Affaire Sarah Halimi : sous l'emprise de drogue, l'auteur était-il responsable de ses actes ?

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La Cour de cassation se penche mercredi sur l'affaire Halimi (photo d'illustration). 1:02
La Cour de cassation se penche mercredi sur l'affaire Halimi (photo d'illustration). © AFP
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La Cour de cassation se penche mercredi sur la responsabilité pénale de l'auteur du meurtre de Sarah Halimi, sa voisine juive, commis en 2017 à Paris, lors d'une "bouffée délirante". La cour d'appel avait conclu à "l'abolition" de son discernement au moment des faits, tandis que les avocats des parties civiles espèrent toujours un procès. 

C'est une affaire qui suscite toujours beaucoup de questions, près de cinq ans après les faits. La Cour de cassation se penche mercredi sur le meurtre de Sarah Halimi, une femme juive de 65 ans, tuée en 2017 par son voisin Kobili Traoré, aux cris de "Allah Akbar". En 2019, dans un arrêt très décrié, la cour d'appel avait conclu à "l'abolition" du discernement de l'auteur, qui avait agi selon elle lors d'une "bouffée délirante", possiblement liée à une consommation régulière de cannabis. Une décision synonyme d'abandon des poursuites judiciaires, tandis que les parties civiles espèrent encore un procès. 

Une hospitalisation complète ordonnée pour l'auteur

"Ce que j'ai commis, c'est horrible. Je regrette ce que j'ai fait et je présente mes excuses", avait expliqué Kobili Traoré lors de sa comparution devant la cour d'appel en novembre 2019. Auparavant, il avait relaté les heures précédant les faits, durant lesquelles il s'était senti "pourchassé par des démons", avait vu un "exorciste" sur les conseils d'un ami et fumé.

La cour, tout en retenant que les charges étaient suffisantes pour ordonner des poursuites pour meurtre avec la circonstance aggravante de l'antisémitisme, l'avait déclaré "irresponsable pénalement en raison d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement". Les magistrats avaient donc mis fin à sa détention tout en ordonnant son hospitalisation complète, mesure administrative sous la responsabilité du préfet. Ils lui avaient aussi imposé 20 ans de mesures de sûreté, comprenant l'interdiction d'entrer en contact avec les proches de la victime et de retourner sur les lieux.

"Un enjeu important pour l'ensemble des citoyens français"

"Comment, finalement, peut-on avoir un discernement qui est totalement aboli mais avoir un reste de conscience qui permet de cibler une personne parce que juive ?", interroge au micro d'Europe 1 Me Muriel Ouaknine Melki, l'une des avocates de la partie civile. Et d'évoquer "un enjeu important aussi pour l'ensemble des citoyens français, que de savoir si, finalement, la consommation de stupéfiants peut être une cause exonératoire de responsabilité pénale en matière criminelle".

"Je veux juste rappeler que pour plusieurs infractions, par exemple le crime de viol, la prise de stupéfiants est une circonstance aggravante. Dans les violences volontaires, c'est une circonstance aggravante aussi", argumente l'avocate. 

La décision de la Cour de cassation connue ultérieurement

Lors de la commission des faits puis des premières étapes de son traitement judiciaire, l'affaire avait relancé une vive polémique sur l'antisémitisme qui imprégnerait certains quartiers populaires, faisant réagir jusqu'au président Emmanuel Macron et au chef du gouvernement israélien.

Selon une source proche du dossier, l'avocat général va se prononcer en faveur de la confirmation de l'irresponsabilité pénale de l'auteur du meurtre. La décision de la Cour de cassation ne sera pas connue mercredi. 

Europe 1
Par Chloé Triomphe et Margaux Lannuzel avec AFP