Coût, durée, choix architecturaux : comment reconstruire Notre-Dame ?

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La cathédrale Notre-Dame de Paris a été ravagée par un incendie lundi soir.
La cathédrale Notre-Dame de Paris a été ravagée par un incendie lundi soir. © Lionel BONAVENTURE / AFP
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L'incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame lundi soir a été complètement éteint mardi matin. Déjà se posent des questions autour de la reconstruction de l'édifice.
ON DÉCRYPTE

Mardi matin, il reste les deux beffrois emblématiques, des contreforts noircis et une façade encore agrémentée de magnifiques vitraux qui ont tenu le choc. La cathédrale Notre-Dame, ravagée lundi soir, jusqu'à tard dans la nuit, par un violent incendie, a également conservé une partie de sa voûte, son orgue et son autel. Mais l'intégralité de la toiture, une partie du plafond de pierre de la nef et sa flèche de zinc n'ont pas résisté au feu. Venu sur place lundi soir, Emmanuel Macron l'a promis : "Nous rebâtirons Notre-Dame parce que c'est ce que les Français attendent, parce que c'est ce que notre Histoire mérite, parce que c'est notre destin profond." La tâche s'annonce dantesque.

Que faut-il reconstruire ?

Les flammes ont d'abord ravagé la toiture et la charpente, réduites à néant. La flèche de bois et de zinc qui surplombait la cathédrale, ajoutée par Viollet-Le-Duc au 19e siècle, s'est effondrée. Si l'intérieur de Notre-Dame a été relativement épargné, une partie de la voûte n'a pas résisté à la chaleur. "Il va falloir consolider les voûtes et rebâtir une charpente", explique donc le professeur d'histoire médiévale Patrick Demouy au micro d'Europe 1 mardi. De même, les plus beaux vitraux, ceux des rosaces les plus anciennes, sont toujours là, mais d'autres plus récents ont été ravagés par l'incendie. "Le bilan matériel est dramatique", a résumé le porte-parole des pompiers mardi.

Et il n'est pas encore établi de manière exhaustive. Il faut désormais s'attendre à de longues semaines d'investigation. "Il va falloir faire un état des lieux de la charpente, des rosaces, de la voûte", a détaillé l'animateur Stéphane Bern, chargé de la mission patrimoine par Emmanuel Macron, sur Europe 1 mardi. Ce même jour, les ministres Franck Riester (Culture), Gérald Darmanin (Comptes Publics), ainsi que le secrétaire d'Etat Laurent Nuñez (Intérieur) et la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, se sont réunis autour du Premier ministre pour préparer "un plan de reconstruction."

Comment reconstruire ?

Toute reconstruction pose la même question : faut-il tout refaire à l'identique ? Oui, a répondu Stéphane Bern sur Europe 1. "Il va falloir refaire la voûte, et bien sûr il faut la refaire à l'identique, il faut respecter les bâtisseurs de cathédrale." Mais pour Benjamin Mouton, architecte en chef de Notre-Dame de Paris, c'est "quasiment impossible" pour certaines parties de la cathédrale, notamment la charpente. "L'important est de refaire une toiture qui donnera la même silhouette" à l'édifice "mais ça ne sera jamais la même charpente, ce sera une copie de sa silhouette". Pour la cathédrale de Reims, détruite pendant la Seconde Guerre mondiale, l'architecte "avait fait le choix de ne pas reconstituer une charpente en bois et d'innover avec une charpente en béton", rappelle le professeur Patrick Demouy.

Surnommée la "forêt" en raison de son enchevêtrement de poutres en bois de chêne taillées dans plusieurs hectares de l'époque, la charpente de Notre-Dame était un joyau de menuiserie. "Il y a à peu près six ans, un relevé avait été fait", poursuit Benjamin Mouton. "Cela avait permis de montrer toute la qualité de la structure, mais aussi tous les bois qui ont été employés dans la cathédrale. Il est évident que l'on n'aura jamais une copie aussi parfaite de ce qui existait." Et ce, quelle que soit la matière choisie.

