Morgan Large, journaliste d'investigation : "J'ai peur qu'on mette le feu à ma maison"

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morgan large 7:33
Morgan Large est journaliste pour Radio Kreiz Breizh © DAMIEN MEYER / AFP
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La journaliste Morgan Large, qui travaille notamment pour Radio Kreiz Breizh sur les sujets de l'agroalimentaire en Bretagne, est l'invitée de Culture Médias. La semaine dernière, un rassemblement a été organisé pour la soutenir, après qu'une de ses roues de voiture a été déboulonnée. Elle alerte sur les menaces qui touchent tous ses confrères.
TÉMOIGNAGE

La journaliste Morgan Large est l'objet de menaces à cause de son travail d'enquêtes sur le secteur de l'agoralimentaire en Bretagne, notamment pour la radio associative Radio Kreiz Breizh. Un rassemblement de soutien a été organisé la semaine dernière, après que sa voiture a été vandalisée, l'une des roues ayant été déboulonnée. La journaliste explique dans Culture Médias que les menaces sont de plus en plus nombreuses pour les journalistes d'investigation.

"Mes enquêtes portent sur des choses qui, je trouve, ne font pas trop débat quand même. La dernière était sur la politique de la région Bretagne en termes d'agriculture. Et notamment l'aide de 50.000 euros par poulailler de grande dimension, qui pose question. Les associations environnementales nous disent que la Bretagne est en surchauffe environnementale et qu'il faut absolument baisser le nombre d'animaux. On voit que le phénomène des algues vertes n'est pas du tout en passe d'être réglé.

J'ai peur qu'on mette le feu à ma maison quand je dors, j'ai peur qu'il y ait d'autres attaques, moins frontales. Je ne suis pas retournée sur le terrain depuis que ma voiture a été vandalisée le 31 mars, j'étais en vacances. Je me demande comment je vais oser aller dans des endroits où j'allais avant pour le travail de manière très détendue.

Des enregistrements supprimés à la demande des gendarmes

Je commence une autre enquête et j'ai des menaces par téléphone. Je passe un coup de fil à une très grosse coopérative pour faire une interview, on me répond qu'on ne m'a rien commandé, et on refuse de me répondre. Je précise que je dirais qu'ils n'ont pas souhaité s'exprimer. On me répond que, si je fais ça, je serais attaquée en diffamation et que j'aurais des ennuis. Un simple coup de fil peut aboutir à cela.

Il est de plus en plus compliqué de couvrir ses sujets, les journalistes sont accusés d'être militants. La cellule Demeter fait aussi craindre pour notre travail. Elle est censée protéger les agriculteurs contre l'agribashing, autour de la gendarmerie nationale, et elle pose vraiment question. Une journaliste allemande s'est vu imposé la suppression de ses enregistrements audio par les gendarmes, après un différend avec un agriculteur.

"Je vais porter plainte"

Cela m'interroge sur la suite de mon histoire. Je vais porter plainte, mais je ne sais pas qui va être saisi de l'enquête. Après cet épisode, je me questionne sur le recul nécessaire de la gendarmerie. Je vais porter plainte, avec l'aide de Reporters Sans Frontières, parce que j'ai envie que cette plainte aboutisse. Je n'ai pas envie que cela arrive à mes collègues, qui sont aussi exposés que moi et vivent aussi des heures difficiles.

Être interpellé dans l'espace public, c'est normal. Ne plus être invité en conférence de presse, c'est déjà beaucoup moins normal. Mais attenter à la vie et à la sécurité des gens et de leur famille, c'est complètement inadmissible."

Europe 1
Par Alexis Patri