Poissons et fruits de mer : comment consommer écolo ?

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Poissons
Selon leur provenance, la consommation des poissons n'a pas le même impact sur l'environnement. © JEAN-PIERRE MULLER / AFP
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Une large majorité de Français se disent préoccupés par la pollution des océans et la surpêche, selon une étude. Mais ils sont encore peu nombreux à faire de ces critères une priorité au moment de l’achat.

Les Français peinent à passer de l’intention à l’acte. Selon une étude menée pour le label MSC, huit consommateurs sur dix "reconnaissent que la sauvegarde des océans passe par une consommation de produits de la mer durables", 74% se disant même prêts à changer leurs habitudes. Pourtant, à l’heure actuelle, la durabilité et l’empreinte écologique d’un produit arrivent en queue de peloton, au 7e rang des critères d’achat effectif chez les femmes, et au 8e chez les hommes, loin derrière la fraîcheur, la qualité nutritionnelle, le goût, voire le prix pour les hommes. Comment inverser la donne ? Europe 1 vous donne quelques astuces pour une consommation de produits de la mer plus écologique.

UN LABEL ET UNE APPLI POUR EVALUER LA DURABILITÉ

Savez-vous que le saumon de l'Atlantique est davantage soumis à la surpêche que celui du Pacifique ? Que les anchois de Méditerranée se dépeuplent à vitesse grand V, et qu’il vaut mieux privilégier ceux pêchés dans le golfe de Gascogne ? Pour le consommateur soucieux de préserver les réserves de la mer, il n’est pas toujours facile de se repérer dans les rayons.

Pour y remédier, l’ONG "MSC" (Marine Stewardship Council, en français "Conseil pour la bonne gestion des mers") délivre le label du même nom, que l’on peut retrouver sur certains produits en supermarchés. L’ONG effectue des contrôles minutieux avant de décerner le label, ainsi qu’un contrôle annuel. Il s’agit pour elle de vérifier que l’entreprise de pêche n’exerce pas sur une zone surexploitée, et qu’elle respecte des méthodes de pêche non néfastes pour l’environnement. C'est, à l’heure actuelle, le seul label prenant en compte à ce point la durabilité des produits. Mais s’il a le mérite d’exister, l’ONG qui en est à l’origine ne fait pas l’unanimité, occasionnellement accusée de laxisme dans ses critères de sélection. Elle a notamment été pointée du doigt en 2016 par l’association WWF pour avoir délivré un "certificat de pêche durable à des professionnels de l’océan Indien", et ce malgré des problèmes de stock de thon tropical dans la région, rapportait Le Monde fin 2016. L’ONG avait tout de même fini par retirer le label aux entreprises mises en cause.

Pour avoir un complément d’information, vous pouvez télécharger l’application "Planet Ocean", de l'ONG SeaWeb Europe et de la Fondation Goodplanet, ou encore l’application Etiquettable (non centrée sur la mer). Produit par produit, ces applications indiquent les régions du monde à privilégier pour éviter de vider les réserves des océans. À vous, ensuite, de regarder la région de provenance sur l’étiquette, ou de demander à votre poissonnier.

PRÊTER ATTENTION AU RYTHME DES SAISONS, À LA PROVENANCE …

Il s’agit aussi de faire attention à la saisonnalité. Les poissons comme les fruits de mer (hors élevage) sont soumis à des cycles de reproduction bien précis. Et s’ils ne sont pas respectés, cela risque d’accentuer le dépeuplement de nos mers. Savez-vous par exemple que le congre pêché en France peut se consommer toute l’année, ce qui n’est pas vraiment le cas du lieu jaune (de préférence de janvier à mars) ? Que l’on ne pêche pas de coquille Saint-Jacques ou de coques entre juin et septembre ? Et que le tourteau ne se consomme qu’entre juin et novembre ? Pour plus d’information sur les cycles de pêche et de consommation des produits issus des eaux françaises, vous pouvez vous rendre sur le site de "Pavillon France", ici.

Il convient, également, de prêter attention à la manière dont les poissons et les fruits de mer sont traités avant de se retrouver dans votre assiette. Pour limiter l’empreinte carbone de ce que vous achetez, pensez par exemple à regarder la provenance. Le label "Pavillon France", encore lui, nous assure ainsi que ce que nous mangeons a été pêché dans l’Hexagone.

… ET À LA QUALITÉ DE L’ELEVAGE

Le label ASC (Aquaculture Stewardship Council, pour Conseil d'intendance de l'aquaculture), lancé en 2010 par l’ONG WWF, vise pour sa part à garantir que les produits de la mer issus d’élevage (et non de la pêche) respectent l’environnement. L’ONG vérifie ainsi que le saumon, les crevettes ou la truite issus de l’aquaculture n’ont pas d’impact néfaste comme le rejet de produits chimiques ou l’interaction des poissons avec les espèces sauvages. Lui aussi régulièrement soumis à la critique, il reste le label le plus fiable en la matière.

Qu’en est-il du bio ? Un peu moins rigoureux que le ASC sur le papier (en termes de contrôles et de critères), le label Agriculture biologique (AB), patronné par l’Union européenne,  garantit tout de même une absence de traitement par antibiotiques et l'usage d'aliments sans OGM pour nourrir les poissons, ainsi que le respect de certaines règles favorisant l’élevage de produits sains, de qualité, et à faible incidence pour l’environnement. Le règlement de 2010 sur l’aquaculture biologique encadre en effet les pratiques d'élevage (densité de population dans les bassins, température, oxygène, lumière, structure d'élevage, etc.), l'origine des animaux (espèces locales, n'affectant pas les stocks sauvages, etc.), ainsi que les règles relatives à leur alimentation.

Attention, toutefois, à ne pas abuser des produits de la mer bio, surtout lorsqu’il s’agit de gros poissons : nourris à la farine animale, ils contiennent souvent de fortes doses de mercure et métaux lourds. De manière générale, l’Anses, l’agence de sécurité sanitaire, recommande de ne pas manger plus de deux fois par semaine des produits de la mer, à l’exception des maquereaux, dorades, anchois, sardines, harengs et autres crevettes qui, en raison de leur petite taille, n’ingèrent pas de grandes quantités de mercure.