Mais pour s'en approcher le plus possible, les architectes devront s'appuyer sur les travaux de documentation. "Ce sera déterminant", estime Éric Fischer, directeur de la Fondation de l'Œuvre Notre-Dame, à l'AFP. "Les copies permettront aux architectes et aux entreprises de reconstituer au plus près l'état actuel. On peut souhaiter qu'ils puissent remettre la main sur un maximum de données historiques ou plus récentes recueillies avec des technologies modernes comme des scans 3D ou d'autres techniques de numérisation." Une fois ces informations recueillies, Éric Fischer se dit optimiste. "On sait à mon avis tout refaire, retravailler la pierre, refaire les vitraux." Stéphane Bern confirme : "En France, nous avons les artisans, les tailleurs de pierre" qui ont le savoir-faire nécessaire.

Combien de temps cela va-t-il prendre ?

Des travaux préliminaires jusqu'à la reconstruction proprement dite, qui fera appel à de nombreux corps de métiers de l'artisanat, il faudra du temps pour revoir Notre-Dame se dresser sur l'île de la Cité. Difficile de dire combien exactement. "Dix à vingt ans minimum", selon Stéphane Bern. Alors que l'ex-ministre de la Culture, Jack Lang, voudrait plutôt qu'on se donne "un délai court" de "trois ans", Frédéric Létoffé, l'un des deux présidents du Groupement des entreprises de restauration de monuments historiques, a jugé ça "irréaliste". "Une restauration entre dix et quinze ans me semble raisonnable", a-t-il avancé lors d'une conférence de presse mardi. Éric Fischer, lui, avance "des décennies" à l'AFP. Et Jean-Frédérick Grevet, architecte du patrimoine, donne lui aussi un délai de "vingt ans" à 20 Minutes.

Ce temps dépend aussi des choix faits par les architectes. S'ils décident de refaire une charpente en chêne, cela peut prendre plus longtemps, comme l'a expliqué Sylvain Charlois, dirigeant du premier producteur français de bois de chêne, à Europe 1 mardi : "Il n'y a pas, en France, des stocks de bois déjà sciés disponibles pour un tel chantier. Pour [le] constituer, il va falloir plusieurs années."

Combien cela va-t-il coûter et comment le financer ?

Là encore, difficile de donner un chiffre. Ce qui est certain, c'est que les travaux engagés pour restaurer la charpente, la flèche et la toiture avant l'incendie se chiffraient à 100 millions d'euros. Ce sera donc forcément (beaucoup) plus.

Pour récolter les fonds nécessaires, une souscription nationale est lancée ce mardi. La Fondation du patrimoine, elle, a organisé une collecte sur son site Internet. Des dons privés ont également afflué : 100 millions d'euros de l'industriel François-Henri Pinault (groupe Kering), 200 millions de la famille Arnault (LVMH), 200 millions aussi du côté des Bettencourt (L'Oréal), 10 millions chacun pour Marc Ladreit de Lacharrière et Martin et Olivier Bouygues. D'autres devraient suivre.

Du côté des collectivités, 50 millions d'euros ont été débloqués par la Ville de Paris, 10 millions par la région Île-de-France, 2 millions par la région Auvergne-Rhône-Alpes. Les départements des Alpes-Maritimes et de Haute-Garonne ont chacun promis un million d'euros.  Des départements et des villes plus petits vont aussi débloquer des sommes à la hauteur de leurs moyens, comme le Haut-Rhin, l'Eure, Canne ou Nancy. Au total, entre les dons privés et des collectivités, plus de 500 millions d'euros ont déjà été récoltés mardi.

Il faudra y ajouter des dons en nature, notamment de la part de la filière bois, et du mécénat de compétences, c'est-à-dire le "prêt" d'employés de groupes de BTP par exemple.