Les maires en première ligne pour le déconfinement : "On n'a pas confiance en l'État"

  • A
  • A
Maires déconfinement coronavirus 5:48
Les maires devront mettre en place les éléments concrets du déconfinement, qui doit débuter dans deux semaines et demie. © JACQUES DEMARTHON / AFP
Partagez sur :
Après avoir exclu un déconfinement en fonction des territoires, l'exécutif envisage une levée des restrictions selon les régions. Il mise sur les maires pour mener à bien ces opérations délicates, mais pour Jean-Christophe Fromantin, élu de Neuilly-sur-Seine, l'État n'apporte "rien de concret" aux édiles pour l'instant.
INTERVIEW

Un virage à 180 degrés ? À l'issue de sa quatrième allocution face aux Français, le 13 mars, Emmanuel Macron prônait un déconfinement national à partir du 11 mai. Mais dix jours plus tard, c'est désormais une levée des restrictions selon les territoires qui se profile. Pour y parvenir, l'exécutif a consulté les maires en visioconférence, jeudi, afin d'écouter leurs demandes pour la mise en oeuvre concrète de ce déconfinement. Selon Jean-Christophe Fromantin, maire de Neuilly-sur-Seine interrogé jeudi sur Europe 1, les élus locaux doivent pour l'instant prendre les décisions "à l'aveugle".

Clarté et souplesse : voilà les deux choses demandées par la vingtaine de maires reçus jeudi matin en visioconférence par Emmanuel Macron, le monsieur déconfinement du gouvernement Jean Castex et les ministres des Collectivités Jacqueline Gourault et Sébastien Lecornu. De la clarté dans la doctrine du déconfinement, mais aussi de la souplesse dans sa mise en place, pour qu'il puisse se décliner en fonction des spécificités territoriales. Cela tombe bien : "Il y aura peut-être certains sujets, des étapes [de déconfinement] qui pourront se passer plus vite dans les endroits où le virus ne s’est pas propagé", a glissé Emmanuel Macron en marge de son déplacement dans le Finistère, mercredi.

Travail de réglage "au cas par cas"

Jeudi, le chef de l'État a confié aux maires vouloir se reposer sur le couple préfet-maire en vue du déconfinement, rapporte un participant. "On ne peut pas déconfiner de la même façon dans le Haut-Rhin et dans le Cantal, il y a un travail de réglage qui va devoir se faire au cas par cas", explique un proche du Président.

"Chaque ville est différente, même dans le Cantal", abonde sur Europe 1 Jean-Christophe Fromantin, qui déplore le fait que le gouvernement vienne "toujours avec des intentions, mais rien de concret". "Les décisions concrètes, c'est aujourd'hui qu'on les prend. Ce ne sera pas demain, ni la semaine prochaine", affirme l'élu des Hauts-de-Seine.

Sans vision de long terme sur le déconfinement qu'ils devront mettre en oeuvre, les maires naviguent à vue, selon le maire de Neuilly-sur-Seine. Dans la commune limitrophe de Paris, "une équipe se réunit depuis une semaine pour préparer le 11 mai" et la levée des premières restrictions. "On le fait avec notre doctrine puisque on a très peu d'éléments de la part de l'Etat. On voudrait savoir quels sont les domaines qui sont du champ de l'Etat et quels sont les domaines qu'il nous laisse en responsabilité et dont on peut dès aujourd'hui organiser les choses pour qu'elles se passent bien. Mais aujourd'hui, on n'est ni dans l'un ni dans l'autre."

"Zone grise" de l'État

Un domaine inquiète particulièrement les maires, qui ont partagé leurs craintes au sommet de l'État, jeudi matin : la réouverture des écoles et le redémarrage différencié des cours selon les niveaux. "J'organise toute la rentrée scolaire du 11 mai comme si elle ne reposait que sur la mairie, mais j'attends de l'Etat qu'il ne me dise pas au dernier moment ce dont il a besoin", souligne Jean-Christophe Fromantin, qui évoque également les questions cruciales des commandes de masques et de la réquisition des équipements culturels et sportifs.

"Certains maires, de bonne foi, n'auront pas anticipé parce qu'ils imaginaient que les déclarations du Président et du Premier ministre seraient suivies d'effet par l'État, qui se donne les moyens d'appliquer ce qu'il veut qu'on mette en oeuvre", poursuit le maire de Neuilly-sur-Seine. "Il y a toute cette zone grise, où l'État dit des choses, on se dit 'tiens, il va le faire', or il ne le fait pas. On le fait à sa place, parce qu'on n'a pas confiance en lui."