Derrière la promesse d’une finance "éthique" et conforme aux préceptes religieux, les néo-banques islamiques séduisent de plus en plus la communauté musulmane. Un phénomène en plein essor, qui inquiète les autorités, lesquelles y voient les prémices d’un séparatisme économique nourri par des discours rigoristes et relayé sur les réseaux sociaux.
Le séparatisme islamiste ne s’exprime plus seulement dans le champ religieux ou culturel. Il s’invite désormais dans le quotidien, jusque dans la manière de gérer son argent. Depuis quelques années, des néo-banques appliquant les principes de la finance islamique se développent et gagnent en visibilité, notamment auprès des jeunes musulmans.
Les intérêts bancaires prohibés
Sur les réseaux sociaux, certains influenceurs faisant la promotion d’un islam rigoriste multiplient les vidéos promotionnelles appelant à quitter les banques traditionnelles. Leur message est clair : ces nouveaux établissements, strictement codifiés, seraient les seuls compatibles avec les règles de la charia. Une alternative présentée comme à la fois morale, identitaire et résistante face au système bancaire classique.
Premier principe mis en avant : l’interdiction absolue de l’intérêt. Pas de livret A, pas d’assurance-vie, pas de produits d’épargne rémunérés. Faire fructifier son argent est jugé contraire aux règles de l’islam rigoriste. Dans une vidéo publiée sur Youtube, un expert marocain de la finance islamique décrit la perception d’intérêts bancaires comme : "Un châtiment inimaginable", avant de poursuivre : "Celui qui, le jour du jugement, pratiquait l’intérêt se retrouve dans un fleuve de sang. Il peut chercher à en sortir, mais quelqu’un lui jette des pierres dans la bouche et le renvoie à sa situation de départ".
Des arguments parfois complotistes
Pour convaincre, certains influenceurs n’hésitent pas à diffuser des théories complotistes. Un influenceur sur le réseau social Tiktok affirme que l’État utiliserait l’argent du livret A pour financer l’armée, voire l’achat d’armes par le ministère de la Défense. Des arguments anxiogènes qui trouvent un écho auprès d’un public jeune et en quête de repères.
Les règles d’investissement sont également strictes. Il est recommandé d’exclure toute entreprise liée à des activités jugées illicites : jeux de hasard, alcool, musique, divertissement ou médias. Lors d’une conférence, un influenceur cite l’exemple d’une entreprise de télécommunications ayant organisé une tombola : "Bien entendu, la tombola, c’est illicite. Il ne faut pas mettre d’argent au profit de cette boîte".
Des achats parfois bloqués
Même logique pour la publicité, accusée de promouvoir l’alcool, les jeux de hasard ou la nudité. Certains services bancaires vont plus loin encore, en bloquant automatiquement des paiements liés à l’achat d’alcool. Les revenus issus du trading ou d’activités susceptibles d’entraîner des conséquences financières sur des tiers sont également proscrits.
Ce modèle bancaire est aujourd’hui en plein essor. Mais il suscite une inquiétude croissante au sein des autorités. Ces dernières redoutent l’installation durable d’un séparatisme économique, qui viendrait renforcer une logique de repli communautaire.
Un terrain d’autant plus sensible que les jeunes musulmans se montrent particulièrement réceptifs à ces discours, diffusés sans filtre sur les plateformes numériques. Pour les pouvoirs publics, l’enjeu est de comprendre et contenir cette nouvelle forme de séparatisme avant qu’elle ne s’impose durablement.