Déremboursement de l’homéopathie : "Les prix peuvent être multipliés par deux ou trois"

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Alors que la Haute autorité de santé estime que l’homéopathie ne doit plus être remboursée, le pharmacien Gilles Bonnefond plaide pour maintenir un prix réglementé.
INTERVIEW

La voie du déremboursement de l’homéopathie est désormais ouverte. La Haute Autorité de Santé (HAS) a émis vendredi une recommandation "défavorable" au maintien du remboursement des produits homéopathiques par l'Assurance maladie, dans un avis préliminaire d'évaluation relayé par plusieurs médias et confirmé par le fabricant Boiron. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, avait fait savoir qu’elle suivrait l’avis de la HAS. Avec le risque de faire augmenter considérablement les prix, selon le pharmacien et président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine Gilles Bonnefond.

"Il y a deux façons de dérembourser. La première étant une façon brutale, qui consiste à dire que désormais ce n’est plus remboursé. La conséquence pour le laboratoire, pour rattraper les pertes de volumes, va être de multiplier les prix par deux ou trois. Et tout le monde sera mécontent dans cette affaire, car les patients feront porter la responsabilité à la ministre", redoute Gilles Bonnefond au micro de Matthieu Belliard, sur Europe 1. Aujourd’hui à 2,20 euros environ, le prix d’un tube d’homéopathie pourrait grimper jusqu'à 8 euros, comme cela est la cas dans l'Italie voisine.

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Maintenir un prix réglementé... mais non remboursé 

Mais selon le pharmacien, une autre voie de déremboursement est possible, en maintenant un prix réglementé sur l’homéopathie, mais dont la part remboursable ne serait pas prise en charge par la Sécu. Elle le serait alors par la mutuelle, et empêcherait les laboratoires de faire trop grimper les prix.

Aujourd'hui "ces médicaments sont remboursés à 30% par le régime obligatoire. Si on les fait passer en vignette orange à 15%, on ne les dérembourse pas complètement mais (…) quand on est à 15%, et à un prix aussi faible que l’est le tube de granulés, l’Assurance maladie ne rembourse en fait plus rien. Il n’y a que la complémentaire qui peut alors en prendre la charge si elle le souhaite, et en fonction du contrat signé", détaille Gilles Bonnefond.

Éviter de se tourner vers des médecines parallèles 

"L’avantage dans ce cas, c’est que la ministre peut dire : 'j’ai déremboursé l’homéopathie, mais en contrepartie je ne laisse pas la liberté aux laboratoires de multiplier les prix par 4', car en mettant la vignette orange à 15%, on reste sur des prix réglementés", poursuit le pharmacien, plaidant pour cette option "temporaire" qui permettrait ainsi d’éviter un surcoût brutal pour les patients sous homéopathie. 

"Les patients habitués à l’homéopathie ne veulent pas prendre autre chose (…) Et je ne voudrais pas qu'à cause du déremboursement, ils aient recours à des médecines parallèles, beaucoup plus dangereuses, moins contrôlées, qui peuvent poser problème", en conclut le pharmacien.