Stéphane Gaudry, professeur au service de réanimation de l'hôpital Avicenne à Bobigny 2:30
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Mathilde Durand , modifié à
Stéphane Gaudry, professeur au service de réanimation de l'hôpital Avicenne à Bobigny, alerte sur la situation sanitaire dans les semaines à venir au micro d'Europe 1. "Quoi qu'il arrive dans une à deux semaines en réanimation, les choses vont continuer de s'aggraver", explique-t-il.
INTERVIEW

La France est entrée dans "une forme de troisième vague" de l'épidémie de coronavirus, "caractérisée par des variants nombreux", a estimé mardi Jean Castex. Dans quelques départements, la situation est très tendue, à commencer par ceux d'Ile-de-France où les indicateurs sont dans le rouge. Le nombre de malades en réanimation a dépassé le pic de la 2e vague de l'automne avec 1.177 patients hospitalisés mardi. Stéphane Gaudry, professeur au service de réanimation de l'hôpital Avicenne à Bobigny, raconte la réalité du terrain, sur Europe 1, mardi soir.

La situation en réanimation va empirer

"Quoi qu'il arrive dans une à deux semaines en réanimation, les choses vont continuer de s'aggraver", explique Stéphane Gaudry. "Il y a un décalage entre le nombre de cas en ville et le nombre de cas qui arrivent en réanimation, puisqu'il y a 8 à 10 jours qui se passent." En Ile-de-France, le taux d'incidence n'a cessé d'augmenter avant de finalement dépasser le seuil critique de 400. Il s'élève désormais à 404,5 nouveaux cas par semaine pour 100.000 habitants. "On a continué à augmenter le nombre d'infections en ville depuis une dizaine de jour, donc le nombre de malades en réanimation va augmenter dans les quinze prochains jours. C'est mécanique", démontre le professeur.

Lors de la première vague, 2.700 lits avaient été montés dans la région francilienne pour faire face à l'afflux de patients contaminés par le Covid-19. Une situation différente aujourd'hui. "On n'aura pas la même marge que la dernière fois", explique-t-il. En effet, contrairement au début de l'épidémie, les soignants qui étaient venus aider d'autres régions sont désormais tous mobilisés face au Covid sur leurs territoires. Et ceux en provenance de structures privées travaillent actuellement sur des pathologies non-Covid. 

De plus, les soignants franciliens s'occupent actuellement de patients Covid en réanimation, mais également d'autres patients, hospitalisés pour d'autres motifs. "Par rapport à la première vague de l'année dernière, nous avons deux activités en réanimation", précise Stéphane Gaudry, qui estime à 130% le taux d'occupation des services franciliens. "Et c'est ça qui fait que cela engorge les services." Si les services ont déjà été élargis avec l'ouverture de nouveaux lits, en transformant d'autres lits de soins continus en lits de réanimation, le personnel est au maximum de ses capacités, constate-t-il. Infirmiers et infirmières, médecins : tous ont déjà augmenté leur volume de travail. 

Un reconfinement sept jours sur sept

Face à la situation épidémique de la région francilienne, Stéphane Gaudry est sans appel. "D'un point de vue sanitaire, c'est une évidence : il faut reconfiner l'Ile-de-France", estime-t-il. "On est même en retard."

Un délai qui conduirait désormais à privilégier un confinement plus strict que seulement des restrictions le week-end. "La situation est trop grave, il faut reconfiner sept jours sur sept, au moins quatre semaines", poursuit le professeur, qui concède que d'autres questions sont en jeu "politiques, économiques, psychiques, ou d'acceptation par les populations."

"On parle beaucoup des gens très opposés à ce confinement, mais je vois beaucoup de personnes qui demandent que ce soit fait pour avoir derrière une visibilité", indique Stéphane Gaudry. Pourtant, l'opinion publique reste majoritairement opposée à de nouvelles restrictions. Selon un sondage Elabe pour BFM TV paru mardi, 61% des personnes interrogées sont opposées à un confinement comme celui instauré en novembre et 62%, sont opposés à l'instauration d'un confinement national le week-end et d'un couvre-feu à 18h la semaine.