Jean-Claude, 56 ans, a quitté l'agriculture : "À un moment, j'ai ouvert les yeux"

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Adieu veau, vache, cochon. Il y a quelques années, Jean-Claude a décidé de quitter sa ferme pour changer radicalement de vie. Il a raconté son nouveau quotidien à Olivier Delacroix, mardi.
VOS EXPÉRIENCES DE VIE

Éreinté par les horaires, les dettes et les contrôles, Jean-Claude a décidé, il y a quelques années, de quitter le monde de l'agriculture qui l'avait tant passionné depuis son enfance. Aujourd'hui, à 56 ans, l'ancien exploitant agricole est devenu agent immobilier, et s'épanouit pleinement dans sa nouvelle vie. Il s'en est ouvert à Olivier Delacroix, mardi sur Europe 1.

"Mon père avait une exploitation agricole. Quand on était jeunes, on participait aux travaux de la ferme. Les parents avaient toujours besoin de nous à cette époque. C'était presque une contrainte, parce qu'on avait plus envie d'aller faire un petit tour en vélo ou s'amuser avec les copains plutôt que d'aller s'occuper des bêtes. Mais on apprend, et ça devient une vocation. Je ne l'ai pas vu venir.

Reprendre l'exploitation de mon père, je ne l'ai pas calculé. Je m'y sentais bien et j'avais envie de faire évoluer les choses, j'avais des projets. C'est ce qui m'a donné envie, petit à petit, de prendre la suite. Au début, j'arrivais à avoir une vie stable financièrement, parce que j'étais jeune et que je ne comptais pas mes heures de travail. J'ai construit tous mes bâtiments, donc j'ai fait de la maçonnerie, etc. Je suis marié depuis 1985. Ma femme m'a toujours suivi, elle y croyait aussi, elle participait à la vie de la ferme. Mais je n'ai pas vu mes enfants grandir.

Entendu sur europe1 :
Quand j'ai quitté la ferme, mon père a fait une dépression

À un moment, on progresse, on a de beaux bâtiments, mais on a contracté de gros emprunts. Et on voit les prix qui n'augmentent pas, et des contrôleurs arriver sans cesse à la ferme à cause des normes européennes. Ça m'a fatigué.

Quand j'ai décidé de quitter la ferme, beaucoup de gens étaient surpris. Mon père le premier. Il en était malade, au point de faire une dépression. Mes amis étaient surpris aussi, car j'étais passionné. Mais à un moment, j'ai ouvert les yeux. Certaines personnes me disent maintenant que j'ai bien fait de le faire.

>> De 15h à 16h, partagez vos expériences de vie avec Olivier Delacroix sur Europe 1. Retrouvez le replay de l'émission ici

Entendu sur europe1 :
Quand je suis devenu maçon, je me suis dit 'ça, c'est la vraie vie'

Au tout début de ma reconversion, je suis devenu ouvrier-maçon, parce que quelqu'un a bien voulu m'embaucher. Alors les premières semaines, c'était bien d'être maçon, parce qu'on débauchait à midi le vendredi. J'y ai trouvé un soulagement. Je me suis dit 'ça, c'est la vraie vie'. Sauf qu'un agriculteur n'a pas l'habitude d'avoir un patron, et je ne pouvais pas gérer mon emploi du temps. Je ne suis resté que neuf mois. Je suis ensuite parti dans l'immobilier. Ce qui parait complètement différent. Grâce à des relations, je me suis retrouvé à suivre une formation, et il faut dire qu'on m'y a accepté avec une certaine réticence. Un agriculteur qui fait de l'immobilier, ce n'est pas courant. Mais j'ai foncé.

Avoir été agriculteur fait que j'ai des qualités que d'autres n'ont pas dans ce milieu. Certains me disent que je suis assez terre à terre dans ma façon de parler. En plus, je connais très bien le bâtiment. Je n'ai rien contre ceux qui font des écoles de commerce, mais j'ai une autre façon d'approcher les gens, et de leur présenter le projet sans insister, en leur montrant naturellement les qualités et les défauts. C'est une force que je dois avoir par rapport à d'autres. Un agriculteur peut s'adapter.

Aujourd'hui, je ne pense plus trop à la ferme. Je pensais que ça m'aurait plus manqué que ça, mais en fait non."

 

 

Europe 1
Par Anaïs Huet