Enfants tués par leurs parents : "Ça commence par de 'petites violences', qui peuvent conduire jusqu'au drame"

, modifié à
  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :
Agnès Gindt-Ducros, directrice de l’Observatoire national de la protection de l’enfance, rappelle sur Europe 1 que les enfants battus par leurs parents ne sont souvent pas repérés par les services sociaux. 
INTERVIEW

Un enfant serait tué par ses parents tous les cinq jours en France, selon un rapport remis au gouvernement jeudi. "Les premières victimes d’infanticides, donc des décès par violences intrafamiliales, sont des enfants très jeunes, la moitié d’entre elles ont moins d’un an", souligne vendredi sur Europe 1 Agnès Gindt-Ducros, directrice de l’Observatoire national de la protection de l’enfance (ONPE), qui met en cause pour ces cas-là le syndrome du bébé secoué.

Des parents qui reproduisent la violence 

Ces enfants tués par leurs parents le sont le plus souvent par leur père, leur mère ou une personne très proche du cercle familial, indique le rapport. "Les premiers auteurs sont les parents biologiques. En général, ils agissent de manière isolée : c’est rarement le fait des deux parents en même temps", précise Agnès Gindt-Ducros, au micro de Matthieu Belliard.

Elle rappelle également que les parents violents ont très souvent été des enfants battus, qui reproduisent la violence qu’ils ont eux-mêmes subi : "La violence appelle la violence. La plupart du temps, les parents violents sont des parents qui ont pu subir eux-mêmes la violence et qui sont dans de grandes difficultés, notamment d’isolement." Selon Agnès Gindt-Ducros, la violence envers les enfants peut aussi survenir dans un cadre de violence conjugale.

>> De 17h à 20h, c’est le grand journal du soir avec Matthieu Belliard sur Europe 1. Retrouvez le replay ici

La directrice de l’ONPE précise que les enfants tués par leurs parents en France ne sont souvent pas repérés par les services sociaux : "Beaucoup de situations sont révélatrices des violences, ce sont souvent des enfants qui ne sont pas connus ni des services sociaux, ni des services de la protection de l’enfance, ni de la justice." Et pourtant, selon Agnès Gindt-Ducros, "il y avait des inquiétudes exprimées par leur entourage". 

Savoir repérer les signaux 

Le rapport, élaboré par les inspections générales des Affaires sociales (Igas), de la Justice (IGJ) et de l'Éducation (IGAENR), montre par ailleurs que les violences infligées à ces enfants vont crescendo. "Les décès par violences ne surviennent pas tout d’un coup, de façon unique. La violence existait bien auparavant et a commencé par de 'petites violences', qui se sont accentuées, accumulées, et qui peuvent donc aboutir jusqu’au drame", soulève Agnès Gindt-Ducros.

Elle appelle ainsi les institutions "à travailler ensemble" pour repérer les "signaux" qui seraient révélateurs d’un enfant violenté par sa famille, comme un absentéisme scolaire, ou encore des "traces, des bleus, des griffures qui ne semblent pas normaux". "Si on n’arrive pas à rassembler tous ces faisceaux, on peut passer à côté de la gravité", alerte-t-elle. 

119 : allô enfance en danger.Le numéro 119 est un numéro vert, dédié à "l'enfance en danger", qui permet à tous de signaler un cas d'enfant maltraité. Gratuit, il est ouvert tous les jours, 24 heures/24. "Il peut y avoir un peu de temps d'attente mais les gens qui appellent trouveront toujours une oreille attentive et qui sera bien les conseiller", souligne Agnès Gindt-Ducros.