François Hollande : "Macron n'a pas avoué quelles étaient ses intentions"

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François Hollande dans les studios d'Europe 1.
François Hollande dans les studios d'Europe 1. © © Europe 1/Capa pictures/Damien Carles
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Dans trois épisodes exclusifs d’"Au cœur de l’histoire", l'ancien président socialiste analyse la dernière décennie politique et se penche notamment sur le cas d'Emmanuel Macron.

Pour certains, c'est une trahison à la Brutus d'Emmanuel Macron. Pour d'autres, un excès de confiance et de naïveté de la part de François Hollande. Reste une évidence : l'ancien ministre de l'Économie a coupé l'herbe sous le pied de l'ex-président, créant son mouvement "En Marche!", démissionnant et annonçant sa candidature à la présidentielle sans que le chef de l'État ne réagisse. Aujourd'hui encore, François Hollande, invité exceptionnel de Fabrice d'Almeida pour trois podcasts "Au cœur de l'histoire", assume de n'avoir rien vu venir.

Écoutez François Hollande raconter l'ascension éclair d'Emmanuel Macron à la tête d'"En Marche!", au micro de Fabrice d'Almeida dans "Au cœur de l'histoire"

La création d'"En Marche!" ? "J'ai au départ pensé que c'était plutôt une démarche dans un enrichissement commun. Après, j'ai compris que c'était une démarche personnelle. Emmanuel Macron n'a pas dissimulé, mais pas [non plus] avoué quelles étaient ses intentions réelles", raconte François Hollande. Avant de livrer son analyse de la formation politique fondée par son ancien ministre. "Visiblement, c'était un mouvement qui visait à se substituer aux autres partis, et notamment au PS au moment où il s'est créé. Maintenant, il est plutôt dans un mouvement de substitution aux partis de droite."

Écoutez l’analyse de François Hollande sur l’utilité des primaires, au micro de Fabrice d'Almeida dans "Au cœur de l'histoire"

 

Sans partis, "ce sera le règne de candidatures individuelles"

Mais chez François Hollande, la plupart des allusions à Emmanuel Macron ne sont pas aussi frontales. L'ancien président socialiste préfère les sous-entendus et les portraits en creux. Ainsi quand il fait l'éloge des partis traditionnels. "Je ne suis pas du tout favorable à la dévitalisation des partis", explique-t-il.

"Les partis, ça sert à quoi ? À donner une explication du monde, des propositions pour le changer. C'est peut-être aussi là que s'apprend la vie politique, où naissent les talents. Et lorsqu'un candidat s'élève au niveau de la candidature [au sein] de ce parti, il vient de quelque part, il a une culture politique." Est-ce à dire qu'Emmanuel Macron, qui ne vient d'aucune famille politique identifiée, en manque ? Les détracteurs de l'actuel président lui ont souvent reproché, ainsi qu'à ses proches conseillers, leur manque de colonne vertébrale idéologique.

François Hollande enfonce le clou : "un parti fait de l'éducation populaire, va vers les citoyens et leur donne une compréhension du monde. C'est maintenant un défi posé aux organisations démocratiques d'être à la hauteur de cette responsabilité. Sinon, ce sera le règne de candidatures individuelles mues uniquement par leur propre ambition." 

Écoutez l’analyse de François Hollande sur l’importance des partis politiques, au micro de Fabrice d'Almeida dans "Au cœur de l'histoire"

 

Une comparaison pour "gauchiser" son quinquennat

Le quinquennat d'Emmanuel Macron sert également à François Hollande pour "gauchiser" le sien. Des mesures qui lui ont été reprochées à l'époque apparaissent selon lui, à l'aune de celles mises en place par l'actuel président, comme bien moins libérales que ne le disaient les syndicats. La loi El Khomri ? "Si je reconnais une erreur, c'est que sa première présentation était trop brutale." Mais pour le socialiste, les syndicats ont ensuite vu avec les ordonnances Pénicaud ce qu'était une véritable libéralisation du marché du travail.

"Il n'y a pas eu de politique d'austérité pendant mon quinquennat", assure-t-il par ailleurs. "Il y a eu des prélèvements significatifs, mais ça a été sur les plus favorisés. C'est là que, peut-être, il y a eu un malentendu. Les plus favorisés sont les plus riches, mais aussi les classes moyennes supérieures. Je leur ai beaucoup demandé, j'en suis conscient. C'était pour ne pas en demander aux plus fragiles. Je revendique cette politique." Une manière de se positionner, encore et toujours, à la gauche d'un Emmanuel Macron souvent accusé aujourd'hui d'être le président des riches.

Ce récit de quasiment 1h30, en tête à tête avec Fabrice d'Almeida, est à retrouver en trois épisodes :