Pour Pascal Bruckner, "la mondialisation ne sera plus la même" après la crise du coronavirus

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Pascal Bruckner estime que la mondialisation "ne sera plus la même" après l'épidémie. 3:06
Pascal Bruckner estime que la mondialisation "ne sera plus la même" après l'épidémie. © LUDOVIC MARIN / AFP
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Invité lundi d'Europe 1, le philosophe Pascal Bruckner est revenu sur la crise sanitaire provoquée par le coronavirus. Selon lui, "la mondialisation ne sera plus la même" après cette épidémie. 

Dans quel état notre monde ressortira-t-il de l'épidémie de coronavirus ? Alors que, pour beaucoup, la crise sanitaire marque un nouvel échec de la mondialisation, le philosophe Pascal Bruckner, s'il nuance la responsabilité de la libre circulation des marchandises et des personnes dans la situation actuelle, reconnaît que "la mondialisation ne sera plus la même" après cette pandémie. 

"La grande peste du Moyen-Âge est arrivée sans mondialisation", rappelle-t-il au micro de Nathalie Lévy, même "s'il y avait déjà la Route de la soie, et que ce sont les marchands et les bateaux qui l'ont apportée". Selon le philosophe, la fin de la mondialisation, "à moins d'imaginer un globe où les hommes vivraient isolés", est un "rêve". 

"La solidarité européenne plus nécessaire que jamais"

Mais, reconnaît l'essayiste, "la mondialisation ne sera plus la même". "Il faudra réfléchir à couper les liens de dépendance aussi contraignants qui nous lient à la Chine pour l'achat de médicaments", explique-t-il par exemple, car "sur ce plan-là, on s'est volontairement dépossédés de nos capacités". Selon Pascal Bruckner, il faudra aussi "réfléchir à retrouver un minimum de souveraineté, nationale ou européenne". 

L'Europe, justement, se trouve elle-même au coeur des critiques, notamment pour sa difficulté à parler d'une seule voix. "Toute crise révèle des failles déjà existantes", analyse Pascal Bruckner, "et les adversaires de l'Europe soulignent à juste titre tous les manquements de solidarité des pays européens les uns envers les autres". Mais, précise-t-il, "je ne suis pas sûr que pour lutter contre une épidémie globale, le repli sur le national suffise". Ainsi, selon lui, "après un moment de cafouillage, la solidarité européenne va être plus nécessaire que jamais". 

Et alors que la Chine et les Etats-Unis sont, chacun de leur côté, fragilisés par la crise du coronavirus, Pascal Bruckner note que "ni l'un ni l'autre ne sont peut-être en mesure de prendre le leadership mondial, et cela redonne une certaine dimension à l'Europe". Et de conclure : "Je ne suis pas du tout certain que l'Europe soit finie." 

Europe 1
Par Antoine Terrel