Macron 2017 Meeting Soutien Campagne 2:52
  • Copié
, modifié à
L'électorat d'Emmanuel Macron a "muté" depuis l'élection présidentielle 2017, analyse le politologue Jérôme Fourquet sur Europe 1, dimanche matin. D'un socle de gauche, sa base s'est déportée vers la droite, intégrant des électeurs qui n'avaient pas forcément voté pour lui il y a trois ans.
ANALYSE

Qui sont les soutiens d'Emmanuel Macron aujourd'hui ? Selon le politologue Jérôme Fourquet, ils "ne sont plus exactement les mêmes que ceux qui l'ont porté au pouvoir il y a trois ans". Pour le directeur du département "opinion et stratégies d’entreprise" de l'Ifop, invité du Grand entretien d'Europe 1 dimanche, cette véritable "mutation" représente un "phénomène" nouveau en termes de sociologie politique. Et permet d'y voir un peu plus clair sur les dynamiques actuelles, à moins de 600 jours de l'élection présidentielle.

"Nous avons assisté à l'émergence d'un nouvel électorat il y a trois ans, au moment de la présidentielle", retrace Jérôme Fourquet. "Ces électeurs venaient bien de quelque part ! Ils se sont agrégés autour d'Emmanuel Macron et une bonne partie venait de l'ancien centre et du MoDem, tandis qu'une majorité, pas loin des 50%, venait du centre gauche." À l'époque, au printemps 2017, le PS, comme ses électeurs, se déchire entre la candidature du "frondeur" Benoît Hamon et celle d'Emmanuel Macron. "C'était le temps du 'en même temps', et de gauche et droite."

Le même étiage, mais pas la même composition

En 2020, "le socle électoral du macronisme est à peu près au même étiage qu'il y a trois ans", poursuit l'auteur de L'Archipel français (éditions du Seuil). Le score réalisé lors des élections européennes de 2019 (23,34%) est en effet similaire à celui du premier tour de la dernière présidentielle (24,01%).

" Toute une partie importante des gens qui votaient pour lui et qui venaient de la gauche l'ont quitté "

Mais, dans le même temps, "nous avons une recomposition de cet électorat, en l'espace de trois ans", détaille Jérôme Fourquet au micro Europe 1 de Charles Villeneuve. "Il ne s'est pas désagrégé, il a muté : les enquêtes nous montrent qu'il y a un déplacement à droite de cet électorat. Les soutiens d'Emmanuel Macron sont plus à droite. Toute une partie importante des gens qui votaient pour lui et qui venaient de la gauche l'ont quitté, parce qu'ils ont un bien vu que le centre de gravité s'était déporté. Ils ont été remplacés par des électeurs qui n'avaient pas forcément voté pour lui et qui venaient plutôt de la droite."

Un "pragmatisme" cher à la droite

Reste à savoir si ce "déplacement du centre de gravité" de l'électorat s'explique davantage par un mouvement de la société française vers la droite ou par une politique qui plaît davantage à la droite qu'à la gauche. "La stratégie d'Emmanuel Macron vise à conquérir cet électorat, qui se reconnaît davantage dans la ligne politique et les personnalités choisies", estime le politologue, qui insiste sur la valeur cardinale du "pragmatisme" à droite. "Ils ont vu qu'Emmanuel Macron ne vient pas de chez eux, mais tant qu'il tient les rênes du pays dans une situation économique et sociale déprimée, (…) les électeurs s'en satisfont."