Écologie et entreprises : pour Cécile Duflot, "elles ont la capacité d’évoluer"

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"La question de l’emploi, c'est aussi celle de l'évolution de l’emploi et des entreprises... Pas de tirer sur la corde jusqu’au bout du bout", affirme Cécile Duflot.
"La question de l’emploi, c'est aussi celle de l'évolution de l’emploi et des entreprises... Pas de tirer sur la corde jusqu’au bout du bout", affirme Cécile Duflot. © EUROPE 1
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Invitée mercredi sur Europe 1 pour répondre aux questions des auditeurs, Cécile Duflot, directrice générale de l'ONG Oxfam France a utilisé le cas d'Air France pour rappeler la responsabilité des entreprises face à l'environnement, insistant sur leur indispensable évolution afin de lutter contre la crise climatique sans sacrifier les emplois.

La sauvegarde des emplois est-elle un bon contre-argument à la nécessité d'adapter l'activité d'une entreprise aux exigences écologiques de notre temps ? Cécile Duflot, directrice générale de l'ONG Oxfam France, et ancienne secrétaire nationale d'Europe Écologie-les Verts (EELV), était l'invitée de la Radio Ouverte, mercredi matin, pour répondre aux questions des auditeurs d'Europe 1.

La question de Jean-Jérôme

Quand Bruno Le Maire (le ministre de l'Économie) dit qu'Air France doit devenir la compagnie aérienne la plus écologique en supprimant des lignes, mais que l'on apprend ensuite que des emplois vont être supprimés, cela ressemble à une fausse bonne excuse, non ?

La réponse de Cécile Duflot

"Il faut qu’Air France et les autres compagnies évoluent. Rien ne dit que le seul métier d’Air France soit de faire voler des avions. La SNCF, qui historiquement a été créée pour faire rouler des trains, fait rouler des bus et des camions depuis des années, et s’est faite concurrencer elle-même par le fret routier.

Air France est une compagnie aérienne et il y aura toujours des avions pour aller de l’autre côté du globe. Il faut donc à la fois que les avions et le mode de propulsion évoluent, et que tout un tas de trajets qui sont faits en avion ne le soient plus. Le coût environnemental que l’on va tous payer en maintenant le système actuel sera trop cher. Les sociétés qui possédaient des diligences à cheval ont évolué, changé d’activités. Air France doit en faire autant et je suis sûre qu’elle en est capable. Cela vaut pour l'ensemble du monde industriel. Il faut arrêter de se mettre des œillères : les entreprises ont la capacité, grâce à la richesse du savoir-faire de leurs employés, d’évoluer.

À un moment on se retrouvera face au mur. Anticiper cette situation, c'est aussi une question de respect à l’égard des salariés. La question de l’emploi, c'est aussi celle de l'évolution de l’emploi, de la formation, de l’évolution des entreprises... Pas de tirer sur la corde jusqu’au bout du bout.

Nous avons des exemples dans l'histoire : celui de l'industrie textile et des mines qui ont disparu en France. Quand vous ne dites pas la vérité aux gens, vous vous retrouvez face à des catastrophes sociales. D'où l'importance de la mutation des entreprises, de la mutation du secteur automobile également, mais aussi le changement des objets que l'on produit. Par exemple, continuer de produire des SUV, ou avoir, comme certaines entreprises automobiles, une stratégie de supprimer la construction de petits véhicules moins consommateurs d'énergie, c'est absurde. Ça va à l'encontre du bon sens et de ce que l'on doit faire pour faire face à la crise climatique".

Europe 1
Par Pauline Rouquette