Pénuries de médicaments : la situation "s'est aggravée depuis plusieurs mois"

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :
Invité d'Europe 1, le directeur des affaires scientifiques des Entreprises du médicament rappelle que les fréquentes pénuries de médicaments en France sont notamment dues à un essor de la demande mondiale. 
INTERVIEW

Dans les pharmacies, de plus en plus de médicaments manquent à l'appel, provoquant l'inquiétude des professionnels du secteur. Alors que la ministre de la Santé Agnès Buzyn a dévoilé en juillet un plan d'action pour lutter contre les ruptures de stocks de médicaments, plus de 1.200 traitements ou vaccins seront concernés par des situations de pénurie sur l’ensemble de l’année 2019, soit 25 fois plus qu’en 2008, selon les projections de l'Agence du médicament. Invité mardi d'Europe 1, Thomas Borel, directeur des affaires scientifiques des Entreprises du médicament, reconnaît que "les choses se sont aggravées depuis plusieurs mois".  "Il est indéniable que les choses se sont aggravées depuis plusieurs mois", déclare-t-il, avant de préciser : "Ce n'est pas un sujet franco-français. On le retrouve dans d'autres pays européens."

"Le marché s'est fortement délocalisé"

Selon Thomas Borel, les produits les plus concernés par les pénuries sont "des antibiotiques, des vaccins, des anti-cancéreux, ou encore des traitements du système nerveux comme des anti-parkinsoniens". Mais, ajoute-t-il, "ça peut concerner tous les médicaments", car une des causes de pénurie est "parfois liée à la problématique de qualité de ces produits". Or, précise-t-il, "nous sommes dans une industrie extrêmement sécurisée, normée, et tout problème survenant sur la chaîne de production peut provoquer l'arrêt de production du produit." 

Outre les arrêts de production dus à des problèmes sur la chaîne de production, les pénuries sont surtout provoquées par "un problème de différentiel entre la demande mondiale, qui ne fait que croître, et la capacité de production", explique Thomas Borel, qui évoque l'exemple de certains pays comme la Chine, "qui décident d'avoir des politiques de santé beaucoup plus volontariste". Ainsi, une politique de vaccination de cent millions d'enfants contre la rougeole par le gouvernement chinois peut entraîner une importante tension sur la production d'un vaccin.

"Le marché s'est fortement délocalisé sur des zones comme la Chine et l'Inde", note encore le directeur scientifique des Entreprises du médicament. Aujourd'hui, 80% des principes actifs sont en effet fabriqués hors d'Europe contre 20% il y a 30 ans. C'est pourquoi Thomas Borel appelle à "une politique publique industrielle forte pour s'assurer du maintien de la production du principe actif ou du produit fini, si ce n'est en France, au moins en Europe". 

"Pas de solution miracle"

Malheureusement, précise-t-il, "il n'y a pas de solution miracle". "Il faut s'assurer qu'il y ait une production qui soit maintenue en Europe", explique encore Thomas Borel, et avoir "une politique volontariste de prix", pour s'assurer que les médicaments, lorsqu'ils sont en tension, "puissent être suffisamment mis à disposition du marché français et pour éviter le phénomène délétère de l'exportation parallèle".  

En revanche, il ne se montre pas favorable à l'instauration de nouvelles sanctions contre les laboratoires qui n'assureraient pas un approvisionnement continu. Les laboratoires, estime-t-il, "sont déjà soumis à d'énormes réglementations". 

Europe 1
Par Antoine Terrel