Anna, 28 ans, ne se reconnaissait plus dans son travail : "Le mot carrière ne fait plus partie de mon vocabulaire"

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Après un parcours scolaire sans faute, Anna a été confrontée à la vacuité des missions professionnelles qui lui étaient confiées. Aujourd'hui, elle veut s'orienter vers un métier qui a du sens, qui est utile. C'est ce qu'elle a confié à Olivier Delacroix jeudi.
VOS EXPÉRIENCES DE VIE

Comme beaucoup de jeunes de sa génération, Anna, 28 ans, a eu du mal à trouver sa voie. Après un parcours scolaire brillant, elle a été confrontée dès le début de sa carrière professionnelle à l'ennui et la répétition de tâches inutiles. Difficile à vivre pour cette jeune femme, qui aspirait d'abord à gravir les échelons, mais qui est désormais en quête de sens. Elle a raconté son histoire à Olivier Delacroix, jeudi sur Europe 1.

"J'étais plutôt bonne élève. J'ai fait un Bac S parce que mes profs m'ont dit de le faire, mais je n'avais aucune idée de ce que je voulais faire plus tard. Ils me disaient que les bons élèves devaient faire une classe prépa. C'est donc ce que j'ai fait. 

Je me disais toujours qu'il fallait que je fasse carrière, que j'aie un métier, que je gagne bien ma vie, que mes amis et ma famille seraient fiers de moi. C'était pour dire que j'existais, que j'étais reconnue professionnellement et en tant que personne. Mes parents m'avaient juste dit de faire ce qui me plaisait. Par contre, au collège et au lycée, comme j'étais bonne élève, on m'avait dit qu'il fallait absolument que j'aille faire la prépa, la grande école, pour avoir un super poste. C'est plus dans le milieu scolaire que cette idée de carrière s'est ancrée en moi.

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J'avais trouvé un boulot en sortant d'études, et c'était un CDI, donc le Graal !

Après la prépa, je suis partie à la fac. J'avais un cours de marketing que je trouvais sympa, donc j'ai continué dans cette voie et j'ai obtenu un Master de marketing. Mais je ne me suis pas posée plus de questions que cela. Là, je suis entrée dans le monde du travail. Et ça a été la grosse désillusion. En quatre ans, j'ai fait quatre boîtes. Le premier travail que j'ai trouvé, c'était un poste d'assistante commerciale. J'étais contente, j'avais trouvé un boulot en sortant d'études, et c'était un CDI, donc le Graal ! Mais au bout de deux mois, je regardais l'heure tourner tous les jours. C'était l'enfer. Je me suis dit : 'Tu ne peux pas rester toute ta vie à regarder l'heure'.  Je suis partie le dernier jour de ma période d'essai.

>> De 15h à 16h, partagez vos expériences de vie avec Olivier Delacroix sur Europe 1. Retrouvez le replay de l'émission ici

Après, j'ai trouvé des CDD. Je suis partie à Mâcon, à Marseille, à Paris. Je ressentais un début de lassitude qui arrivait. J'ai travaillé dans la banque, et je n'arrivais pas à m'exprimer tellement il y avait de strates hiérarchiques. Je n'avais pas l'impression de m'épanouir. Mais je me suis dit : 'Tu es jeune, tu as le temps. Tu seras à leur place un jour'. J'étais sur le point de terminer mon CDD à la Banque à Paris, et j'ai commencé à comprendre l'inutilité de mon travail. Je ne vais pas passer par quatre chemins : ce que je faisais, c'était créer des courriers et des emails, que j'envoyais à des gens qui n'allaient pas les lire. On avait des taux de retours qui étaient catastrophiques. 

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Au bout de quelques mois, j'ai de nouveau déchanté

J'ai compris que je n'avais finalement pas envie de faire ce métier. Je me suis donc dit que j'allais chercher ailleurs. Comme on voulait reconduire mon CDD, j'ai refusé et j'ai dit que je voulais me donner la chance de partir dans un autre secteur. Là, j'ai trouvé un CDI dans le sport, car je suis une sportive à côté. Je me suis dit : 'Super, ça correspond à mes valeurs'. Mais au bout de quelques mois, j'ai de nouveau déchanté. Je refaisais des courriers et des emails pour des gens qui n'allaient pas les lire.

Puis j'ai eu un déclic. En face de mon bureau, il y avait un super square avec des arbres. En regardant ça, je me suis dit : 'Mais ce n'est pas possible, tu ne peux pas rester enfermée toute ta vie, derrière un écran pendant huit heures par jour, à faire des choses inutiles'. Même si j'avais peur, je me suis rappelée que j'avais 27 ans, et que si je ne tentais pas aujourd'hui de faire quelque chose de différent, quand est-ce que j'allais le faire ?

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Si je ne gravis pas 15.000 échelons, ce n'est pas grave, car l'objectif c'est de me réaliser moi, et pas ce que la société veut

J'ai toujours rêvé de faire carrière, d'être directrice marketing. Mais je me souviens des directeurs marketing qui passaient leurs semaines en réunions… Je n'enviais pas du tout leurs vies. Aujourd'hui, j'aurais plutôt envie de travailler dans l'écologie. J'y ai toujours été assez sensible. J'ai réalisé que je n'allais pas assez souvent dans la nature. Dans le même temps, j'ai commencé à lire pas mal d'articles que je trouvais assez alarmants sur l'état de notre planète. J'ai pensé qu'il fallait que je fasse quelque chose d'utile pour elle.

Après avoir négocié une rupture conventionnelle, je me suis vraiment posé la question de ce que je voulais faire dans ma vie. Si je ne gravis pas 15.000 échelons, ce n'est pas grave, car l'objectif c'est de me réaliser moi, et pas ce que la société veut. La carrière, c'est vraiment un mot que je n'utilise plus, qui n'existe plus dans mon vocabulaire. Finalement, j'ai remplacé le mot 'travail' par 'réalisation personnelle'. Rien que ça, ça m'apaise, ça me soulage. On oublie que 'travail', ça veut dire 'torture' à l'origine. On n'est pas venu sur Terre pour ça. On n'est pas obligé de faire carrière. Aujourd'hui, ce que je cherche, c'est faire quelque chose qui soit en accord avec mes valeurs, tout en gagnant ma vie. Je veux donner du sens à ma vie et faire quelque chose d'utile."

Europe 1
Par Anaïs Huet