Pauvres, immigrés, mal-logés… Une étude dresse le profil des malades du coronavirus

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Le coronavirus touche nettement plus les classes défavorisées. 1:24
Le coronavirus touche nettement plus les classes défavorisées. © Christophe ARCHAMBAULT / AFP
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Une vaste enquête commandée par l’Inserm et publiée ce vendredi dresse le premier portrait des personnes touchées par le coronavirus. Ses conclusions sont sans appel : la maladie touche nettement plus les classes défavorisées, comme les ouvriers et les migrants, que les classes aisées.

Origines sociale et géographique, professions… Une vaste enquête commandée par l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), menée sur plus de 130.000 personnes et publiée ce vendredi, a dressé le premier profil des personnes touchées par le coronavirus en France. Cette étude, baptisée EpiCov, montre l’importance primordiale de l’origine sociale et des conditions de vie sur le coronavirus. Ainsi, les classes défavorisées sont nettement plus contaminées que les classes aisées, faisant du Covid-19 une maladie profondément inégalitaire.

Une maladie urbaine

Sans surprise, les personnes qui vivent dans une grande ville ont plus de risques d’être touché par le coronavirus. Les disparités locales sont en revanche très fortes, avec une prévalence (le pourcentage de personnes touchées par le Covid-19) en mai dernier de 9,2% en Île-de-France et de 6,7% dans le Grand Est, les deux régions les plus touchées au début de la pandémie. Les personnes habitant une commune très densément peuplée (au moins 1.500 habitants par km2 avec un minimum de 50.000 habitants) ont ainsi été deux fois plus nombreuses à avoir été positives.

A l’inverse, la Bourgogne Franche-Comté et le Centre Val de Loire, moins densément peuplés, n’affichaient un mai qu’une prévalence de respectivement 1,5% et 2,1%.

Les logements surpeuplés, propices à la contamination

Les facteurs sociologiques ont une importance encore plus importante dans la circulation de l’épidémie. Ainsi, les personnes vivant dans les logements surpeuplés ou avec des conditions de vie difficiles sont nettement plus contaminées. D’après les données de l’enquête EpiCov, les personnes habitant un logement de moins de 18 m2 par personne (pour celles qui partagent un logement) sont 2,5 fois plus nombreuses à avoir été positives. 

Les habitants de Seine-Saint-Denis, département très densément peuplé et où les conditions de logement sont souvent difficiles, ont ainsi été particulièrement touchés.

Les ouvriers touchés, les cadres épargnés

Autre facteur qui fait du coronavirus une maladie profondément inégalitaire : les fortes disparités en fonction des professions. Le Covid-19 a été contracté par 14% des employés non qualifiés, 16% des ouvriers qualifiés et 17% des ouvriers non qualifiés. A l’inverse, seulement 5% des cadres et professions intellectuelles supérieures l’ont eu.

Ces différences s’expliquent, d’après l’Inserm, par des conditions de travail nettement plus favorables pour les classes supérieures pendant le confinement. A titre d’exemple, seulement 15% des cadres - qui ont pu en majorité effectué du télétravail -, ont continué à se rendre sur leur lieu de travail, soit deux fois que la moyenne nationale.

Les migrants beaucoup plus contaminés

Une étude menée par Médecins sans frontières, publiée mardi, avait conclu que près de la moitié des précaires et des migrants ont été infectés en Île-de-France. Une tendance confirmée par l’Inserm. "L’enquête Epicov confirme que les personnes immigrées sont plus contaminées, en particuliers ceux issus d’une immigration non européenne", a expliqué Nathalie Bajos, directrice de recherche à l’Inserm interrogée par Europe 1. 

Les immigrés non européens cumulent en effet plusieurs facteurs sociologiques favorisant la contamination : ils ont continué à travailler pendant le confinement, vivent le plus souvent dans des grandes villes et dans des logements surpeuplés.