Deux ans après la mort du maire de Signes, le phénomène des agressions contre les élus reste inquiétant

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Marion Dubreuil édité par Rémi Duchemin
Jean-Michel Mathieu, 76 ans, avait été renversé par une camionnette il y a deux ans alors qu’il voulait verbaliser ses occupants pour avoir jeté des gravats dans une décharge sauvage. Cette agression mortelle avait jeté la lumière sur les agressions d’élus. Un phénomène toujours inquiétant aujourd’hui, malgré les engagements du gouvernement.

Il y a deux ans, Jean-Michel Mathieu, 76 ans, maire de Signes, dans le Var, était renversé par une camionnette dont il voulait verbaliser les occupants pour avoir jeté des gravats en bordure de route. Son décès avait ému la France entière et créé un électrochoc. Il s’agissait alors d’un dramatique coup de projecteur sur les agressions que subissent les élus : tags insultants, menaces de mort, coups et blessures. Le gouvernement avait décidé de prendre le problème à bras-le-corps. Même si, deux ans plus tard, le phénomène reste d’une ampleur inquiétante.

 

Le ministère de l'Intérieur a ainsi recensé près de 1.300 agressions envers les élus l'an dernier. C'est trois fois plus qu’en 2019. Dans le détail, plus de 500 maires ou adjoints et 60 parlementaires ont été agressés physiquement. Les atteintes aux biens, elles, ne se limitent pas aux permanences parlementaires ou au fronton des mairies, elles touchent désormais la sphère privée. Plus d'une centaine de domiciles et de voitures personnelles d'élus ont également été pris pour cible l'an dernier. 

"ce type de réactions, de cette véhémence, c'est vraiment la première fois"

L'objectif pour le gouvernement c'est de systématiser les poursuites judiciaires contre ceux qui s'en prennent aux élus. Le ministre de la Justice a émis une circulaire en septembre dernier pour accélérer le traitement judiciaire des agressions envers les élus. Et ne pas se contenter de simples rappels à la loi. Jeudi matin, Jean-Pierre Rico, maire de Pérols, dans l’Hérault, sera face à son agresseur présumé au tribunal de Montpellier. Il y a 15 jours, cet élu voulait interdire l'accès d'une zone piétonne de sa commune à deux scooters et il a rapidement pris été pour cible.

"J'attends que la justice fasse son oeuvre. Il y a d'un côté les injures et de l'autre côté il y a les menaces de mort. C'est à plusieurs reprises qu'ils m'ont menacé de mort quand même. Je ne vous cache pas que je n'en ai pas dormi de la nuit", glisse le maire à Europe 1. "Des incivilités dans ma ville, je m’en occupe régulièrement. Je pense que ça fait partie des missions et de la fonction de maire. Mais ce type de réactions, de cette véhémence, c'est vraiment la première fois." Le prévenu encourt jusqu'à 3 ans de prison et 45.000 euros d'amende pour menaces de mort. Avec la circonstance aggravante qu'elles sont proférées à l'encontre d'une personne investie d'un mandat. 

"Il ne faut jamais négliger une menace"

Ce qui est sûr, c’est que les revendications contre le pass sanitaire et contre la vaccination ont ravivé les tensions à l'égard des élus. 35 parlementaires ont fait l'objet de menaces depuis le début des actions contre le pass sanitaire. C'est le cas notamment de la députée de l'Hérault Patricia Mirallès, qui a déposé plainte à trois reprises.

"’Vous ne nous injecterez pas le vaccin’, ‘nous sommes armés’. J'ai même eu une photo d'armes avec écrit ‘nous n'hésiterons pas à venir vous mettre une balle dans la tête’. C'est des menaces de ce type-là", raconte la députée. "Jamais je n'aurais pensé qu'on puisse m'accuser d'être une meurtrière parce que je faisais la promotion du seul traitement que nous avons aujourd'hui pour faire reculer cette pandémie. Il ne faut jamais négliger une menace. Jamais. Parce que je ne sais pas jusqu'où ils peuvent aller."

Le 16 juillet dernier, le ministre de l'Intérieur a envoyé une note adressée à l'ensemble des préfets pour mobiliser policiers et gendarmes afin de "rassurer les élus" et renforcer la surveillance aux abords notamment des permanences des parlementaires.