Les chaînes d'info ont-elles trop donné la parole aux experts "rassuristes" ?

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© Damien Meyer/AFP
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Les chaînes de télévision sont mises en cause pour avoir invité des experts "rassuristes" ces dernières semaines, c'est-à-dire ceux qui ne croyaient pas en une deuxième vague épidémique violente. Invité jeudi d'Europe 1, deux responsables de chaînes d'information défendent leur modèle, basé sur la diversité des opinions. 

La deuxième vague d'épidémie de coronavirus déferle sur la France et déclenche un nouveau confinement de la part du gouvernement. Dans ce contexte, le traitement de l'épidémie par les chaînes d'information en continu a pu être mis en cause. Celles-ci ont, pendant plusieurs semaines, invité de nombreux experts pour qu'ils s'expriment sur les suites probables de l'épidémie. Parmi eux, des "rassuristes", ces personnes persuadées que la seconde vague épidémique n'arriverait pas, et auxquels les derniers développements de la situation sanitaire ont donné tort. Margaux de Frouville, cheffe du service "santé" de BFMTV et Bastien Morassi, directeur de la rédaction de LCI, ont répondu aux questions de Philippe Vandel, jeudi, dans l'émission Culture médias.

"Il fallait renouveler les plateaux, mais certaines personnes ont pu se tromper", reconnaît Margaux de Frouville. Martin Blachier, épidémiologiste, a ainsi été amené à faire un mea culpa à l'antenne, pour avoir déclaré qu'il ne s'attendait pas à une deuxième vague importante. "Nous sommes face à une épidémie hors du commun, et il est difficile de l'analyser en temps réel, décrypte Bastien Morassi. Or le traitement en temps réel, c'est ce qui fait une chaîne d'infos".

Nathan Peiffer-Smadja, infectiologue à l'hôpital Bichat, n'a pas retenu ses coups en déclarant sur Twitter : "LCI et CNews ont déclaré la guerre à l'information scientifique et médicale de qualité et sont le repaire des désinformateurs". Une critique "difficile" pour Bastien Morassi.

"De la contradiction et des faits"

Les chaînes de télévision ont-elles eu raison d'inviter des experts "rassuristes"? Margaux de Frouville affirme que ce n'est plus le cas sur les plateaux de BFMTV depuis près d'un mois. Bastien Morassi justifie, quant à lui, l'interview du professeur Didier Raoult qui a été diffusée mardi soir sur sa chaîne. Celui-ci avait déjà, par le passé, affirmé qu'il n'y aurait "pas de deuxième vague". "Didier Raoult est un médecin reconnu, personne ne remet en cause son CV et son parcours parle pour lui. Nous continuerons de l'inviter", fait valoir Bastien Morassi, niant toute recherche d'audimat. "On essaie de recevoir différentes personnalités. Mais on leur demande toujours d'établir un argumentaire, avec des chiffres et des courbes".

Une démarche à laquelle Margaux de Frouville souscrit, à condition que les experts soient placés face "à de la contradiction et à des faits".

La crise sanitaire a eu le bénéfice de pousser les rédactions à renforcer leurs services "santé". BFMTV est ainsi passée de deux à cinq journalistes spécialisés, ainsi que deux médecins consultants. Des renforts utiles face à la deuxième vague. 

Europe 1
Par Océane Herrero