Isoler les plus fragiles après le 11 mai serait "inconstitutionnel" selon Axel Kahn

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Le docteur Axel Khan, médecin généticien et président de la Ligue contre le cancer.
Le docteur Axel Khan, médecin généticien et président de la Ligue contre le cancer. © Europe 1
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Invité à réagir aux propositions polémiques du professeur Delfraissy concernant le déconfinement, le docteur Axel Khan, médecin généticien et président de la Ligue contre le cancer, a affirmé, jeudi sur Europe 1, que maintenir en confinement certaines personnes sous prétexte qu'elles sont à risques serait une mesure inconstitutionnelle et discriminatoire. 
INTERVIEW

"La Constitution française, l'esprit de la loi française est d’aider les personnes fragiles, pas de les discriminer", défend le docteur Axel Kahn, médecin généticien et président de la Ligue contre le cancer. Invité d'Europe 1, jeudi midi, il a réagi aux recommandations polémiques du président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy. Lors d'une audition au Sénat mercredi, ce dernier a en effet estimé que "18 millions de personnes" - les plus à risques de développer une forme grave de Covid-19 - devront rester confinées après le 11 mai.

Inquiétude des personnes concernées

"Jean-François Delfraissy a tout à fait raison d’avertir les personnes d’un certain âge qu'elles font partie des personnes à risque, et leur donner des conseils", estime Axel Kahn. "En revanche, si cela devait aboutir à une mesure administrative faisant que ces personnes, au-delà d’un certain âge, d’un certain poids, d'un certain nombre de mois de grossesse, avaient une amende si elles sortaient de chez elle, ce ne serait pas possible : ce serait anticonstitutionnel".

Ces déclarations ont naturellement inquiété les personnes concernées. Au sein de la Ligue contre le cancer, dont il est président, Axel Kahn explique avoir aussitôt reçu plusieurs centaines d'appels de personnes fragiles, "affolées à l'idée d'être assignées à résidence parce qu'elles ont tel âge, ou sont dans tel état".

Répercussions sur le moral et la santé

Lors de son audition, le professeur Delfraissy a apporté de premières hypothèses pour éclairer la période d'après-confinement. "Dans cette période de déconfinement, on ne va pas passer du noir au blanc, mais du noir au gris foncé", a-t-il averti. "Et pour passer du gris au gris grisé, il va falloir du temps". Une sortie de confinement lente qui passe, selon lui, pas l'isolement prolongé des personnes les plus à risque (personnes âgées, atteintes de diverses pathologies, sujets atteints d'obésité...)

Prendre de telles mesures est inconcevable pour le médecin généticien. "Ce n'est pas possible pour des raisons légales, mais aussi parce que ça peut avoir des répercussions sur certaines personnes", poursuit-il, évoquant des conséquences sur le moral et plus largement sur la santé des personnes concernées. "Quand vous avez un certain âge et que vous êtres bien, vous pouvez profiter d’un printemps et d’un été", développe le docteur Axel Kahn. "Pour leur moral et leur santé, il est intolérable qu’on leur supprime."

Europe 1
Par Pauline Rouquette