Sale temps pour les journalistes environnement (y compris en France)

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Reporters Sans Frontières dénonce dans un rapport les intimidations et violences que subissent les journalistes qui enquêtent sur les questions environnementales. La rédactrice en chef adjointe à RSF Catherine Monnet et la journaliste de Radio Kreiz Breizh Morgan Large détaillent cette nouvelle menace de la liberté de la presse, au micro de Philippe Vandel.

Le 22 août était le “jour du dépassement", date où l’humanité a consommé toutes les ressources que la Terre peut produire en un an. Sale temps pour la planète, mais aussi pour les journalistes qui s’y intéressent. Reporters Sans Frontières (RSF) a choisi cette date symbolique pour publier une enquête sur les conditions des journalistes qui travaillent sur les questions environnementales. En moins de cinq ans, RSF a recensé au moins 10 morts et 53 cas de violations de la liberté de la presse liées à cette thématique dans le monde.

Et la France n'est pas épargnée : les journalistes spécialisés sur les questions environnementales y subissent également intimidations et menaces. "On sent qu'on a une pression assez importante pour rester dans des sujets qui ne font pas de bruit, pour faire couler le robinet d'eau tiède", confirme au micro de Philippe Vandel la journaliste Morgan Large. Cette dernière enquête notamment sur l'agroalimentaire, la problématique des algues vertes et la pollution des carrières.

Ses enquêtes ont notamment valu à la radio Kreiz Breizh pour laquelle elle travaille des retraits de subventions, de la part de maires de ville accueillant des sites industriels dangereux pour l'environnement. Des personnes sont venues intimider la journaliste à son domicile. Sa consœur Inès Léraud, qui travaille sur les mêmes thématiques, a fait l'objet de deux plaintes en diffamation en deux ans. Ces procédures judiciaires visent à "réduire les journalistes au silence", selon Catherine Monnet, rédactrice en chef adjointe à RSF.

Et les pressions ne viennent pas toujours de particuliers ou d'industriels. Le journaliste Alexandre-Reza Kokabi a été placé en garde à vue pendant 10 heures, alors qu'il suivait pour le site d'information Reporterre une action du mouvement écologiste Extinction Rébellion à l'aéroport d'Orly

Un phénomène mondial qui perdure

Pour Catherine Monnet de RSF, également invitée de Culture Média, sur Europe 1, "l'ensemble de la planète est concernée" par ces menaces contre les journalistes environnement. Le continent américain et l'Asie concentrent cependant 66% des incidents répertoriés. La journaliste cite également le cas des journalistes Elena Kostyuchenko et Youri Kozyrev, emprisonnés à plusieurs reprises en juin 2020, alors qu’ils enquêtaient sur la catastrophe écologique de Norilsk.

Au Canada et aux Etats-Unis des dizaines de journalistes ont été interpellés entre 2016 et 2020 alors qu’ils couvraient des manifestations d’écologistes et de communautés autochtones opposés à la construction d’un gazoduc, d’un grand barrage hydroélectrique et d’un pipeline. 

L'association de lutte pour la liberté de la presse compte 10 journalistes morts pour leur travail sur les questions environnementales entre 2010 et 2020. C'est autant que sur la période 2010-2015. "Mais l'année n'est pas encore terminée", rappelle Catherine Monnet, rédactrice en chef adjointe de RSF, au micro de Philippe Vandel. "Et nous avons recensé trois journalistes qui se sont exilés pour échapper à la mort."

Europe 1
Par Alexis Patri