Le "lundi vert", sans viande ni poisson, à quoi ça sert ?

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Isabelle Adjani, Yann Arthus-Bertrand, Juliette Binoche... 500 personnalités ont appelé à adopter un régime végétarien tous les lundis.

Seriez-vous prêt à vous priver de viande et de poisson une fois par semaine ? C’est en tout cas ce à quoi nous invitent depuis mercredi dernier 500 personnalités, signataires de l’appel du "lundi vert". Isabelle Adjani, Stéphane Bern, Juliette Binoche, Yann Arthus-Bertrand et tous les signataires s’engagent ainsi à adopter un régime végétarien tous les lundis, à partir de maintenant, et appellent à faire de même. "Il existe aujourd'hui des raisons impératives de diminuer collectivement notre consommation de chair animale en France. Nous pensons que chaque personne peut faire un pas significatif dans ce sens", écrivent ces 500 artistes, scientifiques ou défenseurs de l'environnement dans une tribune publiée à l’origine sur le site du Monde.

Ils espèrent ainsi que "50.000 à 500.000" personnes iront s'engager sur le site www.lundi-vert.fr à ne plus manger ni poisson ni viande le lundi en 2019. Outre la question du bien-être animal, les signataires assurent aussi qu’un tel geste peut être bénéfique pour l’ensemble de la planète et de l’humanité. Mais jusqu’à quel point ?

Quel impact pour l’environnement ?

La consommation de viande a un impact certain sur l’environnement. Selon différentes études, l’élevage serait à l’origine de 15 à 18% des émissions de gaz à effets de serre dans le monde, un ratio plus élevé que celui du secteur des transports, trafic automobile et aérien compris. La digestion des animaux entraîne en effet des rejets de méthane dans l’atmosphère, la production d’engrais est émettrice de CO2 et la nourriture des bêtes (le soja, notamment) est cause de déforestation, ce qui réduit la capacité de la planète à capter les gaz à effets de serre. Produire de la viande est aussi synonyme de consommation d’eau : pour produire 500 g de bœuf, il faut près de 7.000 litres d’eau, dix fois plus que pour le riz ou le blé.

Mais peut-on vraiment changer la donne en consommant un peu moins de viande ? Selon les études les plus prudentes sur le sujet, un habitant d'un pays développé qui deviendrait 100% végétarien ou presque diminuerait d’au moins 10% ses propres émissions individuels de gaz à effets de serre (certaines études, bien plus controversées, vont jusqu’à évaluer l’impact d’un régime végétarien sur une diminution des émissions de gaz à effet de serre à 50% ou plus). "10% en moins, cela équivaut à retirer 8 millions de voitures de la circulation au Royaume-Uni - soit un quart des automobiles britanniques", commentent deux chercheurs de Cambridge dans The Conversation. L’impact de notre consommation de viande sur l’environnement est donc certain. Mais une réduction de notre consommation à une seule fois par semaine aurait un impact assez peu significatif.

Quant aux poissons, l’enjeu concerne surtout la survie des stocks. Aujourd’hui, 90% d’entre eux sont exploités à fond ou soumis à la surpêche, selon les associations environnementales. Il existe donc, à moyen terme, un risque de disparition d'espèces.

Quel impact pour la santé ?

La surconsommation de viande est dangereux pour la santé, cela ne fait plus de doute. En 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (OMS-CIRC) a classé la viande rouge et la viande transformée (saucisse, charcuterie, etc.) comme "probablement cancérogènes et cancérigènes". La même année, une étude de l'Anderson Cancer Center (Houston, Etats-Unis) a fait un lien entre la viande cuite et le cancer du rein, comme le rappelle le site Top Santé. Et il faut ajouter à cela un risque de hausse du taux de glycémie, ou encore d’obésité, lié à une surconsommation de viande. L’Organisation mondiale de la santé recommande ainsi de limiter sa consommation de viande à 500 grammes par semaine, soit 72 grammes par jour. Quant aux poissons, surtout le poisson gras, il faudrait se contenter d’une consommation deux fois par semaine, voire une fois tous les dix jours pour les personnes les plus fragiles (enfants, femmes enceintes etc), en raison de la présence croissante du taux de mercure dans les océans, et donc dans les poissons (surtout les plus gros).

De ce point de vue-là, supprimer la viande et le poisson une fois par semaine aurait un impact réel pour la santé… en tout cas pour les gros consommateurs. Beaucoup, en effet, sont déjà dans les clous : les Français consomment par exemple en moyenne 52,5 grammes de viande rouge par jour, soit 25% de moins que les recommandations. "Mais ce chiffre recouvre d'importantes disparités : si 37% mangent moins de 245 grammes par semaine, 28% dépassent les 500 grammes", détaille le magazine 60 Millions de consommateurs, auteur d’une enquête sur le sujet en 2017. Pour les plus gros mangeurs de viande et de poissons, une suppression une fois par semaine (voire plus) aurait un impact clairement bénéfique. En janvier dernier, une étude réalisée par l’université d’Oxford indiquait que 2,4% des morts causées par l'alimentation dans le monde et 5% dans les pays développés pourraient être évitées en réduisant la consommation de viande, en particulier de boeuf.

Quel impact pour la faim dans le monde ?

Ultime argument qui plaide pour une diminution de la consommation de viande : cela aiderait à nourrir plus de monde à travers la planète. Selon la FAO, 83 % de la surface agricole mondiale est utilisée pour l'élevage (pâturage du bétail et production de céréales destinées à les nourrir). Or, l’élevage ne produit que 18% des calories nécessaires aux besoins de l’humanité. Selon l’ONU, si l’on utilisait la totalité des terres réservées à l’élevage pour cultiver uniquement de la nourriture pour l’homme (blé, riz, légumes…) et non de la nourriture pour animal, nous pourrions nourrir quatre milliards de personnes de plus.

Par quoi remplacer la viande ?

La viande fournit un apport en protéines et en fer inégalé. Mais il est possible de compenser une diminution de sa consommation par d’autres aliments qui sont aussi très riches. Les haricots, les pois, les lentilles, les œufs ou les produits issus du soja permettent de compenser une absence de viande. Mais il ne faut pas lésiner sur les proportions. On estime, par exemple, qu’il faut environ 268 grammes de lentilles cuites pour remplacer un steak de bœuf.