Chirac : les actions que l’Histoire retiendra

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Jacques Chirac, le 16 juillet 1955, lors de la cérémonie de commémoration du 53e anniversaire de la rafle du Vel’ d’Hiv’.
Jacques Chirac, le 16 juillet 1955, lors de la cérémonie de commémoration du 53e anniversaire de la rafle du Vel’ d’Hiv’. © AFP
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L’ancien président, mort jeudi à l'âge de 86 ans, a marqué son époque, tant à l’international qu’au plan intérieur.
ON DÉCRYPTE

La France a perdu, avec la mort de Jacques Chirac, l’un des présidents les plus marquants de son histoire récente. D’abord par sa longévité, puisque il est resté président pendant 12 ans sans discontinuer, entre 1995 et 2007. Seul François Mitterrand (1981-1995), a fait mieux. Ensuite parce que, s’il n’a pas été le chef de l’État le plus actif qui soit, Jacques Chirac aura tout de même marqué son époque par plusieurs décisions qui resteront. Europe 1 en a sélectionné quatre.

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La responsabilité de l’État français dans la persécution des juifs

Président depuis quelques semaines seulement, Jacques Chirac débute son premier mandat par un discours hautement symbolique. Le 16 juillet 1995, lors de la cérémonie de commémoration du 53ème anniversaire de la rafle du Vel’ d’Hiv’, le chef de l’État reconnaît, ce que n’ont fait aucun de ses prédécesseurs avant lui, la responsabilité de l’État dans la déportation et la persécution des juifs. "Ces heures noires souillent à jamais notre histoire et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l’occupant a été, chacun le sait, secondée par des Français, secondée par l’État français."

"Reconnaître les fautes du passé et les fautes commises par l’État, ne rien occulter des heures sombres de notre Histoire, c’est tout simplement défendre une idée de l’homme, de sa liberté et de sa dignité", poursuit Jacques Chirac pour justifier sa position. "C’est lutter contre les forces obscures sans cesse à l’œuvre", conclut-il. Un discours que sa posture très ferme vis-à-vis de l’extrême droite le temps de ses douze ans de présidence ne contredira jamais.

Le refus de la guerre en Irak

Cette action lui aura valu une forte popularité, en France comme ailleurs sauf, bien sûr, aux États-Unis. En 2003, deux ans après une intervention en Afghanistan consécutive aux attentats du 11-Septembre, George W. Bush, le président américain, envisage d’envahir l’Irak. Jacques Chirac prend alors la tête des opposants à une telle opération, au côté du Russe Vladimir Poutine ou de l’Allemand Gerhard Schröder. Par son action diplomatique intense, il obtient que les États-Unis sollicitent l’accord de l’ONU pour intervenir. Peu convaincu par les arguments américains sur l’existence d’armes de destruction massive en Irak, il laisse entendre qu’il utilisera le droit de veto de la France au Conseil de sécurité de l’ONU.

Et c’est au sein même de ce Conseil de sécurité que se joue la scène restée dans toutes les mémoires. Jacques Chirac a envoyé au front son ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, pour porter sa voix. Expert en lyrisme, le futur Premier ministre justifie la position française. "Dans ce temple des Nations unies, nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience. La lourde responsabilité et l’immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix", lance-t-il.

Puis, en réponse aux critiques de certaines personnalités américaines sur la "vieille Europe" : "Et c’est un vieux pays, la France, d’un Vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui. Qui a connu les guerres, l’occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs", conclut Dominique de Villepin, fait rare, sous les applaudissements. Après ce discours, les États-Unis comprennent qu’ils devront se passer de l’accord de l’ONU pour intervenir.

La fin du service militaire obligatoire

En 1996, Jacques Chirac décide de fermer une page d’histoire longue de près de 200 ans : il supprime le service militaire obligatoire, instituée en 1798. Après un débat de plusieurs mois, il annonce sa décision définitive le 28 mai 1996 lors d’une allocution télévisée. "La conscription traditionnelle ne répond plus aux exigences d’une armée moderne dans un grand pays moderne", explique le chef de l’État. "Je proposerai que le service national que nous connaissons aujourd’hui soit supprimé dès le 1er janvier 1997 et qu’il cède la place à des volontariats tout en maintenant le principe d’un rendez- vous entre la nation et sa jeunesse". Les jeunes nés à partir du 1er janvier 1979 échappent donc au service militaire. Et la plupart ne s’en plaignent pas.

Le service militaire est remplacé par un service national sur la base du volontariat. En revanche, tous les jeunes doivent passer par une journée d’appel de préparation à la défense, remplacée en 2010 par la Journée défense et citoyenneté.

Le passage du septennat au quinquennat

Héritier du gaullisme revendiqué, Jacques Chirac n’aura pourtant pas fait un usage excessif du référendum. L’ancien président n’a demandé l’avis du peuple qu’à deux reprises : en 2005, sur la Constitution européenne, avec un rejet à la clé. Et, avant cela, en 2000, sur le passage du septennat au quinquennat. Le président de la République accomplit alors un mandat de sept ans depuis 1873 tout de même. Mais à l’aube du nouveau millénaire, cette durée est jugée trop longue par une large majorité dans la classe politique. Pour Jacques Chirac, l’occasion de consulter les Français sur un sujet largement consensuel est trop belle.

Le 24 septembre 2000, les électeurs sont appelés aux urnes. Peu d’entre eux se déplacent, puisque le taux d’abstention atteint 69,81%. Mais le oui l’emporte largement, avec 73,21% des suffrages exprimés. Le quinquennat entre en vigueur immédiatement, et il est toujours la règle aujourd’hui. Et c’est Jacques Chirac en personne qui l’inaugure, en remportant l’élection présidentielle de 2002 aux dépens de Jean-Marie Le Pen au second tour.

Europe 1
Par Europe1.fr