Coronavirus : à quoi vont servir la police et l’armée ?

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Christophe Castaner a annoncé le déploiement de 100.000 policiers et gendarmes sur le territoire afin de contrôler les mouvements des Français, ordonnés de limiter leurs mouvements. © DENIS CHARLET / AFP
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Emmanuel Macron a annoncé lundi soir le déploiement d'un hôpital militaire en Alsace pour soulager les hôpitaux menacés de saturation à cause du coronavirus. Christophe Castaner a aussi déclaré que 100.000 policiers et gendarmes seraient mobilisés pour contrôler les déplacements des Français. 

Face aux hôpitaux civils menacés de saturation, Emmanuel Macron a annoncé lundi soir le déploiement d'un hôpital militaire en Alsace pour soulager les personnels soignants de la région Grand Est, une des régions les plus touchées par le coronavirus. Peu après, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a annoncé le déploiement de 100.000 policiers et gendarmes sur le territoire afin de contrôler les mouvements des Français, ordonnés de limiter leurs mouvements. Mais en quoi consisteront leurs missions précisément ? 

Des tentes avec des lits et des avions médicalisés

L'armée va permettre de soulager les hôpitaux civils car le service de santé des armées dispose d'un matériel intéressant, conçu pour être transportable, et donc très rapidement mis en place. Dans ce cas particulier, il s'agit d'un modèle de réanimation, une trentaine de lits, qui d'habitude est utilisé pour soutenir les troupes en opération extérieure. Ce qu'on appelle les "hôpitaux de campagne" et qui se présentent sous la forme de tentes qu'on peut assembler de façon modulaire pour obtenir la configuration médicale ou chirurgicale la plus adéquate. Dans un premier temps, cela permettra de désengorger les services saturés avec en plus une possibilité de monter jusqu'à une centaine de lits si la crise s'aggravait. 

Les militaires ont aussi des capacités d'évacuation sanitaire par avion médicalisé. Ce qu'on appelle un kit "Morphée", capable de transporter jusqu'à douze malades. Un savoir-faire utile pour tenter de répartir les patients atteints du virus sur l'ensemble des hôpitaux français et ralentir la congestion dans les régions les plus touchées par l'épidémie. 

Pédagogie et discernement du côté de la police

Quant au dispositif policier déployé sur le territoire, il a été annoncé dans le cadre des restrictions de mouvement qu'impliquent les premières mesures de confinement qui entrent en vigueur mardi. Toutes les personnes qui circuleront devront être "en mesure de justifier leur déplacement", a déclaré Christophe Castaner lundi soir. 100.000 policiers et gendarmes vont être mobilisés pour assurer des contrôles et "faire régner une discipline afin de juguler cette épidémie", a appuyé David Le Bars, le patron du Syndicat des commissaires de la police nationale sur Europe 1 mardi.

L'esprit est à la pédagogie et au discernement du côté de la police. Dans un premier temps, il s'agira d'expliquer aux gens pourquoi ils n'ont pas le droit de se déplacer, comme le font aussi les policiers en Espagne et en Italie. Au fil des jours, cela risque pourtant de se crisper et des amendes seront délivrées par les forces de l'ordre si les citoyens ne respectent pas les contrevenants. L'amende s'élève à 38€ à ce stade, c'est-à-dire sur ce que prévoit la réglementation classique. Mais il faut s'attendre à un changement de texte. L'infraction pourra alors monter jusqu'à 135€, ce qui reste nettement moins élevé que ce qui se fait chez nos voisins. 

La police et la gendarmerie se réorganisent 

Pour répondre à ce défi, la police et la gendarmerie se réorganisent, sans abandonner l'essentiel de leur mission. Seuls les petits commissariats de quartier vont fermer dès mardi. Les grands commissariats, ceux qui ont des unités de police-secours, restent ouverts 24h/24, avec filtrage du public dès l'extérieur. Pour entrer, il faudra montrer patte blanche : convocation, dépôt de plainte ou pointage obligatoire. Le nombre de personnes présentes à l'intérieur sera aussi limité, avec respect des distances de sécurité.

Pour les policiers et les gendarmes, seules les missions prioritaires seront assurées : appels d'urgence, patrouilles, les fameux contrôles, et lutte contre la criminalité. Les enquêtes secondaires sont suspendues, ce qui permet de récupérer des effectifs à redéployer pour être plus nombreux sur le terrain. Quant aux enquêteurs de police judiciaire, ils n'iront pas renforcer les patrouilles mais poursuivront leurs affaires les plus sensibles, par roulement. Gros trafic de drogue, crime organisé, antiterrorisme : pas question de lâcher certains dossiers brûlants mais tout en préservant au maximum le risque de contamination entre fonctionnaires. 

Europe 1
Par Guillaume Biet, Didier François, et Alain Acco, édité par Céline Brégand