Coronavirus : pourquoi la France est (quasiment) déjà au stade 3

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Certaines mesures inhérentes au stade 3 de l'épidémie sont d'ores et déjà en place. 2:20
Certaines mesures inhérentes au stade 3 de l'épidémie sont d'ores et déjà en place. © AFP
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Alors que le coronavirus a contaminé plus de 1.400 personnes en France, les autorités sanitaires préfèrent encore parler de stade 2 de l'épidémie. Pourtant, certaines mesures inhérentes au stade 3 sont d'ores et déjà en place dans l'Hexagone, en particulier dans le Haut-Rhin et dans l'Oise. 

Le coronavirus continue sa progression en France. Plus de 1.400 cas et 25 décès sont dénombrés dans l’Hexagone. Les autorités sanitaires n’ont pas encore prononcé le passage stade 3 de l'épidémie, mais le terme circule déjà depuis plus d’une semaine. En fait, certaines mesures qui s’y apparentent sont d'ores et déjà en place, en particulier dans l’Oise et le Haut-Rhin, les deux importants foyers de contaminations.

Dans l'Oise et le Haut-Rhin, le dépistage n'est plus systématique

Les entreprises qui connaissent actuellement une très forte baisse de leur activité peuvent par exemple recourir au chômage technique. Plus de 900 entreprises françaises l’ont déjà réclamé aux pouvoirs publics. Cela fait officiellement partie des mesures envisagées dans le stade 3 mais elles sont déjà mises en œuvre alors qu’on est toujours au stade 2. Même chose pour la surveillance des prix, inhérente au stade 3, une mesure a déjà été actée vendredi pour encadrer le prix des solutions hydroalcooliques.

Prenons ensuite les tests de dépistage. Au stade 2, on dépiste tous les cas. Alors qu’au stade 3, on ne dépistera plus que les patients dans un état grave. Sauf que c’est déjà le cas dans les foyers importants de contaminations, dans le Haut-Rhin et dans l’Oise. Les dépistages classiques de tous les cas sont arrêtés. Et dans plusieurs autres régions où les cas s’accumulent, les dépistages ne sont plus du tout automatiques.

Dans les hôpitaux, le plan blanc activé mais pas déclenché

Enfin dans les hôpitaux tout est prêt. Vendredi dernier, le ministre de la Santé Olivier Véran a expliqué que tous les hôpitaux français avaient activé mais pas déclenché leur plan blanc. En d’autres termes, tout a été mis en place mais ils n’ont pas encore appuyé sur le bouton de lancement, sauf dans les hôpitaux de Creil et de Compiègne, dans l'Oise. Le plan blanc consiste principalement à libérer le plus de lits possible pour les malades et rappeler du personnel soignant et administratif pour faire tourner l’hôpital à plein régime. D’ailleurs, les autorités ont rappelé la réserve sanitaire, des étudiants en médecine ainsi que des praticiens fraîchement retraités qui se tiennent prêts à venir en renfort. Alors ces mesures du stade 2 sont tellement avancées que certains médecins s’y perdent...

"Une partie d’entre nous a du mal à voir la différence entre une phase 2 renforcée et une phase 3. Mais encore une fois, tout cela est très évolutif et il n’est pas impossible que la phase 2 renforcée devienne officiellement phase 3 dans les jours ou les heures qui viennent", souligne Alexandre Bleibtreu, infectiologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

"Notre doctrine évolue en même temps que le virus"

En fait, depuis quelques jours, le gouvernement planchait sur deux options : décréter le stade 3 uniquement dans les départements où les foyers de contaminations sont importants, comme dans l’Oise ou le Haut-Rhin, ou alors annoncer le stade 3 au niveau national malgré la disparité du nombre de cas d’une région à l’autre. C’est ce dernier scénario qui a été privilégié, un stade 3 au niveau national pour assurer une communication plus claire dans tout le pays.

Sauf qu’entre les deux phases, on s’y perd et d’une région à l’autre, les mesures ne sont pas les mêmes. "Notre doctrine évolue en même temps que le virus", assure un ministre qui assiste à toutes les réunions sur le coronavirus en ce moment. Et surtout, le gouvernement n’a pas voulu déclencher trop tôt cette phase 3 pour ne pas paralyser le pays sur une durée trop longue.

Europe 1
Par Victor Dhollande, édité par Laetitia Drevet