Les questions qui se posent après l'incendie à Notre-Dame de Paris

, modifié à
  • A
  • A
Partagez sur :
L’incendie qui a ravagé une partie de la cathédrale a été totalement éteint mardi matin. Une longue phase d’enquête et d’expertise va débuter, avant la reconstruction.
ON DÉCRYPTE

Après la sidération, les questions. Le dramatique incendie de Notre-Dame de Paris a provoqué une vague d’émotion internationale, mais a également soulevé de nombreuses interrogations. Le feu, complètement éteint mardi matin, a provoqué des dégâts colossaux, défigurant l’emblématique monument historique. L’enquête pour déterminer l’origine du sinistre devrait prendre plusieurs semaines, alors que le chantier de reconstruction s’annonce d’ores et déjà titanesque.  

Comment le feu s’est-il déclenché ?

L’incendie s’est déclenché lundi soir vers 18h50, partant des combles puis se propageant extrêmement vite à une grande partie du toit. Une enquête pour "destruction involontaire par incendie" a été ouverte par le parquet de Paris, qui privilégie la piste accidentelle et a écarté l’hypothèse d’un acte criminel. Le feu se serait déclaré depuis le chantier en cours sur le toit de la cathédrale, mais l’origine précise du sinistre reste inconnu à ce stade. Un expert judiciaire en incendie, interrogé mardi par le Parisien, a évoqué plusieurs hypothèses. "La charpente est très ancienne : entre les poussières de bois et la décomposition du bois en état spongieux, une flammèche, une soudure ou un court-circuit peut provoquer une braise incandescente indécelable durant plusieurs heures, voire plusieurs jours, et se développer en incendie insidieusement", explique-t-il.  

Selon le porte-parole du monument et l’architecte en chef, les ouvriers avaient tous quitté le chantier au moment où l’alarme incendie s’est déclenchée. Ils vont être interrogés par les enquêteurs, qui tenteront de déterminer si une négligence ou une erreur humaine est à l’origine du départ de feu. "Cinq entreprises intervenaient sur le site. Dès (mardi), ont débuté des auditions d'ouvriers d'employés de ces entreprises. Une quinzaine sont prévues. Ils sont une quinzaine à être intervenus, à avoir été présents hier (lundi)", a précisé le procureur de la République de Paris Rémy Heitz, mardi midi. Julien Le Bras, patron de Le Bras Frères, la principale entreprise chargée des travaux a, de son côté, assuré que les procédures de sécurité "ont été respectées", mardi sur BFMTV. 

Seule certitude : les constatations vont prendre du temps. Les enquêteurs ne pourront pénétrer dans la cathédrale que lorsque les lieux seront totalement sécurisés, ce qui n’était toujours pas le cas mardi à la mi-journée. La recherche d'indices sera également rendue compliquée par l'amas de débris provoqué par l'incendie. 

Quels sont les dégâts ?

Après environ douze heures de lutte, les pompiers ont complètement maîtrisé l’incendie. L’évaluation précise des dégâts va pouvoir à présent débuter. Ils s’annoncent en tout cas gigantesques. Les images de l’effondrement de la flèche de la cathédrale, l’un des symboles de Paris avec ses 93 mètres de hauteur, ont fait le tour du monde. Une grande partie du toit du monument a été réduite en cendres, et une partie de la voûte s’est effondrée dans la nef centrale. Les flammes ont dévoré la charpente, surnommée la "forêt", un joyau de l’architecture médiévale constitué de 1.300 poutres en bois de chênes, vieilles pour les plus anciennes de huit siècles. Trois reliques, nichées dans la flèche, ont disparu lors de son effondrement : une parcelle de la Sainte Couronne d’épines, une relique de Sainte Denis et une de Sainte Geneviève. Le coq qui ornait cette flèche a toutefois été retrouvé mardi.

De nombreux "trésors" de la cathédrale ont heureusement pu être sauvés des flammes par les pompiers. La plus précieuse relique conservée à Notre-Dame, la Sainte Couronne (posée, selon la croyance, sur la tête de Jésus peu avant la crucifixion), a été mise à l’abri, tout comme la tunique de Saint-Louis. L’orgue principal, dont l’état inspirait l’inquiétude, a miraculeusement été préservé. "Le grand orgue n'a absolument pas été touché, si ce n'est qu'il est très empoussiéré. Mais il n'a pas pris une seule goutte d'eau. Il a pris de la suie et de la poussière, donc il est totalement inutilisable. Mais rien n'a brûlé, rien n'a fondu", a assuré à Europe 1 Laurent Prades, régisseur du patrimoine intérieur de Notre-Dame.

Le sort de certaines œuvres d’art reste cependant incertain pour le moment. Les nombreux grands tableaux, accrochés un peu partout dans la cathédrale, pourraient avoir été abîmés lors de l’extinction de l’incendie. Les vitraux des trois rosaces, qui ornent la façade du monument, ont également pu être exposés à la chaleur. Les deux tours, emblématiques de la silhouette de Notre-Dame, ont, elles, pu être sauvées.

Combien de temps prendra la reconstruction ? 

Dès lundi soir, Emmanuel Macron a promis de "rebâtir" Notre-Dame. Le chantier s’annonce colossal et devrait coûter des centaines de millions d’euros. Immédiatement, de nombreux gestes de solidarité ont afflué du monde entier. Une souscription nationale a été lancée pour permettre aux particuliers d’effectuer des dons. Les grandes fortunes françaises se sont également mobilisées : la famille Pinault a promis 100 millions d'euros, le groupe LVMH et la famille Arnault 200 millions, ou encore 10 millions des frères Martin et Olivier Bouygues. Côté politique, la mairie de Paris a débloqué 50 millions d'euros, et la région Île-de-France 10 millions.

Le chantier, titanesque, prendra "entre 10 et 15 ans", selon Frédéric Létoffé, l'un des deux présidents du groupement des entreprises de restauration des monuments historiques (GMH). A titre de comparaison, la cathédrale de Reims, détruite en grande partie au début de la Première guerre mondiale, a été reconstruite en 20 ans et n’a rouvert au culte qu’en 1938.

Un exemple sur lequel pourront s’appuyer les architectes, selon l’historien Patrick Demouy. "À Reims, l'architecte Henri Deneux a fait le choix de ne pas reconstituer une charpente en bois et d'innover avec une charpente en béton. La décision reviendra aux spécialistes des monuments historiques : reconstruction à l'identique ou innovation pour ne pas trop charger une structure fragilisée par l'incendie", a déclaré le professeur d’histoire médiéval, interrogé par Europe 1. L’architecte en chef de la cathédrale, Benjamin Mouton, est catégorique : il sera "quasiment impossible" de reconstruire à l’identique Notre-Dame de Paris. "Il est évident que l'on n'aura jamais une copie aussi parfaite de ce qui existait".