Pénurie de médicaments : un quotidien difficile pour les pharmaciens et les patients

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La ministre de la santé Agnès Buzyn a dévoilé lundi son plan contre les pénuries de médicaments. Plus de 1.200 traitements ou vaccins sont concernés, soit 25 fois plus qu’en 2008. 
REPORTAGE

La ministre de la santé Agnès Buzyn a dévoilé lundi son plan contre les rupture de stock de médicament. Celui-ci repose  sur un meilleur partage de l'information et une meilleure gestion du "circuit du médicament", du fabricant jusqu'à à la pharmacie (le détail des mesures par ici). Et pour les pharmaciens comme les patients, il y a urgence. 

En effet, c'est la panique dans les pharmacies, de plus en plus de médicaments manquent à l'appel... et la situation ne cesse de s'aggraver ces derniers mois. Selon les projections de l’Agence du médicament, plus de 1.200 traitements ou vaccins seront concernés par des situations de pénurie sur l’ensemble de l’année 2019. C’est 25 fois plus qu’en 2008. Au quotidien dans les pharmacies en tous cas, c'est très compliqué et certains patient sont très inquiets.

Toutes sortes de médicaments manquants

"Dans la commande de ce matin, sur une centaine de lignes de médicaments commandés, on en a presque 20 qui sont manquantes", témoigne une pharmacienne parisienne, qui a désormais l'habitude de déballer des cartons de médicaments incomplets. 

Parmi ce qu’il manque, il y a de tout : des médicaments courants pour traiter les bronchites par exemple, mais aussi des médicaments essentiels, pour soigner les malades chroniques. "Des hormones contraceptives, des antidouleurs, des antidépresseurs... On a aussi ces fameux corticoïdes qui manquent", détaille la pharmacienne.

Dans une pharmacie voisine, c’est le même constat. On tente de servir correctement les clients malgré les pénuries. Merab cherche désespérément du collyre en unidose, il en est à sa troisième pharmacie. "Le médicament est en rupture. Je ne peux pas vous le commander parce qu'il n'est pas fabriqué en ce moment par le laboratoire", lui répond la pharmacienne, qui lui suggère de "passer la semaine prochaine". "Je repasserai. On verra si le laboratoire a pris une décision", rétorque Merab.

Résultat : le personnel se débrouille comme il peut. En appelant les pharmacies voisines, en coupant en deux ou en quatre les cachets pour avoir les bonnes doses. Et en dernier recours, on rappelle les médecins pour prescrire d’autres médicaments, en fonction, bien sûr, de ce qu’il reste, dans les stocks.

Des médicaments pas assez rentables en France

Dans 80% des cas, selon l'Agence du médicament, c'est un problème d’argent qui est à l’origine de ce manque de médicaments. En France, ils sont remboursés, et bien remboursés par la Sécurité sociale comparé à d'autres pays. En conséquence, la Sécu tire les prix vers le bas, pour avoir à rembourser le moins possible, ce qui n’est pas du goût des industriels ni des intermédiaires qui font le lien entre le laboratoire pharmaceutique et les pharmacies. Ces grossistes répartiteurs, dont certains, dénommés les "short liners", sont spécialisés sur les médicaments les plus rentables, préfèrent donc vendre à d'autres pays qu'à la France. Parfois, le même médicament est vendu en Italie ou en Allemagne deux à trois fois plus cher que chez nous.

À une moindre échelle, il y a également un problème de production. Aujourd'hui, la plupart des usines qui fabriquent les médicaments sont délocalisées à l'étranger, en Asie notamment. Elles travaillent à flux tendus pour satisfaire la demande mondiale qui explose ces dernières années. Il suffit, par exemple, qu'une usine indienne qui fabrique une matière première à destination de plusieurs laboratoires rencontre un problème de production pour que l’ensemble de la chaîne du médicament soit paralysée. C'est ce qui s'est passé en 2018 avec le Sinemet, un traitement anti-parkinson. L'usine située aux États-Unis a dû fermer pour se mettre aux normes, étant la seule au monde, le marché mondial a été impacté pendant de longs mois.

Dans le cas des corticoïdes, qui soignent des maladies aussi courantes que l'asthme ou l'arthrose, le problème ne se situe pas à l'autre bout du monde… mais en France. L'usine qui les fabrique à Lille a rencontré des difficultés en janvier, mais n'a prévenu aucun des laboratoires qu'elle fournit, qui eux-mêmes n’ont donc pas pu alerter les autorités sanitaires. Résultat : la France est en rupture de stock depuis un mois et le retour à la normale n'est pas prévu avant fin juin.