Régionales : en PACA, un accord risqué entre Muselier et Macron déchire la droite

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Renaud Muselier est officiellement candidat à sa succession à la présidence du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur. 2:01
Renaud Muselier est officiellement candidat à sa succession à la présidence du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur. © NICOLAS TUCAT / POOL / AFP
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Renaud Muselier, président de la région PACA, a annoncé mardi sa candidature pour les élections régionales. Le Républicain espère repousser la menace du candidat RN Thierry Mariani en intégrant des candidats de la majorité présidentielle sur sa liste. Un pari risqué, piloté par Emmanuel Macron.

Le président Les Républicains de Provence-Alpes-Côte d'Azur, Renaud Muselier, a officialisé mardi sa candidature pour les prochaines élections régionales. Pour repousser la menace que représente le candidat du Rassemblement national, l'ex-LR Thierry Mariani, un enfant du pays, Renaud Muselier a négocié avec Emmanuel Macron un accord pour intégrer dès le premier tour des macronistes sur sa liste. Un accord politique potentiellement explosif est en effet pratiquement bouclé ce mercredi matin.

L'aboutissement d'une longue négociation

L'affaire est dans les tuyaux : Renaud Muselier va intégrer sur sa liste des élus macronistes. L'aboutissement d’une longue négociation voulue par Emmanuel Macron. Le président a souhaité que dans le Sud, un accord avec la droite soit en place dès le premier tour afin de repousser la menace du RN avec un Thierry Mariani, ex-LR aujourd'hui soutenu par la cheffe de file du RN Marine Le Pen. Car les sondages le montrent, en cas de liste commune, la liste de Renaud Muselier et de la majorité présidentielle arriverait devant le RN le soir du 20 juin. 

Une étude de l'Ifop mi-avril pour La Tribune et Europe 1 montrait en effet qu'une alliance LR-LREM dès le premier tour permettrait au duo de devancer le RN et de gagner au second, dans l'hypothèse d'une triangulaire avec une union de la gauche et des écologistes. Mais pour le politologue Frédéric Dabi (Ifop), une alliance LR-LREM de premier tour pourrait aussi pousser certains électeurs de droite mécontents vers le RN.

Un accord entériné d'ici la fin de semaine

Mardi soir tard, la scénographie a donc été mise au point. Ce mercredi matin Renaud Muselier devait s'exprimer et rappeler qu’il travaille avec le gouvernement dans le cadre du plan de relance avec un objectif : sa région d’abord. Invité de BMFTV, il a assuré être "d'abord LR, un homme de droite et du centre". Avant d'ajouter : "Je le dis depuis le début, il n'y aura aucun accord d'appareil avec LREM". Cependant, l'actuel président de Provence-Alpes-Côte d'Azur a affirmé être "ouvert à tout dans la totalité du spectre" et que "le bon sens voudrait que la majorité présidentielle le (me) soutienne".

 

Selon les informations obtenues par Europe 1, il devrait ensuite tenir une conférence de presse ce mercredi après-midi pour détailler cet accord politique entre des élus de droite et Emmanuel Macron, soutenu notamment par les barons du Sud, Christian Estrosi, Hubert Falco et Martine Vassal. Un accord qui devrait être entériné officiellement au plus au niveau de l’Etat d'ici la fin de la semaine.

"Si Muselier fait alliance, il aura la défaite et le déshonneur"

Mais nombre d'élus LR se montrent déjà ulcérés par ces tractations, au point de menacer de ne pas soutenir la liste du parti. Lundi, lors d'un comité stratégique, Éric Ciotti n'a pas mâché ses mots : "Si Muselier fait alliance, il aura la défaite et le déshonneur", a-t-il lâché. Le député Julien Aubert, fraîchement élu président départemental des Républicains dans le Vaucluse, menace d'abandonner la campagne s'il y a des ministres sur la liste.

Thierry Mariani devrait faire campagne sur le thème : "Voter Muselier, c'est voter Macron". Un slogan qui, dans la perspective de l'élection présidentielle, inquiète cette dirigeante de droite interrogée par Europe 1 : "Comment explique-t-on que l'on est avec Macron et contre Macron ?", interroge-t-elle.

Implanter des élus LREM avant la présidentielle

Dans cette région tiraillée entre Les Républicains et le Rassemblement national, deux électorats anti-Macron, oser passer un accord avec les marcheurs est un risque politique majeur pour Renaud Muselier, qui veut rester à la tête de la région PACA. À la manœuvre en coulisses : Emmanuel Macron.

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Le président cherche en effet depuis le début à envoyer des figures de son camp. Clément Beaune d'abord, le secrétaire d'état auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Sophie Cluzel ensuite, secrétaire d’état aux personnes handicapées, qui négocie à l'heure actuelle sa place, mais dont la présence est incertaine. L'objectif étant de constituer dans le Sud une droite pro-Macron à un an de l’élection présidentielle. 

Un coup politique à deux visages pour le chef de l'Etat, puisqu'Emmanuel Macron souhaitait des accords dès le premier tour dans toutes les régions, sauf dans les Hauts-de-France et en Rhône-Alpes, pour s'implanter sur le territoire et atténuer le mauvais scrutin qui se profile. Seulement le parti présidentiel LREM s’y est opposé. "On a raté le coche, confie un macroniste haut placé. Avec cet accord dans le Sud, c'est trop peu et peut-être trop tard".

Europe 1
Par Michaël Darmon et Aurélie Herbemont, édité par Romain David