"Gilets jaunes" : du côté de l’opposition, c’est chacun sa solution

, modifié à
  • A
  • A
Le Premier ministre s'est entretenu toute la journée avec les représentants des partis politiques, à Matignon, pour tenter de trouver une solution à la crise des "gilets jaunes". © Thomas SAMSON / AFP
Partagez sur :

Edouard Philippe a reçu lundi des représentants de chaque parti politique. Et chacun à sa propre réponse à "la crise".

ON DÉCRYPTE

À l’instar des "gilets jaunes" eux-mêmes, les partis politiques peinent à trouver une solution commune pour mettre un terme au mouvement social qui agite le pays depuis trois semaines. Sur demande d’Emmanuel Macron, Edouard Philippe a reçu lundi des représentants des principaux partis de France. Mais le Premier ministre aura bien du mal à opérer une synthèse de toutes les propositions.

Seul EELV soutient la fiscalité écologique. La plupart des partis d’opposition réclament, tout de même, une mesure "d’apaisement immédiat". Et du PS au Rassemblement Marine en passant par Les Républicains ou la France insoumise, la priorité est à l’annulation (ou au report) de la hausse des taxes sur le carburant prévue en janvier.

Seule Europe Ecologie Les Verts a demandé à Emmanuel Macron et son exécutif de "tenir sur la fiscalité écologique", sans aborder précisément la future hausse des taxes. "Le problème, ce n'est pas la fiscalité carbone. Le problème de la fiscalité carbone telle qu'elle est portée aujourd'hui, c'est qu'elle est profondément injuste. Alors qu’elle doit être le moyen de sortir de dépenses imposées aux Français", a déclaré David Cormand, patron d’EELV, à sa sortie de Matignon. Pour éviter que la fiscalité soit "injuste", ce dernier a proposé au Premier ministre la tenue d’"Etats généraux de la vie chère". "Il y a des mesures en matière fiscale qui étaient incompréhensibles, je pense à la diminution et à la suppression de l'ISF, je pense au CICE. Il y a nécessité de revenir là-dessus pour réorienter ces recettes sur la question de la transition écologique", a martelé David Cormand. A-t-il été entendu par Edouard Philippe ? "On a cru comprendre qu’il allait, éventuellement, annoncer des mesures d’apaisement", a-t-il relaté, sans en dire plus.

Marine Le Pen demande "la proportionnelle"... Tous les autres partis demandent un geste sur la taxation du carburant. Pour Marine Le Pen, la hausse de janvier doit être annulée, mais aussi celle de l’an dernier "et toutes les autres" prévues à l’avenir. La présidente du Rassemblement national estime en outre que la réponse à apporter dépasse le cadre de la fiscalité. "Nous demandons une baisse du prix de l’électricité, du gaz, qui sont des produits de première nécessité. Emmanuel Macron ne peut pas non plus faire l’impasse sur l’augmentation des salaires minimums et des retraites. Plus profondément, on ne peut résoudre la crise politique qu’en mettant en œuvre la proportionnelle à l’Assemblée, pour que les décisions soient le fait de la majorité des Français", a énuméré Marine Le Pen, qui assure qu’Edouard Philippe l’a remercié pour "sa franchise".

… La France insoumise une Assemblée constituante… Du côté de la France insoumise également, pour laquelle Jean-Luc Mélenchon était absent (raison d’agenda), l’humeur était au bouleversement institutionnel. La délégation reçue par Edouard Philippe, en effet, est venue proposer la tenue d’une "Assemblée constituante", en vue d’une révision constitutionnelle renforçant les pouvoirs du législateur, ainsi que sa représentativité. "Il y a effectivement la question sociale, effectivement la question fiscale, et écologique, mais il y a aussi la question démocratique. Il y a des moyens d'aller plus loin, de trouver des remèdes à la maladie démocratique que l'on subit aujourd'hui. Il y a un vrai problème de représentation dans ce pays", a déploré "écarté cette possibilité Charlotte Girard, coresponsable du programme de LFI.

… Wauquiez veut un référendum… Outre une "annulation immédiate" de la surtaxe sur le carburant prévue en janvier, Laurent Wauquiez, patron des Républicains, qui s’est brièvement exprimé après sa rencontre avec le Premier ministre, a conclu son point presse en répétant sa demande de tenue d’un référendum sur l’ensemble des mesures fiscales du gouvernement : "le chef de l’Etat ne peut plus rester silencieux. Il doit redonner la parole aux Français". A-t-il été entendu ? "Je n’ai pas l’impression qu’il ait pris la mesure de la colère et de la violence", a-t-il commenté, lapidaire.

Jean-Christophe Lagarde, patron de l'UDI, traditionnel allié de LR, se montre plus modéré. Il propose quant à lui une "modération de la CSG", de "remettre en cause la baisse des APL", de "taxer les produits de luxe" et de lancer "un grenelle social et environnemental", et attend encore une réponse du Premier ministre. 

… le PS a sa proposition de loi… "Pour l'instant, nous n'avons pas de réponse", a également déclaré le Premier secrétaire du PS Olivier Faure, premier chef de parti reçu lundi à Matignon. Olivier Faure, accompagné des présidents de groupe socialistes Valérie Rabault (Assemblée nationale) et Patrick Kanner (Sénat), a pourtant remis à Edouard Philippe une proposition de loi "de sortie de crise" clef en main, qui doit être déposée lundi au Palais-Bourbon par les socialistes. "Nous voulons que la méthode change. Jupiter, c'est fini. Il faut qu'il descende de l'Olympe", a martelé Olivier Faure. Dans la proposition de loi du PS, il y a neuf articles "qu'Edouard Philippe peut mettre en oeuvre tout de suite", dixit Valérie Rabault : le rétablissement de l'ISF, un moratoire sur les taxes énergétiques, une augmentation de la prime d'activité, une indexation des retraites de base sur l’inflation ou encore "une augmentation de la fiscalité sur les dividendes".

Reprenant certaines mesures des gilets jaunes, Benoît Hamon, fondateur du mouvement Génération.s., lui aussi reçu par Edouard Philippe, propose pour sa part un "moratoire" sur la fiscalité écologique, accompagné d’une hausse du Smic, des petites pensions, ainsi qu’un "rétablissement de l’ISF". Plus original, l’ancien candidat socialiste à la présidentielle demande la création d’un impôt "sur l’ensemble des profits réalisés par les banques quand elles financent des projets d’énergie fossile".

… Et Dupont-Aignan s’en va. Pas sûr que ces mesures, très éloignées du programme d’Emmanuel Macron, trouvent grâce aux yeux de l’exécutif. Pas sûr, non plus, que le geste de Nicolas Dupont-Aignan aient été très apprécié du Premier ministre. Le président de Debout la France, imitant ainsi un "gilet jaune" qui avait fait de même vendredi, a décidé au dernier moment de boycotter l’entretien, Edouard Philippe ayant refusé de le filmer. "Nous ne devons rien cacher aux Français ! Je dénonce cette mascarade du gouvernement qui prétend être à l'écoute du peuple mais entretient en réalité l'entre soi d'une classe politique dépassée", a dénoncé Nicolas Dupont-Aignan, déplorant "l’entre soi" des membres de l’exécutif.