Eric Dupond-Moretti ministre de la Justice, un cas qui divise

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Eric Dupond-Moretti vient d'être nommé ministre de la Justice dans le gouvernement de Jean Castex. L'avocat pénaliste de 59 ans, connu pour ses prises de position et son franc-parler, succède ainsi à Nicole Belloubet. Entre relations tendues avec la magistrature et connaissance du terrain, le ténor du barreau divise. 
INTERVIEW

C'est la sensation de ce nouveau gouvernement : l'avocat Eric Dupond-Moretti a été nommé lundi garde des Sceaux, ministre de la Justice du gouvernement de Jean Castex. Il succède ainsi à Nicole Belloubet. 

L'arrivée au gouvernement de ce ténor du barreau, redouté des cours d'assises, est une des surprises du nouveau gouvernement. L'avocat pénaliste de 59 ans, surnommé "Acquitator", a plaidé dans de nombreuses affaires judiciaires d'envergure : Outreau, Yvan Colonna, ou plus récemment Abdelkader Merah. Il a également défendu les intérêts de Jérôme Cahuzac, Patrick Balkany ou encore Théo, une des victimes de violences policières. Mais les premières réactions à sa nomination, sur l'antenne d'Europe 1, sont divisées. 

Le syndicat de la magistrature surpris : "Est-ce qu'on va pouvoir avancer ensemble ?"

Sa personnalité tonitruante ne laisse pas indifférent, d'où des rapports parfois compliqués avec la magistrature. Il avait par exemple plaidé pour la suppression de l'ENM, l'Ecole nationale de la magistrature. "La justice a besoin, pour fonctionner, de sérénité notamment dans les relations entre avocats et magistrats, qui actuellement sont un peu obérés", constate Katia Dubreuil, présidente du syndicat de la magistrature. "Donc c'est surprenant de choisir pour être Garde des Sceaux, un avocat qui a eu des propos très critiques encore très récemment sur les magistrats, sur l'ENM. Donc, la question est : 'est-ce qu'on va pouvoir avancer ensemble ?'"

"Le problème n'est pas évidemment qu'on nomme un avocat comme Garde des sceaux", assure la présidente du syndicat de la magistrature. "C'est très bien de nommer un avocat Garde des Sceaux et, au contraire, on peut aussi espérer des avancées sur le plan des libertés fondamentales, sur la question du rôle de la justice". 

Du côté des réactions politiques, l'extrême-droite est montée au créneau sur les réseaux sociaux. "A la Justice est nommé un militant d'extrême gauche qui souhaite l'interdiction du RN, premier parti d'opposition. Ça promet...", a twitté Marine Le Pen, suivi par son vice-président Jordan Bardella : "Pire que Taubira et Belloubet, Macron nomme à la Justice celui qui se dit 'honoré' et 'fier' d'être l'avocat d'Abdelkader MERAH. Quel ignoble naufrage."

"Il est tout à fait au courant des difficultés du système judiciaire"

"Je suis surprise, parce que ce n'est pas là qu'on l'attendait. Il me semble qu'il fait un petit coup", commente la journaliste Laetitia Krupa, spécialiste de communication politique. "Il va falloir faire attention quand même à pas mélanger les styles. La politique reste une pratique particulière, bien qu'on soit en 2020". Elle pointe également un "mélange des genres" qui peut être un "handicap" pour le poste de ministre de la Justice.

Sa qualité d'avocat peut tout de même se révéler être un avantage dans un contexte tendu entre le monde de la justice et le gouvernement. "Il est tout à fait au fait de toutes les difficultés que traversent le système judiciaire. Que ce soit les magistrats, les greffiers, les avocats, la justice est réellement sinistrée", souligne Barbara, avocate, auditrice d'Europe 1. Avec cette nomination, elle espère plus d'écoute entre le gouvernement et les fonctionnaires de la Justice.