Homéopathie : dernière ligne droite avant le déremboursement

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La fin du remboursement de l'homéopathie devrait être annoncée vendredi. Alors que les laboratoires menacent de supprimer des centaines d'emplois, les usagers, eux, affirment qu'ils continueront à acheter des granules.
ENQUÊTE

Cette question fait polémique depuis plus d'un an : quelles pourraient être les conséquences du déremboursement des médicaments homéopathiques ? La décision va tomber vendredi. La Haute autorité de santé (HAS) doit en effet annoncer son avis définitif sur l’intérêt de maintenir ou pas le remboursement de l'homéopathie en France. Une décision que la Ministre de la Santé, Agnès Buzyn, s'est d'ores et déjà engagée à suivre. 

Or, plusieurs sources ont confirmé à Europe 1 que l'homéopathie serait bel et bien déremboursée. Cela irait en effet dans le sens du pré-avis que les experts de la HAS ont déjà rendu début juin, et qui laissait peu de place au doute. Leur argument était le suivant : à ce jour, aucune étude scientifique fiable n'a prouvé la moindre efficacité de l'homéopathie. Depuis, les industriels du secteur, notamment le laboratoire Boiron, leader du marché, ont encore été auditionnés. Pendant deux heures, ils ont tenté, une dernière fois, de défendre leurs arguments. Mais il y a vraiment peu de chance que cela ait changé quoi que ce soit.

Ce déremboursement risque de déplaire à de nombreux usagers. En effet, quel que soit le médicament concerné, quand on vous dit, du jour au lendemain, qu'il n'est plus du tout pris en charge par l'assurance maladie, cela fait des mécontents. Un sondage récent - réalisé certes, à la demande des laboratoires que fabriquent ces petites granules - montre ainsi que plus 70% des utilisateurs d'homéopathie sont contre cette décision.

Un peu plus de 2 euros le tube de granules

Il faut toutefois relativiser l'augmentation de leur budget santé. S'il faudra bientôt payer son tube de granules de sa poche, celui-ci coûte en moyenne un peu plus de 2 euros, ce qui reste peu cher. Donc si les laboratoires ne décident pas d'augmenter subitement les prix - ils pourraient décider de faire passer le tube de granule de 2 euros à 8 euros, mais ils n'ont pas intérêt à le faire - la grande majorité des patients qui l'utilisent continueront à le faire, remboursés ou pas. 

"Je continuerai, c'est si peu cher", confirme une patiente au micro de Sébastien Rouxel, pour Europe 1. "L'homéopathie, ça coûte rien. Qu'est-ce qui leur prend brusquement de faire des petites économies comme ça?", s'interroge une autre. "Je ne remplacerai pas quelque chose qui marche bien par quelque chose dont je ne suis pas sûre", affirme une troisième. "Personnellement, ça ne changera pas. Je trouve que la santé est une priorité. J'ai trouvé dans l'homéopathie ce qui me convient", explique une dernière. 

Remboursée ou pas, de nombreux patients vont ainsi continuer l'homéopathie. Mais ce n'est pas l'avis du Laboratoire Boiron, qui affirme que ses ventes vont chuter, et que cela menace déjà 1.000 emplois.

"L'assurance maladie n'a pas vocation à soutenir les emplois de l'industrie pharmaceutique"

Savoir à l'avance si les ventes d'homéopathie vont chuter en France est difficile. En général, c'est vrai que lorsqu'un médicament n'est plus remboursé, dans un premier temps, il y a un fléchissement des ventes. Mais ça peut remonter après. Pour l'économiste de la santé Frédéric Bizard, ce chantage à l'emploi de Boiron n'a de toute façon même pas à entrer en ligne de compte.

"L'assurance maladie n'est pas Bercy, elle n'a pas vocation à soutenir les emplois de l'industrie pharmaceutique", explique-t-il. "L'assurance maladie a vocation à rendre accessible l'ensemble des médicaments, en particulier les plus innovants et les plus coûteux, à tous les Français. Boiron a des opportunités à l'export qui pourront venir compenser cette baisse. Quelles que soient les conséquences, cela ne doit pas impacter sur la décision de déremboursement", affirme l'expert.  

Ce que les patients doivent comprendre aussi, c'est que le probable déremboursement ne signifie pas que l'homéopathie est condamnée, ou sera interdite. Elle restera bien sûr dans les rayons en pharmacie, les médecins homéopathes pourront continuer d'en prescrire. La seule différence, c'est qu'il faudra payer, comme en Espagne ou en Italie, où elle n'est pas remboursée. Au Royaume-Uni, c'est la même chose : les autorités ont décidé d'arrêter le remboursement en 2017. Finalement, cette décision nous ramènerait à faire, en la matière, comme la majorité des autres pays européens.