Calais : les associations révoltées par l'interdiction de fournir des repas aux migrants

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Nourriture migrants calais 2017 1:43
Plusieurs associations distribuaient de la nourriture aux migrants de Calais. Photo d'illustration. © PHILIPPE HUGUEN / AFP
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L'Etat a mandaté une association pour distribuer les repas au migrants de Calais et interdit à toutes les autres de continuer leurs distributions jusqu'à fin septembre. Une décision motivée par l'insécurité et le contexte sanitaire mais qui indigne les associations engagées dans l'aide aux migrants.

Une seule association pourra distribuer de l'eau et de la nourriture aux migrants de Calais. Depuis vendredi et jusqu'à fin septembre, seule La Vie Active, mandatée par l'Etat, pourra fournir cette aide. C'est une consigne du ministre de l'Intérieur qu'a reçue hier la maire de la Ville, Natacha Bouchart. Elle est motivée par l'insécurité et le non respect des gestes barrières contre le coronavirus. Mais les autres associations sont scandalisées par cette décision et soulignent l'insuffisance d'un tel dispositif alors qu'elles effectuent des distributions informelles quotidiennement dans le centre ville et le quartier de la gare.

Les associations révoltées

L'interdiction de cette aide humanitaire pour les migrants révolte Jean-Claude Lenoir, le président de l'association Salam : "On ne pouvait pas s'attendre à ce qu'il y ait une telle décision tellement inhumaine. Il y a des femmes, il y a des enfants, et on ne pourrait pas leur donner ni d'eau ni de pain ? Je trouve ça incroyable. Il faut trouver des solutions et ne pas continuer dans cette guerre affreuse envers des humains." Pour François Guennoc, vice-président de l'Auberge des migrants, "si l'Etat veut entasser les gens autour de l'hôpital", site de distribution de La Vie Active, "où il y a déjà 700 personnes, il prend ses responsabilités, mais on va arriver à une situation pire que précédemment".

Dans un communiqué commun, six ONG et associations engagées dans la défense des exilés, dont Amnesty international, Médecins du monde ou Médecins sans frontière, ont appelé à ce que l'Etat revienne sur sa décision. Elles assurent qu'elles vont continuer d'organiser des distributions de repas. Il leur faudra pour cela trouver des endroits en dehors du périmètre d'interdiction établi par la préfecture. 

Des distributions sources de troubles à l'ordre public

De son côté, Natacha Bouchart, la maire de Calais, assume cette décision. Elle évoque "des dégradations, des rixes, de la casse chez certains commerçants". "Très clairement, ça ne peut plus durer", peste l'édile. "Ces personnes refusent toute aide de l'État et sont embrigadées par des passeurs et manipulées par des associations. Et tout cela n'a rien d'humanitaire pour eux." Selon la préfecture et la mairie, ces distributions "sauvages" de repas aux migrants étaient en effet devenues des points de rencontre pour les passeurs qui organisent les traversées vers la Grande-Bretagne avec des attroupements, sources de troubles à l'ordre public.  

Dans la mesure où l'Etat a mandaté La Vie Active pour fournir "4 distributions quotidiennes de repas", que l'Etat met à disposition des migrants 38 robinets d'eau 5 jours sur 7, dont "22 accessibles 7 jours sur 7", et que de l'eau est distribuée pendant les repas, la préfecture considère assurer "des prestations humanitaires suffisantes". L'association affirme de son côté parvenir à toucher "la majorité" des migrants présents.  

Europe 1
Par Lionel Gougelot édité par Guilhem Dedoyard avec AFP