"Il faut arrêter de nous taper dessus" : pourquoi les routiers font-ils grève lundi ?

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Des militants syndicaux bloquent l'accès au tunnel du Fréjus près de la frontière entre la France et l'Italie à Modane, début novembre 2017. 7:20
Des militants syndicaux bloquent l'accès au tunnel du Fréjus près de la frontière entre la France et l'Italie à Modane, début novembre 2017. © JEAN-PIERRE CLATOT / AFP
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Pour le douzième jour de mobilisation contre la réforme des retraites, lundi, les routiers ont été appelés par plusieurs syndicats à faire grève. Invitée sur Europe 1, Florence Berthelot, déléguée générale de la Fédération nationale des transporteurs routiers (FNTR) revient sur les principales revendications du secteur et dit son "espoir" que "des discussions puissent aboutir". 
INTERVIEW

Après la SNCF et la RATP, la grève dans le secteur des transports s'élargit. Quatre syndicats (FO, CFTC, CGC et l'UFR-CFDT) ont appelé les routiers à un mouvement de grève, lundi. Sont ainsi concernés les transporteurs de marchandises, les chauffeurs de car, les déménageurs, les ambulanciers ou encore les transporteurs de fonds et logistique. Le premier syndicat de la branche, la CFDT, a appelé à des actions, des rassemblements, des blocages dans toute la France. 

À la veille du lancement de cette mobilisation contre la réforme des retraites, Florence Berthelot, déléguée générale de la Fédération nationale des transporteurs routiers (FNTR) était l'invitée d'Europe 1, dimanche soir. Elle estime ne pas avoir "de visibilité à ce jour pour savoir si cette grève sera très suivie" mais veut "garder espoir que des discussions puissent aboutir". Et se veut rassurante : "De ce que nous avons vu des annonces faites par les organisations syndicales qui se mobiliseront demain, nous pouvons traiter beaucoup de choses entre partenaires sociaux du secteur", explique-t-elle. 

Un secteur particulier

Selon Florence Berthelot, il faut ainsi tenir compte des particularités du secteur routier pour comprendre la mobilisation des routiers. "Les conducteurs routiers bénéficient d'un dispositif qui existe depuis 1996 et qui permet, sous certaines conditions, d'arrêter leur activité de manière anticipée, à partir de 57 ans", rappelle-t-elle. "Il est vrai que ce dispositif - qui doit être revu depuis longtemps par les partenaires sociaux - est impacté par l'âge légal de départ à la retraite mais pas par l'âge pivot. Donc, je pense que nous avons besoin d'en parler entre partenaires sociaux pour regarder les points d'équilibre."

Dans l'attente d'une réponse gouvernementale 

"Il y a des dossiers sur lesquels le gouvernement doit prendre position, notamment sur le congé de fin d'activité. Je pense que ce mouvement s'inscrit moins contre les organisations patronales qu'en terme d'interrogations, en direction du gouvernement", estime encore Florence Berthelot. 

Autre sujet à prendre en compte dans cette grève : la question de la pénibilité. Les syndicats dénoncent une recrudescence des arrêts maladies à cause de la pénibilité du métier de routier. "On voit que certains postes peuvent être marqués par la pénibilité, notamment le travail de nuit. Il y a des points sur lesquels nous travaillons avec les organisations syndicales", admet-elle. "Par exemple, aujourd'hui, sont mal appréhendés, tout ce qui concerne la livraison urbaine avec les difficultés de livraison en ville et de congestion. Peut-être que ces points là doivent être mieux abordés. On le voit particulièrement à l'occasion de cette grève."

Un salaire médian estimé à 2.200 euros par mois 

Selon la déléguée générale de la FNTR, le salaire médian est en moyenne de 2.200 euros par mois. "Mais il peut être plus élevé pour des salariés en fin de carrière et qui font de la zone longue", précise-t-elle. 

Les routiers se mobilisent aussi pour défendre leur secteur, qui souffre parfois d'une mauvaise réputation. Une position partagée par Florence Berthelot, qui dénonce un "camion-bashing". "On nous fait passer pour un secteur pollueur malgré les efforts considérables que nous avons faits en terme de transition énergétique, 'insécure' alors qu'en matière de sécurité routière, nous ne cessons de faire des progrès. Il faut arrêter de nous taper dessus. Il faut regarder l'utilité sociale et économique de notre secteur", lance la déléguée générale de la FNTR.  

Europe 1
Par Tiffany Fillon