan banlieue".

À l’époque, Jean-Louis Borloo, ancien ministre de la Ville, auréolé d’une solide réputation en banlieue, avait rendu un rapport issu de six mois de travail avec des élus locaux. Cet ambitieux projet, budgétisé à hauteur de 5 milliards d’euros, avait trouvé un consensus à peu près partout, sauf auprès du président de la République. Le 22 mai 2018, à la surprise générale, Emmanuel Macron rejette le plan lors d’un discours. "Ça n’aurait aucun sens que deux mâles blancs ne vivant pas dans ces quartiers s’échangent un rapport. Ça ne marche plus comme ça", argue alors le chef de l’Etat. Les "deux mâles blanc" sont dans la salle : Jean-Louis Borloo et Julien Denormandie, ministre de la Ville et du Logement. Le malaise est palpable.

 

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Personne n’a alors réellement compris pourquoi le rapport Borloo, à peine rendu, était déjà enterré, mais étonnamment les idées qu’il mettait en avant sont restées. En termes de budget par exemple, avec près de 6 milliards d’euros investis dans la rénovation urbaine ; avec le déploiement de la police de sécurité du quotidien dans une cinquantaine de quartiers ; avec des mesures pour l’éducation comme le dédoublement des classes de CP et CE1, des aides pour les devoirs, de nouvelles primes pour les enseignants en REP+, et des offres de stage pour les élèves de 3e. Il y a aussi eu un investissement de 2 milliards d’euros dans la formation, et des emplois francs qui permettent aux entreprises de toucher des aides quand elles emploient un habitant venant d’un quartier prioritaire.

Au bout d’un an, le gouvernement revendique d’avoir déjà appliqué 75 à 80% de ce plan banlieue. Avec toutefois quelques disparités. Si l'on prend uniquement les emplois francs, le gouvernement visait 20.000 emplois en année pleine. Or, selon nos informations, fin avril, seuls 5.800 dossiers avaient été acceptés, soit un tiers de l’objectif initial. Mais notons qu’à 82% ce sont des CDI, et que dans un cas sur deux, l’emploi décroché l’est en dehors du quartier d’origine.

Sur le terrain, des résultats encourageants

Dans la région Hauts-de-France, ce sont près de 2.000 contrats francs qui ont été signés, dont plus de 200 à Roubaix. Ludovic, 36 ans, a ainsi pu être embauché chez un artisan couvreur du quartier de l’Alma, après des années de galère. "Ce CDI va m’aider financièrement à avoir une vie. Vivre avec le RSA, ça n’est pas top. Il n’y a pas beaucoup de monde qui donne sa chance à une personne de mon âge, maintenant je ne vais pas la lâcher", assure-t-il à Europe 1.

Son employeur, pour le faire travailler en CDI, bénéficie d’une aide de 5.000 euros par an pendant trois ans. "C’est l’équivalent de 2,5 mois de salaire. C’est un vrai coup de pouce, et c’est une double rentabilité : on a un ouvrier en plus, ce qui fait que l’on peut prendre du boulot en plus, et on est aidé pour le payer. Sans cette aide-là, je n’embaucherais pas", fait valoir ce jeune artisan-patron.

Au sein de ce dispositif, Pôle Emploi a mis en place un accompagnement des candidats et des chefs d’entreprise, avec des périodes tests d‘immersion en entreprise et des formations, ce qui permet de limiter les échecs et de pérenniser les emplois. "Tous ces dispositifs que l’on met en amont avant le contrat de travail nous permettent de minimiser les pertes et de sécuriser au maximum le recrutement", souligne Julien Dewaele, responsable au Pôle Emploi de Roubaix. "Cette aide donne plus de chances au candidat pour pouvoir entrer pleinement dans la vie active."

Les emplois francs ont été généralisé à tous les quartiers prioritaires de la région Hauts-de-France. La semaine prochaine, Pôle emploi organise aussi des opérations dans ses agences pour promouvoir ce dispositif, qui reste néanmoins encore assez mal connu des chefs d’entreprise.

Malgré tout, l’amertume des élus locaux

En région, le bilan de ces mesures apparaît donc comme plutôt encourageant. Sur les promesses du gouvernement, "objectivement les cases sont cochées", reconnaît un maire de banlieue qui salue la dynamique sur la rénovation urbaine, sur les cités éducatives et sur la formation. Mais cet avis n'est pas toujours partagé. "Personne ne ressent symboliquement les mesures du gouvernement", assure pour sa part un maire de Seine-Saint-Denis qui explique que les emplois francs ne marchent pas chez lui.

 

Le rejet par le Président Macron du plan Borloo, et plus encore les mots qu’il a utilisés, cette référence "aux mâles blancs", ne passent pas et ont marqué une rupture avec les maires de ces communes. Si globalement le "plan banlieue" est salué par les acteurs locaux, la relation entre l’Etat, le président de la République et notamment les maires de banlieue reste très détériorée.

Europe 1
Par Jean-Rémi Baudot et Lionel Gougelot, édité par Romain David