Coronavirus : "Le changement de culture sera inévitable" après la crise, estime Boris Cyrulnik

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Invité d'Europe 1, vendredi, le neuropsychiatre et ethnologue Boris Cyrulnik a affirmé que la pandémie de coronavirus mènera inévitablement à un changement de culture, qui pourrait avant tout être d'ordre écologique.
INTERVIEW

"Quand il y a une catastrophe naturelle ou culturelle - et il y en a régulièrement depuis l'homo sapiens - nous sommes à chaque fois obligés de changer de culture", explique Boris Cyrulnik. Neuropsychiatre, ethnologue et psychanalyste, il était l'invité du Grand journal du soir, vendredi sur Europe 1. Interrogé sur l'après-coronavirus, et les conséquences que pourraient avoir une telle crise sanitaire sur notre société, celui-ci s'est dit convaincu que tout notre système sera amené à évoluer.

Comparaison avec la peste noire

"Au début d’un traumatisme, on est toujours un peu sidéré, hébété", affirme le neuropsychiatre. "On a du mal à prédire, on a trop d’informations à régler en même temps, et l'on est toujours un peu confus avant de se mettre en marche de résistance par rapport à ce virus". C'est d'ailleurs le terme que Boris Cyrulnik emploie pour évoquer la réponse du monde à cette crise. Selon lui, nous ne sommes pas en guerre, mais nous organisons "la résistance". Et avec la résistance, dit-il, viendra le changement de culture.

"Avant la peste de 1348, les serfs existaient, mais la peste a fait tellement de morts qu’il a ensuite fallu courtiser les hommes et les paysans qui, dès lors, se sont fait payer. C'est devenu un métier alors qu'avant il s'agissait d'un servage", explique Boris Cyrulnik, reprenant l'exemple de la peste noire qui a tué 25 millions de personnes en Europe. "Quand je suis arrivé au monde, avant la Seconde Guerre mondiale, il n'y avait pas de sécurité sociale, ni de système de retraites", poursuit-il, évoquant un changement culturel "inévitable" à l'issue de chaque crise.

"Tout cela donnera raison aux écologistes"

À la suite de la pandémie de coronavirus, le changement pourrait être avant tout écologique, selon Boris Cyrulnik. Alors que le virus continue de se propager dans le monde, que de nombreuses populations vivent actuellement confinées et que les économies tournent au ralenti, nous observons une diminution de la pollution de l'air, mais aussi la réapparition d'animaux dans des lieux jusqu'ici surexploités par l'activité humaine. "En Chine, il y a déjà une diminution de 8.000 à 10.000 entrées dans les services de cancérologie parce que la pollution a fortement diminué", ajoute-t-il.

"Tout cela donnera raison aux écologistes", avance le neuropsychiatre. "Des gens vont vouloir redémarrer le sprint de la consommation, mais une grande partie de la population va s'y opposer et je pense que l'on va ralentir cette culture, parce qu'il faut absolument ralentir."

Europe 1
Par Pauline Rouquette